‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 172 sur 220 · Archives du Canada, Papiers d'Etat, Q. 9, 11 nov · texte numérisé non relu

Archives du Canada, Papiers d'Etat, Q. 9, 11 nov

13. " Viro pietate et doctruia plurimum commendato." (Lettre d'Et. Borgia, secret, de la Propagande, à Mgr Briand, 11 janv. 1772.) Dans cette lettre, le secrétaire de la Propagande faisait un bel éloge du zèle de Mgr Briand : ' Audieram enim qua sollicitudine et vigilantia partem istam non exiguam Dominici gregis curœ ejus commissam pascere sataget, quove zelo flagret finitimas istas inter gentes Christi nomen et religionem propagandi. "

gande 13, arriva à l'Ile Saint- Jean, accompagnant un certain nombre de familles de ses compatriotes, qui, se trouvant en danger de perdre leur religion dans leur pays, — in maximo abncgandœ fidei pericido — avaient tout quitté, parents, fortunes, sol natal, pour venir s'établir sur des terres que leur avait cédées un pieux chevalier de leur nation. Il s'adressa aussitôt à Mgr Briand pour se faire continuer les pouvoirs qu'il avait reçus de la Propagande pour le voyage. On se figure la joie du pieux Prélat, qui s'empressa de les lui envoyer de Montréal: sa lettre était datée du 21 octobre 1772. Msr Briand, cela va sans dire, lui conférait des pouvoirs pour tous les catholiques de l'Acadie sans exception.

M. McDonald avait avec lui un neveu, qui se maria, et devint l'ancêtre d'une nombreuse famille, qui a donné à l'Eglise plusieurs prêtres, et à l'Acadie, en particulier, plusieurs de ses missionnaires les plus méritants.

La même année 1772, arrivaient de France deux des jeunes Acadiens que l'abbé de l'Ile-Dieu avait fait étudier au collège de Saint-Servan, puis au séminaire du Saint-Esprit, à Paris: Joseph-Mathurin Bourg et Jean Bro. Le premier fut ordonné par Mgr Briand lui-même dans l'église de l' Hôtel-Dieu de Montréal le 19 septembre, et le second par son coadjuteur, M81" Desglis, dans la chapelle du séminaire de Québec, le 15 novembre.

Enfin, Mgr Briand allait donc pouvoir donner aux Acadiens des prêtres de leur nationalité, les premiers prêtres que l'Acadie aient fournis à l'Eglise.

Pour les connaître davantage, il commença par les employer au Séminaire de Québec; et ce ne fut qu'en 1773 qu'il leur donna à chacun leur mission.

M. Bro fut envoyé à Saint-Jacques de l'Achigan, où l'on s'efforçait de diriger autant d'Acadiens que l'on pouvait parmi ceux qui arrivaient de toutes parts à Québec. On y fit un groupement solide, qui ne manqua pas de prospérer de toutes manières sous la direction de ce prêtre zélé et dévoué.

Voici ce que Mgr Briand écrivait à l'abbé de l'Ile-Dieu à son sujet:

" J'ai mis M. Bro auprès d'un gros essaim d'Acadiens, venus de la Nouvelle- Angleterre en Canada, et formant une forte paroisse dans les domaines des Officiers, qui les ont charitablement aidés à s'établir. "

Destinant M. Bourg à être grand vicaire en Acadie, Mgr Briand ne lui en conféra cependant les pouvoirs qu'en 1774, voulant auparavant faire l'expérience de son zèle et de son savoir-faire. Le P. Labrosse, d'ailleurs, était déjà grand vicaire pour toute l' Acadie.

En envoyant à M. Bourg ses lettres de grand vicaire, l'Evêque y joignait une autre lettre, dont voici quelques passages :

" A notre très cher et bien-aimé fils en Notre-Seigneur, Joseph-Mathurin Bourg, notre grand vicaire au temporel et au spirituel dans toutes les parties de l' Acadie et adjacentes, Rivière Saint- Jean, et autres établissements de peuples Romains, soit Canadiens, soit sauvages, de ces contrées, soit qu'ils soient dans la Province de Québec, soit dans les autres dépendantes de l'Empire Britannique, Salut et Bénédiction. "

Remarquons de suite que M. Bourg est grand vicaire non seulement pour la Province de Québec, mais pour les autres provinces qui sont plus à l'est, sans avoir besoin, pour y aller et pour y exercer ses pouvoirs, de l'agrément du gouverneur d'Halifax, comme du temps de Cramahé. Carleton vient d'arriver avec l'Acte de Québec, qui donne plus de liberté à la religion catholique dans tout le Canada.

Msr Briand continue :

" Le compte que vous nous avez rendu de votre conduite dans les missions dont nous vous chargions l'année dernière, et de la docilité des peuples vers lesquels nous vous avions envoyé, nous a donné une joie vraiment sensible, que nous vous avons déjà témoignée d'une manière toute particulière. Le zèle qui vous fit abandonner l'Europe pour vous sacrifier au salut de vos frères, encore plus chers à votre cœur par les sentiments de la religion que par ceux de la nature, ne trouve point d'obstacles insurmontables, dès qu'il s'agit de gagner des âmes à Jésus-Christ. La difficulté des chemins et la mauvaise humeur des peuples, qui piquent votre sainte émulation, que nous ne vous avons point laissé ignorer, et qui ne vous ont pas épouvanté, l'incertitude du succès, rien de tout cela ne ralentit votre zèle. . . De si beaux sentiments ne pouvaient que nous plaire infiniment. . . Nous vous revêtons par les présentes de tous nos pouvoirs pour les habitants de la Rivière Saint-Jean.

" Vous ne trouverez pas en eux la même obéissance, une semblable piété, une aussi belle naïveté et candeur. . ., que vous en avez trouvé dans ceux des Côtes maritimes de l'Acadie. M. Bailly a eu lieu de s'en plaindre. . . Nous étions déterminé à ne plus leur donner de missionnaire. Mais vous voulez frapper à la porte de ces mauvais chrétiens. . ., il ne nous est pas permis de suspendre ou d'affaiblir votre courageuse résolution. . ., et nous vous permettons de passer chez ces peuples, que de bonnes réflexions disposeront à écouter ies paroles du salut.

" Il n'est pas nécessaire que nous vous avertissions que l'esprit de Notre-Seigneur est un esprit de douceur. . . Nous vous connaissons, et nous savons que la douceur est votre caractère dominant. . . "

Voilà, assurément, qui nous donne une haute idée du zèle de ce grand missionnaire acadien qui fit tant de bien à ses compatriotes, et durant tant d'années.

Quant à M. McDonald, le premier missionnaire résidant de l'Ile Saint-Jean après la Conquête, il abrégea ses jours au service de ses ouailles des deux nationalités. Les Acadiens, aussi bien que les Ecossais de l'Ile, ont gardé un culte pour sa mémoire. Il mourut en 1785, et eut pour successeur, après quelques années d'intervalle, M. McEachern, qui devint le premier évêque de l'Ile Saint-Jean.

Vers la fin de 1785, nous ne trouvons pas moins de cinq missionnaires en Acadie, à part M. Bourg: M. LeRoux et M. Jones, qui viennent d'arriver de France, MM. Phelan et Power, envoyés par l'abbé Hussey, de Londres, et le jeune Girouard, que vient d'ordonner M61- Briand pour ses compatriotes acadiens. Mais n'anticipons pas davantage sur les événements.

Page 1