‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 171 sur 220 · Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C · texte numérisé non relu

Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C

leur village se trouvant sur la province d'Halifax, ils se sont établis du côté de celle de Québec, afin que les prêtres qui viendraient de là pussent leur procurer les secours spirituels. J'y ai passé la fête de la Toussaint, et quelques-uns qui entendaient l'abénaquis ou le français s'y sont confessés dans ces langues, et les autres par interprète. J'y ai béni leur nouvelle église; et comme l'ancienne peut encore servir, je leur ai dit de ne la point démolir et d'entretenir la clôture des cimetières, pour qu'ils puissent avoir des secours des deux côtés, en cas qu'il vînt quelque prêtre du gouvernement d'Halifax, qui peut-être n'aurait pas la permission de passer dans celle-ci.

" J'ai trouvé ici un peuple docile et zélé pour son instruction. Outre la messe et le catéchisme de tous les matins, ils m'ont encore demandé de leur faire la prière tous les jours, avec un mot d'instruction, où ils assistent en foule, et qui les dispose peu à peu à gagner l'indulgence du jubilé. . .

" M. Bourdage 10, témoin oculaire et désintéressé, qui remettra cette lettre à Votre Grandeur, lui pourra rendre de tous les Acadiens qu'il a vus dans ces quartiers un témoignage capable de lui donner de la consolation.

" Quelque temps après mon arrivée, il est venu ici des gens de différents postes du gouvernement voisin, à qui j'ai procuré, selon mon pouvoir, les secours du salut, mais sans aller chez eux, malgré une invitation d'un juge de paix. La rai-

io. Raymond Bourdage, marchand acadien, qui s'établit à Bonaventure vers 1762 et y mourut en 1787. Il avait épousé en 1756 Esther LeBlanc, née en 1740 à la Grand-Prée, issue du mariage de René LeBlanc, notaire des Mines chanté par Longfellow, et de Marguerite Thébeau. D'après une note très intéressante que nous a obligeamment fournie M. Placide Gaudet, le distingué archiviste acadien du Bureau des archives d'Ottawa, il est le père du célèbre patriote Louis Bourdage, qui figura dans nos anciennes assemblées parlementaires. Louis Bourdage, quoique baptisé à Lorette en 1764, était donc d'origine acadienne. Il épousa à Québec en 1788 la fille du Docteur Charles - Simon Soupirant, et alla s'établir à Saint-Denis de Richelieu.

son de mon refus est l'avis que M. Cramahé me donna de la part de Son Excellence, de ne pas passer dans une autre province sans une permission expresse des gouverneurs respectifs. J'ai écrit aux gouverneurs de l'Ile Saint-Jean et d'Halifax pour avoir cette permission: si elle vient, je m'en servirai quand je pourrai.

" Je n'ai pu savoir aucunes nouvelles bien fraîches de M. Bailly. Des courriers de Caraquet à Halifax, l'hiver passé, m'ont dit l'avoir vu, sur la fin du carême, en bonne santé, bienvenu auprès de Son Excellence, et fort chéri des catholiques, mais non pas également des ministres anglicans, qui avaient pris quelque ombrage de quelques quêtes à la messe, exagérées sans doute et trop copieuses selon eux. Cette dernière circonstance, appuyée sur des soupçons d'une société de commerce avec son frère, ayant causé quelque chagrin à ce missionnaire, pour céder au temps, de l'avis de Son Excellence, il a pris le parti de choisir à la campagne un endroit pour faire ses fonctions à petit bruit. Je chargerai ces gens des deux lettres que Votre Grandeur m'avait fait l'honneur de m'adresser pour lui. On l'attend depuis plus d'un an dans cette Baie. Des sauvages ont assuré qu'il était à Canso, fort occupé, et qu'il comptait venir sur la fin de l'automne à Cocagne, Richibouctou, et Miramichi.

" Les Acadiens de ce dernier canton m'ont écrit que dans le cours de l'hiver ils emmèneraient la jeunesse vers moi ; et en conséquence de ma réponse je les attend pour le commencement du carême. Peut-être que par eux j'aurai de M. Bailly des nouvelles plus fraîches et plus circonstanciées dont je ferai part à Votre Grandeur par la première et plus sûre occasion.

" Le prêtre irlandais n'a fait qu'une courte apparition à l'Ile Saint-Jean, où les seigneurs ou bourgeois des Iles-de-la- Madeleine l'avaient conduit seulement pour le faire voir aux habitants de cette île, qu'ils voulaient attirer chez eux, et

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qui jusqu'alors avaient refusé de s'y rendre, alléguant la difficulté d'y exercer leur religion sans le secours d'un prêtre. Quelques Acadiens de Tracadièche, qui l'ont vu et se sont confessés à lui, disent beaucoup de bien de lui, et sont édifiés de sa grande modestie. Il leur a témoigné un grand désir de passer dans cette province, et même d'aller jusqu'à Québec. Je lui écrirai par la première occasion et lui ferai passer les saintes Huiles de l'année ". . . "

Quel est ce prêtre irlandais dont parle ici le P. Labrosse? Nous ignorons son nom. Nous savons seulement que c'était un Père Franciscain. Il vint à Québec, mais Cramahé ne voulut pas qu'il y restât. Il écrit à Darmouth, à Londres :

" J'ai refusé de lui donner de l'emploi, et j'ai payé son passage en Europe 12. "

Nous savons également que quatre habitants de l'Ile Saint-Jean étant venus à Québec dans l'été de 1772, et s'étant rendus jusqu'à Montréal, où était alors notre Prélat, celui-ci leur fit un excellent accueil et leur confia pour leurs compatriotes de l'Ile une lettre pastorale très touchante, dans laquelle il leur recommandait, en attendant qu'il pût leur envoyer un missionnaire, d'aller trouver le P. Labrosse ou M. Bailly, ou de les envoyer chercher, avec la permission du gouverneur d'Halifax.

Sur les entrefaites, la Providence vint recompenser la bonne volonté des uns et des autres : un excellent prêtre écossais, James McDonald, très recommandé par la Propa-

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