Lettre du P. Meurin à Mgr Briand, 11 juin
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vir: les cinq autres étaient la Prairie du Rocher, Caokia, Vincennes, à l'est du Mississipi, Saint-Louis et Sainte-Geneviève, à l'ouest du fleuve, du côté espagnol.
De tous les villages desservis par le P. Meurin, Vincennes, sur la rivière Ouabache, était le plus populeux et le plus important, mais il était à quatre-vingts lieues des autres postes, et pour s'y rendre on était exposé aux attaques continuelles des sauvages.
Caokia était l'ancienne mission des Tamarois, desservie par les prêtres des Missions-Etrangères. Forget, le dernier de ces missionnaires, venait d'être nommé grand vicaire par le Chapitre de Québec, lorsque, affolé sans doute par les événements, il quitta précipitamment la mission en 1763, après en avoir aliéné, sans aucune autorisation, la plus grande partie des biens, et s'enfuit en France : triste sort d'une mission " dont l'établissement avait coûté au Séminaire de Québec plus de trente mille livres 8 ".
8. Extrait du Registre où sont écrits les résultats des délibérations. . . de MM. les Supérieurs et autres officiers du Séminaire de Québec, 13 oct. 1768. — Cet Extrait nous apprend, en outre, que "Charles Danest n'ayant été reçu au Séminaire, en qualité de donné, que pour le service de la mission de la Louisiane, il se trouve depuis plus de quinze ans qu'il en a été renvoyé, contre l'avis du Séminaire de Québec, aux charges du dit Séminaire, qui lui paie encore à présent, et depuis plusieurs années, pour sa pension à l'Hôpital-Général et son entretien, environ la somme de 333 livres ".
Un autre extrait d'un mémoire du temps nous apprend que Forget avait vendu " tous les biens meubles et immeubles, à l'exception d'un petit fief de 4 lieues en superficie ".
. Il avait vendu à Lagrange, marchand, " une maison en pierre et autres bâtiments, plus un terrain distribué en cour, jardin, verger, contenant environ 350 pieds de large, sur 900 pieds de profondeur, le tout situé à la Sainte-Famille des Kaokias, plus un moulin à eau à farine, et un moulin à planches, avec tous ses mouvements et ustensiles, situés sur la petite rivière des Kaokias, et ce pour la somme de 12,500 francs, par acte du 5 nov. 1763, devant Bussière, notaire aux Illinois. Et par un autre acte du même jour, devant le même notaire, il a vendu au sieur Lagrange et à Pierre-Etienne Marafret Lessard douze esclaves noirs, pour la somme de 20,000 francs ". . .
Autre détail, tiré d'une lettre de M. Gravé à Mgr Hubert, en date du 7 mai 1792, au sujet des biens de la mission des Tamarois vendus par Forget à Lagrange : " Ce premier soi-disant acquéreur les vendit à vil prix au sieur Jautard, ou plutôt, dit-on, les perdit d'un coup de dez en jouant avec lui. "
" La nouvelle que j'eus à Paris, écrivait Mer Briand au P. Meurin, et du renvoi des Jésuites, et de la honteuse, je dirais même criminelle retraite des prêtres des Tamarois et Illinois, m'avait jeté dans un embarras inexprimable, et dans une mortelle inquiétude sur le sort de la chrétienté de ces cantons. Votre présence dans ces lieux me comble de consolation, car j'espère que vous voudrez bien donner vos soins à ces peuples abandonnés. . . "
Et dans sa lettre aux habitants de Kaskaskia, leur recommandant de bien écouter leur missionnaire, et de profiter du bienfait qu'il leur accordait:
" Je ne sais, leur disait-il, par quel secret mouvement de la grâce de Dieu je me suis senti porté à vous préférer à bien d'autres. . . "
" Votre lettre adressée aux habitants de Kaskaskia a produit de bons effets dans la plupart, écrivait à l'Evêque le P. Meurin. Je l'ai lue au prône dans toutes les paroisses. Partout on a été très sensible à votre vigilance vraiment paternelle. Plusieurs qui se croyaient abandonnés ont repris courage, et se sont remis dans le chemin du salut." Et il ajoutait : " Grand nombre ont profité de la grâce du Jubilé, surtout à Caokia, l'ancienne mission des Tamarois, où tous les communiants, à la réserve de deux, ont fait leur devoir avec édification. "
Mgr Briand avait envoyé au P. Meurin les pouvoirs les plus étendus :
" Vous en userez, disait-il, partout où vous vous trouverez dans l'étendue de cette partie de mon diocèse, dont les limites sont immenses, et que je ne connais pas moi-même. Au moins est-il assuré qu'elles s'étendent à tous les pays qu'ont possédés les Français dans l'Amérique septentrionale.
" Je n'ai encore aucune nouvelle de la Nouvelle-Orléans, ajoutait-il. La difficulté de gouverner de si loin, d'y avoir des personnes de confiance, les troubles qu'y ont toujours
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excités les Capucins, leur mauvaise conduite, leur désobéissance, leur opiniâtre résistance à l'Ordinaire depuis vingtcinq ans, toutes ces considérations m'ont si fort dégoûté et effrayé que j'ai une opposition extrême à me charger de cette partie 9. . . "
Il aurait voulu que le P. Meurin exerçât ses pouvoirs à la Nouvelle-Orléans comme ailleurs. Mais le Père lui répondit qu'il n'avait pu s'y décider :
" Comment y aurais-je été reçu, après avoir signé, pour obtenir la permission de revenir aux Illinois, que je m'y comporterais toujours en vicaire des R. P. Capucins, sujet à leur juridiction, laquelle, me disaient-ils, devait être seule dans tout le Mississipi ? ... A la première nouvelle qu'ils ont eue par les voyageurs que vous m'aviez honoré du grand vicariat, l'arrêt de proscription a été lancé contre moi. Il eût été exécuté si, averti par un ami en place, je ne l'eusse évité en me retirant sur la partie anglaise, où, en prêtant incontinent serment de fidélité comme étant domicilié, je me suis mis à couvert des poursuites espagnoles, qui me déclarent criminel d'Etat pour avoir reçu la juridiction de Québec, si contraire aux intentions et intérêts de l'Espagne. "
Mgr Briand reçut un jour une lettre bien touchante, signée par un habitant de Vincennes, nommé Philibert, qui s'intitulait " garde-presbytère et chantre " :
" J'ose prendre la liberté, monseigneur, disait-il, de vous écrire ces lignes pour vous assurer de nos très humbles respects, vous représentant que depuis le départ du R. P. Jésuite, que l'on nous a retiré de cette paroisse, j'ai le chagrin de voir