Lettre de Mgr Briand au P. Meurin
élever nombre de petits enfants qui sont d'un âge à faire leur première communion, et s'en trouvent malheureusement privés, ainsi que bien d'honnêtes gens, de l'usage des sacrements. Nulle ressource dans cet endroit. J'ai le désagrément de voir plusieurs mariages contractés, sans pouvoir les obliger de recourir à notre mère la sainte Eglise 10 : ce qui ne peut porter qu'un grand scandale. Voilà, depuis le départ du Rév. Père, cinquante enfants à qui j'ai donné l'eau du baptême, toujours dans l'église, le Père me l'ayant ordonné pour assujétir nos habitants à toujours reconnaître la sainte Eglise. Je fais l'exhortation tous les dimanches et fêtes, ainsi que la prière tous les jours ouvriers. Le Rév. Père partant m'a confié les vases sacrés, ainsi que les saintes Huiles, qu'il m'a permis de visiter de temps à autre. C'est ce que je fais. Je n'ai trouvé aucune corruption.
" Nos habitants ont l'honneur de vous représenter un placet pour qu'il vous plaise leur accorder un missionnaire. C'est ce que nous attendons de votre clémence. Je suis avec un profond respect, de votre Révérence, monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur, Philibert, gardepresbytère, chantre. Au poste Vincennes, paroisse Saint- Xavier ". "
M51" Briand ne reçut qu'au bout de deux ans la requête annoncée par cette " voix laïque 12 ". Elle lui fut apportée
io. Il faisait les publications de bans à l'église, et en donnait certificat. C'est tout ce qu'il était autorisé à faire. — Nous voyons dans les archives, à la date du 6 oct. 1788, après la mort de M. James McDonald, que M. Gravé, vicaire général de Québec, donne à Jean Doucet, demeurant à Racico, en l'île Saint-Jean, le pouvoir de baptiser, par toute l'île, et " à recevoir le consentement de mariage " ; pouvoirs accordés, dit-il, "jusqu'à ce que vous ayez un autre missionnaire, ou la visite de M. Bourg, qui vous les continuera, s'il le juge à propos ". (Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. D. E.).
11. Archiv. de l'Ev. de Q., Une voix laïque de Vincennes à Mgr Briand, 6 avril 1767.
12. Voici les noms des signataires de cette requête: Antoine Marié; Ant. Laframboise; Couture; Jean Chabot; Pierre Perron; Nicolas
par une députation venant des Illinois 13. Dans sa réponse, le Prélat exprimait le regret de n'avoir pas suffisamment de prêtres pour envoyer un missionnaire spécialement à Vincennes. Mais il allait prier M. Gibault d'aller les visiter :
" Profitez bien de ses avis, fuyez le péché. J'espère que le Seigneur vous conservera jusqu'à l'arrivée d'un missionnaire résidant. L'exemple des Acadiens, qui, pendant près de douze ans sans prêtres, ont paru ici plus pieux et plus religieux que les Canadiens eux-mêmes, doit vous encourager à vous maintenir dans le sentier du devoir. "
Pierre Gibault avait 31 ans et venait d'être ordonné14, lorsque Msr Briand, au printemps de 1768, l'envoya aux Illinois 15 avec des pouvoirs de grand vicaire, mais sous la dépendance du P. Meurin 16. Il connaissait déjà le pays pour y être resté quelque temps avec sa famille 17, qui habitait maintenant Montréal : c'est probablement pour cela qu'il avait manifesté le désir d'y retourner comme missionnaire, et que l'Evêque l'avait destiné à cette mission. Le Séminaire de Québec lui procura généreusement le bienfait de l'éducation. Il termina ses études dans l'été de 1765, et fit ensuite son grand séminaire. Deux ans et demi de formation ecclésiastique, c'était bien peu pour un jeune prêtre qui allait si loin, seul, exposé à tant de dangers. Mgr Briand, plein d'espérance, n'était pas cependant sans appréhension :
Cardinal ; Pierre Cournoyer ; Bonneau ; Pierre Coderre ; Philibert ; Baptiste Arcand ; Alexis Ladéroute; René Coderre; J. Bte Saint- Aubin ; Disy.