La cinquième partie, l'Océanie, ne comptait pas encore
affreux ravages. Vous en avez éprouvé vous-mêmes de funestes suites, que je ne vous rappellerai pas dans ce jour consacré à la reconnaissance, et où il ne s'agit que de rendre à Dieu de sincères actions de grâces de nous avoir accordé la paix, bienfait inestimable que nous désirions avec tant d'ardeur, et que nous ne cessions, depuis tant d'années, de lui demander par des prières publiques et des vœux continuels.
" Ils n'ont peut-être pas été exaucés, ces vœux, dans leur étendue, le Canada, avec toutes ses dépendances, ayant été irrévocablement cédé à la couronne de la Grande-Bretagne; mais rapportez-vous en, Nos Très Chers Frères, aux soins de l'adorable Providence, dont la conduite est très souvent d'autant plus miséricordieuse qu'elle est moins conforme à nos désirs, et flatte moins nos inclinations. N'en avons-nous pas une preuve manifeste dans la conduite que nos vainqueurs ont tenue à notre égard depuis la conquête de la colonie?
'* La reddition de Québec vous laissait à la disposition d'une armée victorieuse ; vous fûtes sans doute d'abord alarmés, effrayés, consternés. Vos alarmes étaient fondées ; vous saviez ce qui se passait en Allemagne, et vous crûtes déjà voir fondre sur vous les mêmes malheurs. Vous ignoriez que l'aimable et toujours attentive Providence vous avait préparé un gouverneur qui, par sa modération, son exacte justice, ses généreux sentiments d'humanité, sa tendre compassion pour le pauvre et le malheureux, et une rigide discipline à l'égard de ses troupes, devait faire disparaître toutes les horreurs de la guerre. Où sont en effet les vexations, les concussions, les pillages, les onéreuses contributions qui marchent ordinairement à la suite de la victoire ? Ces nobles vainqueurs ne vous parurent-ils pas, dès qu'ils furent nos maîtres, oublier qu'ils avaient été nos ennemis, pour ne s'occuper que de nos besoins et des moyens d'y subvenir? Vous n'avez sûrement pas perdu le souvenir des mouvements que s'est donnés Son
Excellence, l'illustre17 et charitable général Murray, et des aumônes considérables qu'il a procurées pour la subsistance des pauvres. Vous n'avez pas oublié ses sages et efficaces précautions pour empêcher la disette dans son gouvernement.
" Après de pareils traits, ne devons-nous pas être convaincus que Dieu n'a point cessé de nous aimer, et qu'il ne tiendra qu'à nous de goûter sous ce nouveau gouvernement les douceurs d'une paix heureuse et durable? Soyez exacts à remplir les devoirs de sujets fidèles et attachés à leur Prince, et vous aurez la consolation de trouver un Roi débonnaire, bienfaisant, appliqué à vous rendre heureux, et favorable à votre religion, à laquelle nous vous voyons avec une joie inexprimable si fortement attachés.
" Au reste, Nos Très Chers Frères, ce ne sont pas vos seuls intérêts temporels qui exigent de vous cette entière et parfaite fidélité, c'est un devoir que la foi vous prescrit.
" L'apôtre saint Paul répète en plusieurs endroits cette obligation indispensable, et en devenant prévaricateurs, non seulement vous encoureriez l'indignation de notre légitime souverain, vous perdriez sa protection, vous seriez dépouillés de tous les privilèges qu'il a eu la bonté de vous accorder, mais encore vous vous rendriez très coupables aux yeux de Dieu ; et d'autant plus criminels que vous vous exposeriez à être privés du libre et plein exercice de notre sainte et seule véritable religion, qui nous est permis et accordé par le Traité de Paris 18. Considérez donc attentivement, Nos Très Chers
17. "James Murray était le cinquième fils du Baron Elibank, dont l'aïeul, avec cinq autres pairs écossais, avait refusé de livrer Charles 1er à l'armée des parlementaires commandée par Cromwell.
" Avant de venir en Amérique, Murray avait fait la campagne de Flandre. Au siège de Louisbourg, il se fit remarquer par son courage, sa présence d'esprit au feu, son audace pendant l'attaque. Wolfe, témoin de sa valeur, le choisit pour un de ses lieutenants, lorsqu'il vint assiéger Québec." (Hist. de la Seigneurie de Lauzon, t. III, p. s).
18. L'article 4, de ce Traité assurait aux Canadiens le droit " de professer le culte de leur religion selon le rite de l'Eglise Romaine ", mais
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Frères, combien il vous importe d'être soumis et fidèles, et que rien ne peut vous dispenser d'une parfaite obéissance, d'une scrupuleuse et exacte fidélité, et d'un inviolable et sincère attachement à notre nouveau monarque et aux intérêts de la nation à laquelle nous venons d'être agrégés 19. . . "
M. Briand ordonnait ensuite qu'un Te Deum solennel d'actions de grâces serait chanté le mardi 15 juin dans l'église des Ursulines, " servant actuellement de cathédrale et de paroisse ", puis aussi dans toutes les paroisses de campagne.
La cathédrale de Québec ayant été incendiée pendant le siège, les offices de paroisse se faisaient, comme nous l'avons déjà dit, aux Ursulines. M. Briand avait voulu tout d'abord " mettre la paroisse aux Récollets ", mais le curé de Québec, M. Récher, s'y était opposé 20. L'église des Ursulines servit d'église paroissiale pendant cinq ans et trois mois, à savoir jusqu'à la veille de Noël 1764 21. La chapelle du Séminaire fut alors substituée à celle des Ursulines pour les offices paroissiaux; et ils continuèrent à y être célébrés jusqu'en 1771.
Le mandement de M. Briand que nous venons de citer est un monument remarquable de loyauté à la couronne britannique, loyauté fondée tout à la fois sur les intérêts matériels des Canadiens et sur les principes religieux. Cette loyauté, à laquelle M. Briand sera toujours inviolablement fidèle, fera la force de son administration : il la prêchera envers et contre tous, en toutes circonstances, mais surtout pendant la révolution américaine, et contribuera plus que personne à conserver le Canada à l'Angleterre.
" en tant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne ". Cette restriction laissait beaucoup de marge à l'incertitude, à l'anxiété, à la discussion et même à la persécution.