Ibid., lettre à M. Montgolfier, 22 oct
qu'il estime sincèrement, mais qu'il voudrait voir encore plus parfait, M. Porlier, curé de Sainte-Anne de la Pocatière :
" J'ai appris indirectement, dit-il, que vous vous étiez fait le fermier de M. Réaume ". J'ai été surpris qu'un prêtre que je regarde comme un des plus instruits de ce diocèse, et que je croyais pieux et avoir l'esprit ecclésiastique, ait fait une chose si contraire à son état, une chose basse et humiliante pour un prêtre. J'en ai été affligé. . .
" Je ne puis vous cacher que dans les circonstances présentes, surtout, vous eussiez dû vous décharger d'un pareil embarras, pour vous livrer tout entier aux fonctions de votre dignité, que tout nous engage à remplir avec plus de soin, d'exactitude et d'application que jamais. Si jamais les pasteurs ont dû veiller, prier, instruire, c'est surtout à présent, afin de prémunir les fidèles contre la séduction.
" Vous me répondrez que vous ne pouvez vivre avec votre modique revenu. Mais je ne vous croirai point. J'ai des exemples de plusieurs curés qui vivent, et dont les revenus ne sont pas si ljprts que le vôtre 12. Tout le monde, et même des plus aisés, se nourrissent à présent bien simplement. Convient-il à des prêtres de ne vouloir se ressentir en rien de la misère publique? Mgr de Pontbriand m'a souvent dit qu'il voyait que dans le clergé l'amour des biens se glissait insensiblement, et il en gémissait. Qui vohint divites fieri inciditnt in laqueum diaboli et varias tcntationes quce nicrgunt homines in interitum 13. Il faut fermer les yeux pour ne pas voir
il. Probablement Charles-Auguste Réaume, successeur testamentaire de Charles Ruette d'Auteuil, seigneur de la Pocatière. (Gatien, Histoire du Cap-Santé, p. 146).
12. Dans une lettre au curé de Berthier (8 nov. 1761), il citait les Ecureuils, Sainte-Foy et l'Ange-Gardien comme les paroisses du diocèse ayant le moins de revenu à cette époque.