Reg. III des lettres, lettre du 24 mars
Ayant le nécessaire, cela ne doit-il pas suffire? Et ce nécessaire, pour un prêtre, entre vous et moi, est-il bien grand? Ne peut-on point trop donner, quelquefois, dans le luxe, dans la bonne chère ? Je détaille trop. Vous savez mieux que moi ce qu'il peut y avoir de défectueux en vous. . . "
D'où venait l'estime toute spéciale de M. Briand pour le curé Porlier? Nous croyons qu'elle remontait assez haut. Le jeune Porlier avait terminé ses études au Séminaire de Québec dans l'été de 1742, précisément à l'époque où M. Briand, récemment arrivé d'Europe, et employé à l'évêché comme secrétaire, trouvait moyen, dans ses loisirs, de rendre bien des services au Séminaire, soit comme régent, soit comme maître de classe. Il eut occasion de connaître ce jeune homme plein de talents et de promesses; il s'intéressa à lui; qui sait s'il ne contribua pas à le fixer dans sa vocation? Il continua sans doute à s'intéresser à lui au grand séminaire. Il contribua peut-être à le faire nommer curé de Sainte- Anne en 1749. Tout cela n'explique-t-il pas l'amitié de M. Briand pour M. Porlier, et l'intérêt qu'il lui portait?
Nous aurons occasion de retrouver son nom dans la correspondance de l'Evêque, et nous verrons que le Prélat ne lui ménageait pas plus les reproches que les témoignages d'estime.
Voici les remarques qu'il faisait à un autre curé sur un sujet analogue:
" Je suis un peu fâché contre vous. Vous vous conduisez de manière à donner aux Anglais des idées très désavantageuses du clergé.
" La dernière affaire que vous avez eue pour une montre vous a beaucoup noirci auprès de quelques-uns d'entre eux, et diminué l'estime que je faisais de vous. On a bien de la peine à ne pas vous taxer de malice, de ruse, de détours, de fourberie, de mauvaise foi et d'un esprit d'intérêt.
" A tout cela vous avez encore ajouté la plus grande im-
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prudence, injurieuse au Conseil, et qui pourrait vous perdre, en écrivant à votre procureur qu'il fallait se défier de M. Panet, qui était capable de faire tourner la tête au Conseil 16. Il s'en est plaint à moi ; il l'a dit à M. Cramahé, qui voulait qu'il vous poursuivît.
" Toutes ces mauvaises affaires m'ont arrêté et empêché de parler à M. Murray de votre affaire pour le presbytère Je crois que vous ferez bien vous-même de laisser cela jusqu'à nouvel arrangement. Votre paroisse est bonne; vous avez la meilleure de ce gouvernement. Vous ne devez pas exiger à l'extrême dans ce temps de misère générale ; et cela serait encore de mauvais exemple auprès de M. notre Gouverneur, qui paraît si affectionné pour les pauvres.
" A vous parler un peu franchement, toutes ces affairesci me feraient soupçonner que vous n'êtes pas tout à fait exempt du second péché des prêtres, qui est auri sacra famés.
"Au reste, je ne porte point de jugement; c'est à vous à vous examiner sur un article que l'Evangile et l'Apôtre nous enseignent être contraires au salut. Quare non magis fraudent patimini 17 ? dit l'Apôtre à l'occasion des procès des fidèles. Et vous, prêtre, on vous accuse d'en faire d'injustes, et qui paraissent à un tribunal qui pense mal des ministres de l'Eglise Romaine!
" Voilà, monsieur, mon cœur déchargé en abrégé. Ne me causez donc plus de chagrin, afin que je ne perde jamais les sentiments d'estime, d'affection et du respectueux attachement avec lesquels j'ai toujours été et suis encore 18. . . "
Ce prêtre ne voulut pas écouter les conseils de désintéressement que lui donnait M. Briand. Il porta son affaire de-
16. Ce Conseil se composait alors du Juge-en-Chef Gregory, d'Emilius Irving, de Cramahé, de Holland, Mabane, Thomas Dunn, Walter Murray et François Mounier.