‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 32 sur 220 · Lettre du 21 février · texte numérisé non relu

Lettre du 21 février

vant le juge Abercrombie, qui le condamna. Il en appela au tribunal du Gouverneur, où il fut encore condamné. Alors, il lui survint un embarras qu'il n'avait pas prévu : ceux qu'il croyait coupables d'injustice à son égard venaient -à confesse, et déclaraient ne rien devoir, parce qu'ils avaient obtenu jugement en leur faveur. Que faire ? Il consulte M. Briand :

" A l'égard de ceux qui croient devoir s'en rapporter à la décision de M. Murray, et ne rien devoir, lui répond M. Briand, vous pouvez les absoudre, et ne pas vous souvenir, au tribunal, qu'il s'agit de vous. C'est le moyen le plus sûr de les rappeler au devoir. Vous avez une bonne paroisse ; vous ne vous sentirez pas longtemps de cette petite perte. Donnons la tunique à celui qui veut notre manteau, pour sauver les âmes. Notre récompense sera dans l'éternité. "

Ce curé, qui avait occasion quelquefois de rencontrer le Gouverneur, s'apercevait que celui-ci le voyait d'un mauvais œil, et s'en plaignait :

" Je suis surpris, lui écrit M. Briand, que vous ne connaissiez pas la source des mécontentements de Son Excellence contre vous. Rappelez-vous vos procès, votre appel du jugement de M. Abercrombie, votre imprudence au sujet de M. Panet. Je ne doute point que cela n'ait fait des impressions qui s'effaceront difficilement. Je vous le dis alors. Vous ne jugeâtes pas devoir vous en rapporter à mon sentiment. Vous voulûtes procéder. En voilà les avantages. Je ne m'infoimerai point de ce qu'il pourrait y avoir de plus. Le parti sage, c'est le silence. Je vous le conseille. "

Dans une autre occasion, M. Briand se voit encore obligé d'écrire à un autre curé pour une affaire analogue. Ce curé a donné à un de ses habitants un jeton de cuivre pour un louis, sans doute par inadvertance : il est poursuivi ; il reconnaît son erreur, et promet de payer, mais il retarde indéfiniment de le faire:

" Je vous prie de ne pas différer, lui écrit le grand vi-

caire. . . Comment un homme de votre âge n'a-t-il pas distingué un jeton d'un louis? Est-ce mauvaise foi? Je ne le puis croire. Le peuple le croira, les juges anglais le croiront. Quel scandale pour la religion et l'état ecclésiastique 19 ! "

La délicatesse en ces matières de justice et d'intérêt est toujours de rigueur, mais combien ne l'était-elle pas à cette époque où les nouveaux maîtres du pays avaient les yeux fixés sur les chefs spirituels du peuple canadien pour les surprendre en faute, si possible, et les compromettre pour toujours !

" L'Eglise du Canada, passée sous une domination étrangère, écrivait un jour M. Briand, n'aura pas moins à craindre du dedans que du dehors. " Et il ajoutait : " De grands maux nous seront occasionnés et nous viendront peut-être des Domestiques de la Foi, et malheureusement de quelques-uns de ceux qui sont chargés de l'annoncer 20. "

Voilà pourquoi il tenait tant à ce que les ecclésiastiques réglassent entre eux les petites difficultés qu'ils pouvaient avoir, et n'allassent jamais présenter leurs requêtes devant les juges anglais. Il apprend un jour que deux curés voisins sont en chicane, et que l'un veut poursuivre son confrère, qui ne tient pas la convention qu'ils ont eue ensemble:

" Je vous prie, lui écrit-il aussitôt, de ne le point traduire devant le juge anglais. Est-ce qu'entre voisins on ne devrait pas se prêter? Ne le prêchez-vous pas à vos peuples? J'ai assez de confiance in utroque pour espérer que vous vous accommoderez 21. "

Qui le croirait? Il y avait des curés qui, voulant avoir une bonne cure, être bien placés, comme ils disaient, ne craignaient pas d'aller trouver le gouverneur, un gouverneur

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