Ibid., p
17. Il est bon de remarquer qu'Egremont était un homme malade: il mourut à la fin de cette année 1763. Il avait succédé à Pitt le 9 oct. 1761.
68 i/ÉGLISE DU CANADA
" Le gouverneur du Canada aura ordre de faire observer " les termes du Traité en toute bonne foi et ponctualité. "
" Je ne dois pas vous cacher, continue Egremont, que je me suis montré d'autant plus décidé à refuser toute entrevue avec LaCorne, que ce monsieur, avant de retourner en Amérique, voulait passer quelque temps en France, où il n'aurait pas manqué de communiquer ce qui se serait passé entre nous, et de recevoir des instructions sur la manière de se conduire en Canada. C'est donc le bon plaisir de Sa Majesté que vous veilliez avec la plus grande attention et la plus parfaite exactitude sur les démarches de cette personne ; et au cas que vous ayez des raisons suffisantes de soupçonner qu'il est à nouer quelques intrigues et veuille se mêler de nos affaires politiques ou civiles, vous lui donnerez à entendre en termes très clairs qu'il doit se borner strictement à l'accomplissement de ses devoirs 18. . . "
On avait une terrible peur de la France, et des prêtres, que l'on supposait disposés à l'aider de leur influence pour reprendre le Canada :
" Il faut les veiller de très près, ajoutait encore Egremont, et chasser tous ceux qui chercheront à sortir de leur sphère. . . Le Roi, ajoutait-il encore, en accordant aux habitants du Canada la liberté de pratiquer la religion catholique, a mis pour condition : " en autant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne " : or ces lois défendent absolument toute hiérarchie papiste dans tout domaine appartenant à l'Angleterre; elles ne peuvent admettre qu'une tolérance de l'exercice de cette religion. . . "
Murray était déjà très prévenu contre M. de LaCorne. Celui-ci, pourtant, avait eu la délicatesse de lui envoyer une copie du mémoire qu'il avait écrit pour le secrétaire d'Etat. Mais le gouverneur du Canada n'aimait pas la famille La-
18. Arch. du Canada, Q. i., p. 129, Egremont à Murray, 13 août 1763.
APRÈS hA CONQUÊTE ÔÇ
Corne: on ne le voit que trop par la lettre qu'il venait d'adresser au comte de Shelburne:
" Milord, Il y a quelque temps l'abbé de LaCorne m'a envoyé copie d'un mémoire qu'il a sans doute présenté à la Cour. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit dans mon Rapport au sujet de l'Eglise 19 : je n'ai qu'une observation à faire: si Sa Majesté juge à propos de donner un Chef au Clergé catholique Romain {the Romish Clergy) de ce pays, il y a certaines circonstances touchant ce monsieur (La- Corne), qui, dans mon humble opinion, le rendent tout-àfait inapte à ce poste. La bigoterie bien connue et la superstition de sa famille, l'aversion de ses frères pour tout ce qui porte un nom anglais, les cruautés incessantes qu'ils ont exercées naguères contre nous : tout cela laisse peu d'espoir à une conversion soudaine pour nos intérêts.
" Je dois en justice à la vérité de déclarer ici que M. Briand, vicaire général de ce diocèse, a agi en toutes circonstances avec une candeur, une modération, une délicatesse qui méritent les plus grands éloges, et que je m'attendais peu de trouver dans une personne de sa robe, étant données les maximes très peu charitables de la Religion qu'il professe et dans laquelle il a été élevé 20. "
A quel propos le nom de M. Briand venait-il ici, dans cette lettre à Shelburne? C'est ce que nous allons voir au chapitre suivant.