‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 53 sur 220 · Mand. des Ev. de Q., t. II, p · texte numérisé non relu

Mand. des Ev. de Q., t. II, p

2. Gaillard ayant opté pour la cure fixe de Varennes, avait résigné son canonicat : s'étant ensuite démis de la cure de Varennes, il n'était plus que simple missionnaire de Lanoraie.

Cette fois, il s'agissait d'aller présenter l'adresse au gouverneur, de le prier de l'envoyer à Sa Majesté et de l'appuyer de sa haute protection. M. Briand se rendit lui-même chez M. Murray 3, et lui remit l'adresse, qu'il promit de faire présenter au Roi. Il revint ensuite à l'assemblée, où l'on fit lecture du mémoire de M. de LaCorne et de quelques lettres qu'avait reçues le Chapitre. Dans l'une de ces dépêches il était dit que " les démarches de l'abbé de LaCorne, aidé du Chevalier d'Eon, avaient eu tout le succès désiré. Il avait obtenu du Roi d'Angleterre que le Chapitre de Québec aurait la permission de se choisir un évêque 4 ". C'est ce qui engagea probablement le Chapitre à pousser de suite les choses plus avant. Mais avant d'aller plus loin, reproduisons ici l'adresse " présentée à Son Excellente Majesté le Roi par le Chapitre de Québec " : c'est un document important dans l'histoire de notre Eglise :

" L'Eglise de Québec, privée de son premier Pasteur par la mort de feu M51" de Pontbriand, son dernier évêque, arrivée le 8 juin 1760, au milieu des troubles de la guerre, n'a pu trouver d'ouverture favorable pour solliciter la nomination d'un nouveau Prélat. Aujourd'hui que cette colonie est devenue, par la paix que Votre Majesté a procurée à l'Europe, une des Provinces de votre vaste Empire, le Chapitre de Québec, chargé de l'administration du diocèse pour la religion, ose vous supplier avec instance et la soumission la plus parfaite de permettre que le siège épiscopal soit rempli.

" Les chanoines de Québec, bien éloignés de se prévaloir

3. Le Château Saint-Louis avait été si endommagé par l'artillerie anglaise durant le sièje, que le gouverneur ne l'habitait pas, à cette époque. Il avait loué une maison pour y faire sa résidence. L'ancien Palais de l'Intendant, qui, lui, était en bon état de conservation, était occupé par les Troupes. (Lettre de Murray à Egremont, 7 juin 1762, citée dans les Recherches historiques, vol. XV, p. 187).

4. Archiv. du Canada, Série B., lettre du Président du Conseil de Marine à l'abbé de l'Ile-Dieu, Versailles, 16 juillet 1763.

des Traités qu'il a plu à Votre Majesté de signer en faveur de la religion, en sujets fidèles n'ont recours qu'à l'insigne bonté de votre cœur vraiment royal et plein d'humanité, et ils espèrent que vous aurez égard à leurs humbles représentations. Un Roi juste et religieux, tout occupé du bonheur de ses sujets, ne changera pas de caractère et de sentiment pour les seuls Canadiens. Non, grand Roi, après les ordres précis que vous avez donnés de les traiter avec bonté, et non comme des peuples subjugués, vous ne voudrez jamais les réduire à des larmes et des gémissements éternels; vous ne les exposerez point aux mortelles inquiétudes que la suppression de l'Episcopat leur causerait sur la religion et le salut éternel de leurs enfants. La promesse de faire passer d'Europe des prêtres de leur religion ne suffirait pas pour les tranquilliser, parce qu'ils conçoivent que ce passage deviendra moralement impossible dans une infinité d'occasions.

" Mais si ces peuples voient un Evêque à leur tête, et des séminaires subsistant, il n'y aura plus d'alarmes, plus d'inquiétudes. La tranquillité et la joie s'empareront de tous les cœurs des Canadiens, parce qu'ils trouveront dans cet arrangement et la sûreté de leur religion et la facilité de faire entrer dans l'état ecclésiastique ceux de leurs enfants que le Seigneur appellerait à cette sublime vocation.

" Par là Votre Majesté trouverait dans le plus grand nombre des prêtres des sujets qui auraient sucé avec le lait l'esprit de la patrie, qui n'en connaîtraient et n'en aimeraient d'autre, qui, formés dans les mêmes séminaires, ne seraient point exposés au danger de prendre de nouvelles opinions toujours pernicieuses en matière de religion et contraires à la paix et à la tranquillité des Etats.

" Par là Votre Majesté n'aurait dans tout le peuple canadien que des sujets contents, et zélés pour la durée d'un règne qui leur aurait été si favorable, que des sujets, autant et plus peut-être que les anciens, jaloux de votre gloire, et

sincèrement attachés aux intérêts de la nation Britannique, que des sujets fidèles qui continueraient à former pour vous et pour votre Empire, non à regret et par force, mais avec joie et sincérité, les vœux les plus ardents.

" Au reste, quoique nous demandions avec tout le zèle et l'empressement possible la continuation de l'Episcopat dans cette colonie, comme nous savons qu'il n'y a plus de revenu ni pour un Evêque ni pour un Chapitre, si Ton ne trouve point de moyen de les doter sans surcharger l'Etat ou incommoder les peuples, un Evêque qui serait à la vérité titulaire de Québec suffirait pour tranquilliser vos nouveaux sujets, quoiqu'il n'eût pas cet appareil, cet éclat extérieur qui accompagne cette dignité dans les Etats catholiques. On ne demande de l'épiscopat que ce qui est absolument et indispensablement nécessaire.

" On propose un Evêque avec une pleine, libre et entière juridiction purement ecclésiastique sur le clergé et sur les peuples catholiques du diocèse, suivant les canons et les usages ci-devant observés, vivant simplement parmi les prêtres de ses séminaires, où il trouverait son entretien et sa subsistance comme l'un d'entre eux, lorsqu'il lui plairait d'y demeurer.

" On propose un Chapitre dont les membres ne seraient que les prêtres mêmes des séminaires, qui auraient le nom et la dignité de chanoines sans en avoir les obligations, parcequ'ils n'en auraient point les émoluments ; c'est-à-dire que les chanoines, destinés par leur état à la célébration de l'office divin, ne seraient alors chargés que du service des peuples de la ville, du soin des séminaires et de l'instruction des jeunes gens et particulièrement de ceux qui se destineraient à l'état ecclésiastique.

" De cette sorte, avec les mêmes fonds et revenus, sans multiplier les prêtres, l'Eglise du Canada conserverait son même état ; elle aurait son Evêque, son Chapitre et des direc-

teurs de Séminaires; on contenterait pleinement la piété et les désirs du clergé, et d'un peuple qui, en vérité, n'a fait paraître en rien tant de sensibilité dans la révolution présente, que sur le fait de la religion, dont il appréhende l'extinction dans la suite, si Votre Majesté refusait un Evêque. L'illustre et sage gouverneur, M. Murray, à la pénétration duquel le bon caractère du peuple Canadien et son attachement à la foi de ses pères n'ont point échappé, peut informer Votre Majesté que nous ne disons rien qui ne soit dans la plus exacte vérité.

" Nous sommes, de Votre Majesté, les plus humbles et les plus fidèles sujets, les Chanoines et Chapitre de Québec capitulairement assemblés le 13 septembre 1763. (signé) Briand, chanoine, président, vicaire général; Perreault, chanoine, vicaire général ; Saint-Onge, chanoine, syndic; Resche, trésorier; Rigauville, prêtre, chanoine, secrétaire5. "

Qui n'admirerait la noblesse de sentiments, le désintéressement, l'esprit religieux et vraiment apostolique qui respirent dans ces pages ? On propose un Bvêque. . . vivant simplement parmi les prêtres de son séminaire, où il trouverait son entretien et sa subsistance, comme l'un d'entre eux. . . Ne croiraiton pas voir revivre tout-à-coup le Vénérable François de Montmorency-Laval au milieu de son Eglise? N'est-ce pas lui qui avait imaginé et inauguré au Canada ce système de vie tout apostolique ? Briand ne trouvera rien de mieux que de le reprendre, et il s'en montrera un très digne adepte.

Ce n'est pas lui, pourtant, qui sera le choix, du moins le premier choix du Chapitre pour l'épiscopat de Québec. Que de fois nous en avons cherché la raison ! et nous n'en avons pas trouvé d'autre que la supplication, pour ainsi dire, à genoux, de Briand à ses confrères de ne pas lui imposer ce fardeau 6.

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