Mand. des Ev. de Q., t. II, p
6. Lettre de l'abbé de l'Ile-Dieu au Préfet de la Propagande, 12 nov. 1764, citée dans les Recherches historiques, vol. XV, p. 356.
M. Montgolfier était descendu à Québec, en route pour la France. Il s'en allait conférer avec ses confrères du Séminaire de Paris à propos des intérêts temporels du Séminaire de Montréal. Il est certain que les Biens de Saint-Sulpice n'avaient pas tardé d'exciter l'envie des nouveaux maîtres du pays : on peut s'en convaincre par ce passage d'une lettre que Murray écrivait un jour à son ami le capitaine John Fraser, de Montréal :
" Appliquez-vous assidûment, lui disait-il, à bien connaître les Sulpiciens. Il faut que je sache l'étendue des terres qu'ils possèdent, les prérogatives et l'influence que leur donnent ces propriétés, quelles méthodes ils emploient pour augmenter ou conserver leur influence et leur autorité sur le peuple, quelles sont les charités qu'ils font, etc, en un mot tout ce qui les regarde 7. "
Il y avait là de quoi inquiéter un peu les messieurs de Saint-Sulpice : aussi M. Briand se faisait-il un devoir d'écrire à M. Jollivet pour le rassurer, — M. Jollivet lui avait évidemment communiqué ses craintes à ce sujet:
"Je ne doute point que votre maison ne subsiste. Ils (les Anglais) ne sont point dans le goût de détruire. D'ailleurs, ils sentiront bien la nécessité et les avantages qui reviendront à la colonie, si vous subsistez 8. . . "
" Par le Traité de Paix, écrit M. Faillon, les propriétaires de biens-fonds situés en Canada, qui ne voulaient pas devenir sujets britanniques, étaient obligés de vendre leurs biens. La Société de Saint-Sulpice, dont presque tous les membres résidaient en France, fut alors sollicitée de vendre les siens, et le gouvernement anglais paraissait disposé à les acheter, si elle eût pris le parti de les vendre. . . M. Couturier et son
7. Archiv. du Canada, Série M. 898-B., vol. I, p. 206, lettre du 11 sept.
8. Arch. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres, lettre du 25 juillet 1764.
Conseil, après bien des délibérations, ne crurent pas devoir y consentir, soit parce qu'en supprimant pour toujours les établissements de Saint-Sulpice en Canada, ils auraient privé la colonie de Montréal des secours spirituels et temporels qu'elle recevait d'environ quarante ecclésiastiques, qui composaient alors le Séminaire de cette ville, soit surtout parce que le rappel de ces ecclésiastiques, qu'il eût été alors impossible de remplacer, à cause de la disette des prêtres en Canada, aurait entraîné la ruine de la religion catholique dans ce pays. . , M. Couturier et son Conseil, comme représentant toute la Société, cédèrent tous ses biens du Canada à ceux des ecclésiastiques de Saint-Sulpice qui consentiraient à devenir sujets britanniques: il y en eut vingt-huit qui prirent ce parti, et l'assemblée générale de Saint-Sulpice, tenue en 1766, approuva cette cession comme un sacrifice qui pouvait contribuer au maintien de la religion catholique dans le Canada, et entretenir dans la Société l'esprit de désintéressement qu'on y a toujours recommandé 9. "
M. Montgolfier était donc descendu à Québec, en route pour la France, et logeait à l' Hôpital-Général. Le Chapitre, prévenu de son voyage, nomma pour le remplacer comme vicaire général, jusqu'à son retour, un autre prêtre de Saint- Sulpice, M. Peignet. On voulut ensuite profiter du voyage du digne Supérieur pour lui confier plusieurs messages à M. de LaCorne. Le Doyen du Chapitre avait écrit qu'on paraissait disposé à la Cour de France à réunir l'abbaye de Maubec aux Economats : les chanoines le supplient de tâcher de la leur conserver : c'est leur principal, ou, pour mieux dire, leur seul revenu, depuis qu'ils n'ont plus le Don du Roi. Ils le supplient également de faire en sorte que leurs confrères qui sont en France reviennent au Canada, ou renoncent à leurs titres et prébendes, afin que ceux qui sont restés au