‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 56 sur 220 · M. MONTGOLFIER ÉLU EVÊQUE DE QUEBEC PAR LE CHAPITRE · texte numérisé non relu

M. MONTGOLFIER ÉLU EVÊQUE DE QUEBEC PAR LE CHAPITRE

LE Chapitre continuant ses assises l'après-midi du jour et de l'an que dessus (13 septembre 1763), dit le vieux Registre, M. le Syndic a observé qu'il serait peut-être convenable de donner des pouvoirs particuliers et généraux à MM. de LaCorne et Montgolfier pour, séparément et conjointement, faire en Cour d'Angleterre, de Rome et de France toutes les démarches qu'ils aviseront convenables au bien général de la religion en Canada, et aux intérêts du Chapitre et des Communautés, Séminaires et maisons religieuses d'hommes et de filles de ce pays. La Compagnie a conclu d'une voix unanime à autoriser à ces effets MM. de LaCorne et Montgolfier, les exhortant à se conformer aux idées du mémoire mentionné dans l'assemblée du matin \ surtout pour la poursuite d'un Evêque titulaire par voie d'élection du Chapitre. "

L'idée d'élire eux-mêmes le futur Evêque hantait évidemment les Chanoines, et tout particulièrement leur syndic, M. Saint-Onge. La chose ne s'était pas encore faite au Canada : ne valait-il pas la peine de la tenter?

" M. le Syndic, continue le vieux Registre, voyant qu'on allait terminer la présente assemblée, a proposé que Ton mît auparavant en délibération s'il n'était pas expédient, pour le plus grand bien de la religion en Canada, vu la distance des

I. Le mémoire présenté par M. de La Corne au comte d'Egremont.

lieux et le danger qu'il y avait à différer à faire remplir le siège épiscopal, de procéder à l'élection d'un évêque en titre pour le diocèse de Québec, et de prier MM. de LaCorne et Montgolfier, dans le cas qu'on ne pourrait l'obtenir en titre, de poursuivre en Cour de Rome l'obtention d'un évêque vicaire apostolique. La Compagnie a décidé que l'importance de cette affaire demandait beaucoup de réflexion, et qu'en conséquence on renverrait à en traiter à une autre séance, qui aura lieu jeudi prochain à l'Hôpital-Général.

"Et advenant le 15 septembre 1763, le Chapitre continuant ses assemblées à l'Hôpital-Général, et M. le Syndic ayant amené de nouveau sa proposition sur l'élection d'un Evêque en titre ou la poursuite d'un Evêque vicaire apostolique, la chose mûrement examinée et débattue, la Compagnie a résolu d'élire un Evêque titulaire. Il ne sera question d'un Vicaire apostolique que dans le cas que le gouvernement n'en permettrait pas un titulaire.

" L'assemblée a cru être suffisamment autorisée à faire cette élection, parce que, premièrement, les Concordats et Pragmatique-Sanction entre les Rois de France et les Souverains Pontifes n'ayant plus lieu en Canada, et, secondement, le Canada étant passé sous la domination d'un prince protestant, l'Eglise du pays semble rentrer dans l'ancien droit, par lequel le choix, l'élection, la nomination à l'Evêché vacant appartenaient au Clergé, c'est-à-dire au Chapitre de l'Eglise cathédrale. "

M. Briand, " vicaire général du Chapitre pendant la vacance du Siège ", célèbre alors la messe du Saint-Esprit, assisté de M. Perreault, " aussi vicaire général ", et de M. Resche. Tous les chanoines prêtent le serment ordinaire; puis, le président du Chapitre, M. Briand, prenant la parole:

" Vous comprenez, dit-il à ses confrères, toute l'importance de l'affaire dont il s'agit, dans les circonstances cri-

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tiques où se trouve l'Eglise du Canada. Je vous exhorte à vous dépouiller de toutes vues humaines pour n'envisager que le plus grand bien de la religion. "

Puis, continue le vieux Registre, " il demande les voix selon l'ordre et le rang d'un chacun. Tous d'une voix unanime ont choisi et élu pour Evêque de Québec M. Etienne de Montgolfier ".

Dans la pensée des Chanoines, M. Montgolfier était dès lors vraiment et légitimement l'Evêque élu du diocèse: il n'avait plus qu'à obtenir des Bulles de Rome, et à se faire consacrer. Avaient-ils quelques doutes sur la validité de leur élection ? Le procès-verbal ne le laisse nullement entendre.

" Cela fait, dit encore le Registre, on a récité le Te Deiim en la chambre capitulaire, et député M. Saint-Onge pour informer le dit Montgolfier de son élection à l'Evêché de Québec et le prier d'y donner son consentement, l'avertissant des raisons que le Chapitre avait, dans les circonstances présentes, de tenir cette élection secrète, jusqu'à ce que la Cour d'Angleterre ait répondu aux arrangements qu'on lui propose sur l'article de la Religion Romaine en Canada, et qu'en conséquence elle fût informée de la dite élection.

M. Saint-Onge s'est acquitté à l'instant de la députation, le dit Montgolfier résidant depuis quelques jours à l'Hôpital- Général jusqu'à son départ pour l'Europe, lequel est venu sur l'heure en personne en l'assemblée capitulaire, et a dit que, quoique indigne d'une si éminente dignité, cependant dans la crainte de résister à l'ordre de la divine Providence, il acceptait le fardeau qu'on lui proposait. . .

" On constituera M. de LaCorne procureur spécial pour notifier la susdite élection à Son Excellente Majesté George III; et en cas que la Cour de Londres ne permît pas un Evêque titulaire, la Compagnie a conclu que l'on constituerait pareillement M. de LaCorne son procureur spécial pour postuler en Cour de Rome que le dit Montgolfier revînt en

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Canada du moins Evêque in partibus, vicaire apostolique. "

Le secrétaire du Chapitre, M. de Rigauville, se hâta de rédiger en latin les " Lettres d'élection " de M. Montgolfier. Il ne put cependant les lui remettre que le 30 septembre: elles occupent trois grandes pages du Registre.

Il lui remit en même temps une procuration du Chapitre, " pour qu'il pût agir, en conséquence de son élection, soit seul, soit de concert avec M. le Doyen, auprès des cours d'Angleterre, de France et de Rome, pour l'obtention d'un Evêque, de quelque manière et sous quelque titre que ce soit 2 ".

Le secret qu'on avait recommandé à M. Montgolfier et dans lequel s'était faite son élection ne pouvait que lui être fatal. Avait-on voulu cacher cette élection au Gouverneur? Mais il en fut informé de suite; et d'ailleurs que pouvait-on sans lui?

Le digne Supérieur s'embarqua pour l'Europe dans les premiers jours d'octobre ; et peu de temps après son arrivée à Londres, on lui fit voir une lettre de Murray au comte de Shelburne, qui lui apprit, s'il ne le savait pas encore, combien le gouverneur du Canada était prévenu contre lui, même avant son élection: la lettre était du 14 septembre:

" Le vicaire général de Montréal, écrivait Murray, doit partir très prochainement pour l'Angleterre. Quels sont ses plans ? Je ne les connais pas d'une manière certaine, car il ne me les a jamais communiqués. Vise-t-il à la mitre? C'est très probable. Mais combien il est peu fait pour être evêque, vous en jugerez facilement par la copie ci-jointe d'une lettre qu'il écrivait naguère à un récollet de ce pays, M. Houdin, qui était alors chapelain du 48e régiment de Sa Majesté. Il est allé jusqu'à faire déterrer les corps de quelques soldats, sous prétexte que ces soldats étaient hérétiques, et que les héré-

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