Archiv. du Séminaire de Québec
tiques ne devaient pas être inhumés en terre sainte. Une telle conduite ne pouvait manquer d'être très insultante aux sujets anglais de Sa Majesté en ce pays. Un prêtre si hautain, si impérieux, si en rapport, d'ailleurs, avec la France, placé à la tête de l'Eglise du Canada, ne pourrait manquer de faire beaucoup de mal, à la première occasion qu'il aurait de déployer sa rancune et sa malice. . -. "
Murray répétait ensuite à Shelburne ce qu'il lui avait déjà écrit en faveur de M. Briand.
M. Montgolfier était donc parti pour l'Europe sous les auspices les plus défavorables. Que pouvait-il faire, ayant contre lui le Gouverneur du Canada, auprès d'une Cour où le Roi ne pouvait gouverner que par ses ministres, où les ministres changeaient souvent 3, et où d'ailleurs on était généralement peu disposé à donner un évêque à notre Eglise, comme Shelburne le dit un jour à M. de LaCorne, qui le fit savoir au Chapitre :
" Sans me donner une réponse définitive, écrit-il, il m'a fait entrevoir assez clairement qu'on ne pourrait accorder au clergé du Canada un évêque 4. "
Le ciel était donc bien sombre pour notre Eglise : de quelque côté qu'on regardât, on ne voyait que nuages, points noirs, présages de malheurs. Vers la fin d'octobre, surtout, arrivèrent les nouvelles les plus désolantes :
" Que nous sommes tristes, écrivait M. Gravé, du séminaire de Québec, à son ancien confrère, M. de Villars, à Paris ! Il y a deux jours que nous reçûmes l'affligeant règlement de la Cour, qui nous refuse un évêque comme une chose contraire aux lois de la Grande-Bretagne. . . Cela ne
3. Archiv. du Canada, Série M. 893-B., vol. I, p. 18, lettre de Murray à Burton, 7 nov. 1763.
4. Lettre du 4 mai 1763, citée dans les Recherches historiques, vol. XV, p. 296.
nous empêchera pas de presser M. le député du peuple, M. Charest, de partir. . . Il part en effet demain.
" Depuis le départ de M. Montgolfier, ajoutait M. Gravé, il y a eu bien du trouble à Montréal. M. Gage, lors gouverneur, et maintenant lieutenant-général du Roi dans toute l'Amérique 5, a fait appeler MM. Peignet, Favart et Jollivet, pour leur dire qu'il voulait absolument que les mariages des catholiques et protestants se fissent dans l'église par le curé. Ils ont répondu que M. Montgolfier apporterait sur cela des règlements de Rome, auxquels on se conformerait, mais qu'ils ne pouvaient maintenant consentir à ce qu'il demandait. — " Je connais maintenant vos sentiments, a-t-il ré- " pondu. La porte du Canada est encore ouverte. J'ai votre " passeport tout préparé. " — Je ne sais, ajoutait M. Gravé, ce que tout cela deviendra 6. "
Ce qui pouvait consoler un peu au milieu de toutes ces difficultés, c'est que le peuple canadien paraissait enfin se réveiller et se remuer, et que de toutes les parties du pays, de Montréal et des Trois-Rivières comme du côté de Québec, on s'unissait pour demander à cor et à cri un évêque. Pour l'obtenir, on envoyait à grands frais un député à Londres:
" Vous ne devez point douter, écrivait M. Briand à M. Jollivet, du contentement qu'a causé à tous ceux qui s'intéressent sincèrement à la religion le parti qu'a pris enfin Montréal de s'unir à Québec pour demander à la Cour de Londres qu'il fût permis d'avoir ici un évêque. Sa générosité d'avancer l'argent au député n'a pas moins satisfait tous les vrais citoyens. Quoique étranger à la Colonie, et que je
5. Il avait remplacé Amherst à New-York comme commandant des Troupes anglaises en Amérique, mais non comme gouverneur du Canada. C'est Murray qui fut le deuxième gouverneur du Canada.
6. Lettre du 25 oct. 1763, citée dans Les Ursulines de Québec, t. III, p. 56.
n'y tienne que par la terre qui soutient mes pieds, je n'y suis pas un des moins sensibles T. "
Nous parlerons dans un prochain chapitre de la mission de M. Charest à Londres, de celle de M. Montgolfier, puis de leur retour au Canada comme ils étaient partis.