CHAPITRE VIII
MISSION DETIENNE CHAREST A LONDRES. — M. MONTGOLFIER EN EUROPE; SON RETOUR
C'EST l'honneur des Fabriciens de Notre-Dame de Québec de s'être occupés, les premiers après le Chapitre, de faire agréer à la Cour de Londres la nomination d'un successeur à M51- de Pontbriand. Ils se réunissent un bon nombre 1 en assemblée le dimanche 1 8 septembre ( 1 763 ) , sous la présidence de leur curé, M. Récher, à l'issue de la messe paroissiale célébrée aux Ursulines, et adoptent les résolutions suivantes :
" i° Les citoyens de Québec présenteront une humble adresse à Sa Majesté le Roi de la Grande-Bretagne pour le supplier d'accorder à ses nouveaux sujets un évêque à Québec pour gouverner au spirituel l'Eglise du Canada, la continuation du Collège et des Séminaires pour y instruire et former les prêtres qu'il faut pour desservir le diocèse.
2° Sa Majesté sera priée de conserver les communautés de religieux et de religieuses.
30 On demandera au gouverneur, M. Murray, d'appuyer de son crédit cette supplique.
40 M. Amiot 2 et M. Charest sont priés de la faire signer par les citoyens et de la présenter au gouverneur.
1. Au Banc d'œuvre, il n'y avait, depuis le siège, que trois marguilliers. Ils ne recommencèrent à être quatre qu'en 1772: M. Brassard fut élu quatrième marguillier le 27 déc. 1771. (Archiv. paroissiales de N. D. de Québec).
2. " Ami et voisin de Charest à Québec, un des bons négociants de l'époque..." (Hist. de la Seigneurie de Lauson, t. II, p. 394 ï
i/ÉGLISE DU CANADA APRÈS LA CONQUÊTE 87
5° Il est indispensable d'envoyer un député à Londres pour présenter à Sa Majesté les vœux de toute la colonie. L'assemblée ne croit mieux faire que de proposer M. Charest l'aîné. Il est présent, et on le prie d'accepter cette députation " par le zèle qu'on lui connaît pour sa religion et sa patrie ". Il agira, de concert avec les deux grands vicaires, MM. Montgolfier et LaCorne, qui se trouveront à Londres au nom du clergé.
6° Il est nécessaire d'assurer à ce député six mille livres. Les grands vicaires des trois gouvernements sont priés d'autoriser les fabriques et les communautés à souscrire cette somme. Comme la saison est trop avancée pour attendre cette souscription pour la remettre au député, la fabrique de Québec est autorisée à emprunter cette somme du député lui-même avant son départ. "
M. Amiot et M. Charest parcoururent la ville et rirent signer l'adresse par un bon nombre de citoyens marquants 3. Elle était à peu près calquée sur celle du Chapitre.
Puis ils prièrent les grands vicaires d'autoriser les fabriques du diocèse à souscrire la somme requise pour l'envoi d'un député à Londres. Ceux-ci s'empressèrent d'adresser un mandement à cet effet à tous les curés, indiquant la quotepart que devait fournir la fabrique de chaque paroisse : le district de Québec devait fournir deux mille livres, celui de Montréal deux mille huit cents, et celui des Trois-Rivières douze cents :
" Il serait inutile, disaient les grands vicaires, de faire une quête pour subvenir aux frais de la députation ; le temps
3. Voici leurs noms : Desbelleau, Panet, Dufau, Daine, Boisseau, Debrenne, Larocque, Ferrand, Boileau, Cureur, Perreault, Amiot, de Lanaudière, Berlinguet, Rousseau, Chartier, Crespeau, Poner, Desplaines, Chs Morin, Fortin, Aubert, Lemieux, De Vienne, Et. Desaulniers, Conefroy, Perras, Durand, Parent, Lebrun, Duplessis, Pélissier, Lee, Taché, Jacquin, Noyelle, Fleurimond, Cardin, Saillant, Lajus, Launière. (Archiv. d'Ottawa, Mss. Pâquin, p. 508).
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est trop court pour se flatter de réussir avant le départ des vaisseaux pour l'Europe, et d'ailleurs les peuples ont été pour la plupart ruinés par l'événement de la guerre 4. "
En effet, il fallait plutôt leur donner que leur demander. Outre les secours que le gouverneur du Canada avait fait distribuer aux pauvres de la Colonie, le Roi de France, lui aussi, venait d'envoyer dix mille livres " pour les pauvres du diocèse de Québec ", et avait chargé le Chapitre d'en faire la distribution. Ne parlons pas trop contre la France: elle n'avait pas moins de trente-huit pensionnaires au Canada: leurs noms sont donnés dans les archives, et cela à la date du 24 novembre 1781 5.
M. Briand écrivant à un des curés du diocèse:
" On a cru, disait-il, devoir charger les Fabriques des frais de la députation, afin de ne point donner occasion au peuple de crier 6. "
Les citoyens de Montréal, après quelques hésitations 7, s'étaient ralliés à ceux de Québec; ceux des Trois-Rivières, également 8 : mais chaque ville avait son adresse, séparée et distincte. Celle des Trois-Rivières avait ceci de particulier, que l'on offrait de se cotiser pour le soutien de l'évêque, et que, dans le même but, on demandait une loi qui obligeât les habitants de payer la dîme au 18e au lieu du 26e: demande