‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 60 sur 220 · Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres · texte numérisé non relu

Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres

et les Chanoines, jusqu'à l'extinction du dernier d'entre eux dans le pays, mais sans autorisation de se recruter pour l'avenir.

Les Jésuites eux-mêmes profitèrent du voyage de Charest pour lui confier une humble supplique au roi d'Angleterre: nos lecteurs nous sauront gré de la reproduire ici :

" Les Jésuites du Canada implorent les bontés de Votre Majesté, et osent espérer que sa munificence vraiment royale daignera leur faire éprouver un sort tout différent de celui que leurs confrères éprouvent dans plusieurs Etats de l'Europe. Nous ne craignons pas d'assurer que les Gouverneurs à qui Votre Majesté a jugé à propos de prêter son autorité souveraine n'ont point fait et n'ont point eu à faire de plaintes contre nous. Toujours ils nous ont trouvés zélés pour la conservation et la gloire de Votre Majesté, et prompts à exécuter leurs ordres. La persévérance de nos sentiments égalera la durée de nos vies.

" Nous conjurons Votre excellente Majesté, Sire, de les éprouver, ces sentiments, en nous permettant de recommencer les exercices de l'éducation de la jeunesse, et de rouvrir notre Collège, fermé depuis plus de quatre ans. Pour réussir dans l'exécution de ce projet, il serait nécessaire, Sire, que Votre Majesté daignât nous maintenir dans la jouissance des bâtiments et des terres dont nous avons joui cidevant, et sous les mêmes conditions que nous les avons possédés ; et de plus que Votre Majesté nous accordât la permission de faire venir d'Europe le nombre de sujets nécessaire pour remplir les différents emplois d'un Collège; du moins jusqu'à ce que le temps nous eût donné la facilité d'en former dans la colonie, et de la colonie même.

" Quoi qu'il plaise à Votre excellente Majesté d'en ordonner, nous nous ferons toujours honneur d'être avec le plus parfait dévouement, de Votre excellente Majesté, Sire, les très humbles et très obéissants sénateurs, et très fidèles

sujets, M.-L. Lefranc, jésuite, Floquet, jésuite, A.-L. de Glapion, jés., supérieur u. "

Voici maintenant un extrait de cette lettre dont nous avons parlé, confiée par le gouverneur à M. Charest pour remettre à Lord Halifax:

" Les Canadiens, s'il m'est permis d'en juger, disait-il, sont un peuple bon et honnête, très attaché à sa religion et plein de respect pour ses prêtres.

" Ils ont très certainement conçu un certain malaise au sujet de la phraséologie du Traité; ils disent qu'ils ne craignent pas pour eux, mais pour leurs enfants, s'il n'est pas pourvu au remplacement des prêtres, à mesure que des vacances se produiront. Quoique j'aie essayé par tous les moyens de les rassurer, que des mesures seraient prises pour obvier à ces inconvnients, je n'ai pu les empêcher de députer le porteur, M. Charest, pour présenter une supplique à Sa Majesté à ce propos, quoique j'aie absolument refusé de la transmettre moi-même.

" Je dois cependant, en justice pour ce monsieur, assurer Votre Seigneurie qu'il est un homme de bien, très digne et recommandable, quoique son zèle pour la religion dans laquelle il a été élevé soit poussé presque jusqu'à la bigoterie.

" En même temps, ajoutait Murray, j'ai réellement une si bonne opinion de lui et de la généralité des hommes bien pensants de ce pays, que je crois sérieusement que si l'on pouvait trouver quelques moyens de faire instruire leurs enfants et de recruter le clergé, ils verraient disparaître l'épiscopat sans trop de répugnance. . . "

Le gouverneur de Québec savait bien le contraire. Il n'écrivait cela que pour flatter l'opinion protestante en Angleterre. Mais pour lui, son siège était fait; il était bien

il. Archiv. du Sém. de Q., Adresse des Jés. du Canada au Roi, Québec, 24 oct. 1763.

décidé à favoriser la nomination d'un évêque à Québec. Seulement, son homme était M. Briand ; il n'en voulait point d'autre. Voilà pourquoi, dans sa lettre à Lord Halifax, dont nous venons de citer un passage, il rappelait ce qu'il avait déjà écrit contre MM. de LaCorne et Montgolfier. Celui-ci se rendant en Angleterre pour se faire agréer et reconnaître comme évêque élu du Chapitre, courait à un échec personnel certain : ce qui ne veut pas dire que ses nombreuses et infatigables démarches, non plus que celles de MM. de LaCorne et Charest, à la Cour, dans les bureaux ministériels, et ailleurs, furent sans résultat pour l'Eglise du Canada : au contraire, elles rirent voir à l'évidence la volonté bien arrêtée des Canadiens d'avoir un évêque, et que rien sans cela ne pourrait les satisfaire.

Arrivé à Londres vers la mi-décembre, Charest n'y trouva ni M. Montgolfier ni M. de LaCorne : celui-ci en était parti depuis plusieurs mois, mais se préparait à y revenir dans le mois de janvier: M. Montgolfier, n'ayant pas tardé de trouver la Cour et les ministres prévenus contre lui par les lettres du gouverneur du Canada, n'était resté en Angleterre que quelques jours, puis était passé en France pour régler les affaires du Séminaire de Montréal avec celui de Paris.

Charest s'occupa aussitôt de présenter à la Cour les adresses des citoyens du Canada par l'entremise de Lord Halifax, auquel il remit en même temps un mémoire qu'il avait préparé lui-même pour ce secrétaire d'Etat :

" Appuyés, disait-il, sur l'insigne bonté du Roi, et l'équité du gouvernement britannique, les peuples du Canada avaient toujours espéré qu'on leur conserverait leur religion et tous les moyens de la professer dans le même état qu'étaient les

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choses au moment de la prise de Québec. Les termes exprès de la capitulation de cette ville, ceux de la capitulation de Montréal, ceux du Traité définitif de la Paix semblaient les en assurer.

" Quelle n'a pas été leur surprise d'apprendre que, par les arrangements de la Cour, ils devaient être privés de l'épispat, et de leurs collèges ! Ne pouvant se persuader qu'on voulût les traiter d'une façon si dure, plus triste que la privation de leurs biens et même de leur vie, ils se sont empressés de mettre à exécution un projet de députation, pour lequel j'ai l'honneur de paraître aujourd'hui devant Votre Excellence. . . "

Charest résumait ensuite pour Lord Halifax les adresses des citoyens de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières, et terminait son mémoire en le suppliant de conserver aux Canadiens, avec l'épiscopat, leurs collèges et leurs communautés religieuses 12.

Puis, ayant tout laissé, mémoire et adresses, entre les mains d'Halifax, pour être présenté à la Cour, il attendit le retour à Londres de MM. de LaCorne et Montgolfier pour agir de concert avec eux et joindre ses efforts aux leurs, afin d'obtenir, si possible, un règlement favorable pour l'établissement de l'épiscopat au Canada.

M. de LaCorne ne put revenir à Londres que dans la première ou la deuxième semaine de février. M. Montgolfier y passa avec lui. M. Charest les attendait avec impatience. Tous trois se mirent à l'œuvre et durant plusieurs semaines n'épargnèrent ni peines, ni veilles, ni démarches pour rencontrer les ministres, exposer l'objet de leur mission et arriver à quelque résultat pratique. Us ne recevaient partout, dans les bureaux, que bon accueil et bienveillantes paroles,

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