Hist. de la Seigneurie de Lauzon, t. II, p
mais pas de décision; rien de catégorique ni de définitif: l'attention était ailleurs, dans les affaires du Royaume, qui semblaient alors bien mêlées. Il y a du bon dans ces gouvernements constitutionnels et parlementaires ; mais l'instabilité y règne souvent en maîtresse, comme l'opinion, sur laquelle ils s'appuient: les ministres se succèdent du jour au lendemain, et remettent à plus tard, aussi longtemps qu'ils peuvent, le règlement des questions qui peuvent leur nuire. Celle de l'épiscopat canadien en était une et paraissait les effrayer. Ecoutons plutôt M. de LaCorne s'expliquer làdessus à ses confrères de Québec : sa lettre est du 25 mars 1764:
" Voilà six semaines, mes chers confrères, disait-il, que je suis à Londres. Je me serais rendu plus tôt à vos vœux et à ceux de MM. Montgolfier et Charest, qui m'avaient écrit, à leur arrivée, pour me presser d'y revenir; mais j'ai été plus de trois semaines sans avoir pu obtenir l'approbation du ministre. . . Il m'avait fait marquer qu'il voulait m'entendre avant mon départ. J'y fus avec M. Montgolfier, que j'y menai, et nous partions sur le champ pour Londres.
" Le détail de tout ce qui s'est passé depuis notre arrivée serait trop long. La Cour n'a pas voulu nous donner le règlement que nous sollicitions; elle ne l'a pas même pu pa< les mêmes raisons de l'année dernière, qui subsistent encore aujourd'hui. Les troubles du Royaume ne sont pas assez calmés pour quelle fasse rien en faveur de la catholicité romaine ; mais on nous a dit positivement et on a répondu que nous pouvions aller notre train, qu'on fermerait les yeux sur l'épiscopat, et qu'on ne nous inquiéterait en aucune manière sur l'exercice de notre religion, pourvu que nous nous comportions avec prudence.
" En conséquence, nous avons écrit à Paris, afin qu'on fasse la poursuite des Bulles. Le Nonce du Pape qui est à Paris attendait notre réponse d'ici. J'espère que tout ira
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bien, et que vous aurez M. Montgolfier en septembre 13. "
Ainsi, une simple tolérance de la religion catholique et de l'épiscopat, au Canada: on fermerait les yeux, on ne dirait rien ; et c'est tout ! Il n'y avait vraiment pas de quoi enthousiasmer nos députés canadiens. M. de LaCorne, pourtant, paraissait prêt à s'en contenter. Mais ni M. Montgolfier ni M. Charest n'étaient d'humeur à se déclarer satisfaits pour si peu; et tous deux prirent immédiatement la résolution de retourner le plus tôt possible en Canada. M. Charest, cependant, voulut auparavant aller en France. Il revint ensuite à Londres; et, désappointé du peu de succès de sa mission, il reprit le chemin du Canada, avec la résolution de retourner en France pour y terminer ses jours. C'est dans le beau pays de la Touraine qu'il alla se fixer avec sa famille, et qu'il mourut dans l'été de 1783.
Nous devions ce souvenir à ce bon Canadien qui, malgré son faible état de santé, avait montré " tant de zèle pour sa religion et sa patrie ".
Quant à M. Montgolfier, se sachant d'avance absolument exclu de l'épiscopat par le gouverneur du Canada, il n'aurait pu consentir à ce qu'on demandât pour lui des Bulles à Rome et à se faire sacrer, que s'il avait eu l'agrément certain et positif de la Cour de Londres : autrement, il aurait été exposé, une fois consacré évêque, à se voir honteusement exclu du Canada, et obligé de rester en Europe. L'agrément de la Cour ne lui ayant pas été signifié, il n'eut pas de peine à se décider à repasser, lui aussi, le plus tôt possible au Canada.
Connut-il, avant son départ de Londres, les Instructions que venait de recevoir de Rome le Nonce de Paris au sujet de son élection par le Chapitre? Nous avons tout lieu de croire qu'il ne les apprit qu'à son retour à Québec.
13. Lettre citée dans les Recherches historiques, vol. XV, p. 323.
Ces " Instructions pour le Nonce de Paris ", signées à Rome par le Cardinal Castelli, Préfet de la Propagande, étaient datées du 28 mars (1764). Elles n'arrivèrent probablement à leur destination qu'assez tard en avril; et M. Montgolfier dut quitter l'Angleterre pour le Canada aux derniers jours de mai. Il avait hâte de rentrer dans son Séminaire et dans la ville de Montréal, où son départ et son absence avaient laissé tant de regrets.