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M. BRI AND A LONDRES

On ne peut douter que la raison principale — la raison peut-être décisive — qui avait fait choisir tout d'abord M. Montgolfier pour évêque, c'était, outre son grand mérite personnel, l'espoir, — et l'espoir bien fondé — que le Séminaire de Montréal, dont il était supérieur, lui fournirait les moyens de faire honneur à sa position. On voulait un évêque en titre; mais l'Evêché de Québec, désormais séparé de la France, n'avait plus de revenu. Il fallait pourvoir à la subsistance de celui qui occuperait ce siège épiscopal.

Qui allait se charger de procurer à M. Briand, le nouvel élu, les moyens de vivre et de soutenir sa dignité? Il était pauvre, et n'appartenait à aucune autre Société que le Chapitre, qui était pauvre lui-même. Comment pouvait-il se présenter à Londres, comment pouvait-il se faire présenter au Saint-Siège pour l'épiscopat de Québec, n'ayant rien d'assuré pour sa subsistance? Le Séminaire de Québec vint sauver la situation et s'engagea à procurer à l' Evêque le logement et la nourriture " aussi longtemps qu'il n'aurait pas par lui-même de revenus suffisants pour subsister d'une manière convenable à sa dignité * ". Pourtant le Séminaire de Québec lui-même était loin d'être riche à cette époque, commençant à peine à se relever des ruines où l'avait réduit le siège de la ville. Mais l'œuvre à faire était digne de l'Insti-

i. Archiv. du Sém. de Q. Acte par lequel le Séminaire s'engage à loger et nourrir l'Evêque de Québec.

tution fondée par MBr de Laval: aussi n'hésita-t-elle pas à s'en charger.

Nous avons vu que M. Briand, arrivé à Douvres le 2 novembre 1764, se décida à se rendre à Londres par le même vaisseau sur lequel il avait traversé l'océan. A Douvres, il était bien près de la France, son pays natal, qu'il n'avait pas vu depuis vingt-trois ans, et qu'il aurait été si heureux de revoir. Il en fit généreusement le sacrifice, qu'il s'imposa même tout le temps de son séjour en Angleterre, c'est-à-dire jusqu'au mois de décembre 1765; et cela pour deux raisons : d'abord, parce qu'il n'avait le moyen de voyager que pour le strict nécessaire, puis pour ne point compromettre le succès de sa mission, les Anglais étant alors excessivement jaloux par rapport à tout commerce et à toute relation des Canadiens avec la France.

Bien plus, il s'abstenait même, par prudence, d'aller fréquemment à l'ambassade française:

" Il paraît assez goûté à Londres, écrivait l'abbé de l'Ile- Dieu; et notre ambassadeur, M. le comte de Guerchy, qui aime et qui respecte notre sainte religion, lui a fait beaucoup d'avances, d'offres de services et d'amitié. Mais ce cher et respectable ecclésiastique, prudent et sage, circonspect et mesuré dans toutes ses démarches, a cru jusqu'à présent n'en devoir user qu'avec sobriété et la plus grande discrétion, pour ne donner à la Cour et au ministre d'Angleterre aucune espèce de jalousie ni d'inquiétudes, qui se transformeraient bientôt en défiance et en opposition 2. "

Où logeait-il à Londres? Peut-être chez l'abbé Hussay, qui fut plus tard vicaire général de Québec en Angleterre; mais nous n'en savons rien. Egalement, nous avons cherché en vain dans les archives, et n'avons rien trouvé qui pût

2. Lettre à la Propagande, 20 janvier 1765, citée dans les Recherches historiques, vol. XV, p. 356.

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satisfaire la curiosité du lecteur sur le genre de vie que menait à Londres cet homme d'une si grande valeur intellectuelle et morale durant ces longs mois de séjour au milieu d'un peuple dont il ignorait la langue et n'appréciait peutêtre pas autant qu'il l'aurait voulu les goûts et les manières.

Tout ce que nous savons, c'est qu'il " vivait à ses crochets, suivant l'expression d'un écrivain du temps, et paraissait même " abandonné de la colonie " canadienne, qui avait si généreusement contribué au voyage de M. Charest 3. Il nous déclare lui-même quelque part " qu'il ne reçut pas un sou de la colonie, et que ce fut par une espèce de miracle qu'il put subvenir aux dépenses excessives de son voyage et de son séjour en Angleterre. . . J'ai avec satisfaction, ajoutet-il, sacrifié tout ce que j'avais 4 ".

Nous savons aussi qu'il voyait assez souvent des Canadiens. Il en passa plusieurs en Angleterre en 1765 5: c'était pour lui une agréable diversion au milieu de ses soucis et de ses ennuis. Il en exprimait un jour sa gratitude à l'un d'eux :

" Je suis pénétré de reconnaissance, lui disait-il, pour vos politesses et vos gracieuses manières à mon égard, durant mon séjour à Londres e. "

MM. de LaCorne, Montgolfier et Charest, eux aussi, firent un assez long séjour en Angleterre pour le bien de l'Eglise du Canada, — M. de LaCorne surtout; mais ils avaient plus de ressources que M. Briand pour se procurer l'utile et le confort qu'on est si heureux d'avoir en voyage, loin des siens, loin de sa patrie. M. de LaCorne alla trois

3. Mémoire de M. Gravé, cité dans les Recherches historiques, vol. XVI, p. 34-

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