Lettre du 11 janvier
12. Archiv. du Canada, Collection Haldimand, B. 2-1, lettre de Gage à Haldimand, 22 mars 1764.
13. Archiv. du Sém. de Q., Collection Haldimand, lettre du P. de Glapion, 19 nov. 1762.
138 i/ ÉGLISE DU CANADA
mensonge et la vérité dans une même balance, m'a donné plus de peine ici que la moitié du gouvernement. "
C'est alors que Murray s'en chargea et l'envoya à Londres. Nous venons de voir le certificat que lui avait donné Haldimand. Voici comment Carleton, qui le connaissait bien, l'appréciait, lui aussi, plus tard :
" Homme de génie, belle imagination, et écrivain d'une grande habileté ; mais étranger à la vérité, sans une parcelle d'honneur, ni d'honnêteté. "
Pourtant, il restait encore quelque chose au crédit du P. Roubaud. Tout en se faisant passer pour protestant comme sa mère, — car sa mère était huguenote, et lui seul de ses enfants s'était fait catholique — il n'est pas prouvé qu'il ait fait abjuration de sa religion. Tout dégradé et perdu de mœurs qu'il était, il n'est pas prouvé, comme il l'est pour le récollet Veyssière, qu'il ait foulé aux pieds ses vœux et contracté mariage. Il avait montré du zèle dans son ministère paroissial; il avait témoigné de la charité envers les prisonniers anglais dans les expéditions où il avait accompagné ses sauvages. Dieu lui fit une grande grâce. Réduit à la dernière extrémité, il se sentait allé vers la mort : :
" La Providence, dit un chroniqueur, lui ménageait une ressource dans sa miséricorde. Le Supérieur de Saint-Sulpice de Paris ayant appris le honteux état de cet infortuné, manquant de tout et surchargé de vices, lui fit offrir une place dans son séminaire pour y faire pénitence et s'y préparer au grand voyage de l'éternité. Ce fut une providence pour ce misérable, qui recevait sans doute la récompense de cette charité exemplaire qu'on lui avait vu exercer envers les prisonniers anglais et les victimes des sauvages, aux forts George et Lidius, qu'il arracha en grand nombre des mains des barbares, et qui paya le rachat de pauvres petits orphelins. Roubaud ne ferma pas les oreilles à la voix de la grâce. I! alla dans le séminaire de Saint-Sulpice s'enfoncer dans
une profonde retraite. Il y passa quarante jours dans les gémissements, la pénitence et les larmes, au bout desquels il alla rendre son âme à Dieu, qui dit qu'il y aura plus de joie dans le ciel sur la conversion d'un pécheur que sur la persévérance de quatre-vingt dix-neuf justes1*. Il mourut en novembre 1787 à l'âge avancé de soixante-quinze ans 15. "
Hâtons-nous de revenir trouver à Londres M. Briand. Il y a quatorze mois qu'il est en Angleterre: il est bien vu, estimé de tout le monde; et le secrétaire d'Etat, qui le reçoit toujours avec plaisir et affabilité, ne lui a pas encore dit officiellement : " Faites-vous donc consacrer évêque, et partez pour le Canada. " Il ne le lui dira jamais.
Plusieurs personnages plus ou moins en rapport avec la Cour, qui s'intéressent à lui et lui veulent du bien, se contentent de le lui laisser entendre officieusement : " Qu'il aille donc se faire consacrer où bon lui semble, en France, s'il l'aime mieux: on ne dira rien, on fermera les yeux sur son départ; il reviendra à Londres tranquillement et sans bruit, consacré évêque, mais sans afficher ce titre, sans parler d'épiscopat; il sera reconnu comme ''Supérieur majeur de l'Eglise du Canada ". Tout le monde se réjouira du fait accompli, et il partira pour le Canada, content. "
C'est ce que lui disent, entre autres, deux de ses amis protestants, mais loyaux et sincères, et très mêlés avec les personnages officiels : Thomas Mills, qui sera l'un des conseillers de Carleton, et Cramahé, secrétaire du gouverneur