CHAPITRE XVI
DIFFICULTÉS AU SUJET DE LA CATHÉDRALE (suite)
L'antipathie mutuelle entre M^ Briand et M. Récher datait de loin. Avant d'être évêque, le Prélat faisait partie du Chapitre, et par conséquent était censé approuver toutes les mesures désagréables dont le curé et ses marguilliers avaient eu à se plaindre. Devenu vicaire capitulaire, M. Briand avait infligé un jour à M. Récher une leçon qui lui avait fait mal au cœur. Voici en quels termes il faisait part de cet incident à son confrère M. Perreault :
" M. le curé de Québec m'a obligé de lui parler durement, i° parce qu'il ne se prête pas à mettre la paroisse aux Récollets. Je vois ses raisons. 2° parce qu'il avait permis de bâtir de petites cabanes dans les portails de la cathédrale. Le marguillier présent avoue la faute. Le curé répondant que l'église était profanée, et qu'il pensait qu'il n'y avait pas besoin de permission, je lui répondis que j'étais surpris de son ignorance sur cet article, qu'il devait savoir qu'il n'y avait que moi dans le gouvernement qui pût permettre de se servir pour des usages profanes des choses qui avaient servi au service de Dieu. Il amena pavillon; il a été sensible, et je n'en ai pas été fâché. C'est un bon prêtre, qui travaille bien, dont je suis bien content. Mais il aime ses commodités, et n'est pas assez au-dessus de soi-même pour juger sainement contre sa liberté et son inclination. Les grands hommes ont leur faiblesse \ "
I. Lettre à M. Perreault, chanoine, aux Trois-Rivières, 1762.
I78 i/ ÉGLISE DU CANADA
Traiter " d'ignorant " un homme de la valeur de M. Récher, lui parler " durement " — remarquons que M. Briand n'était encore que grand vicaire — n'était peut-être pas le moyen de l'adoucir et de se l'attacher.
Quoi qu'il en soit des relations entre l'Evêque et le Curé de Québec, il nous paraît certain, d'après une pièce conservée aux archives du Séminaire de Québec, que ce n'est pas à l'Evêque lui-même, mais plutôt au Chapitre, que M. Récher et ses marguilliers prétendaient s'opposer, lorsqu'ils disaient qu'ils ne voulaient pas reconstruire comme cathédrale leur " ancienne église paroissiale " incendiée. Ils avaient sur le cœur cette phrase, que nous avons citée plus haut, d'un des volumineux mémoires imprimés du Chapitre dans l'affaire du Procès de la Cure de Québec :
" L'église cathédrale de Québec sera rendue au Chapitre, avec tous ses droits, sacristie, fabrique et les biens en dépendants \ "
Puisque l'existence du Chapitre était maintenue et confirmée, qu'on attendait l'autorisation de remplir les vacances et d'augmenter même le nombre des chanoines — autorisation qui fut refusée par le gouverneur — il aurait fallu que le Chapitre désavouât cette phrase malencontreuse, ou qu'il l'expliquât du moins d'une manière acceptable. C'est ce qu'insinuait discrètement M. Montgolfier dans une lettre à M51* Briand :
" Je n'aurais jamais pensé, disait-il, que les contradictions que vous éprouvez de la part des habitants de Québec au sujet de votre cathédrale eussent été si sérieuses que vous me le marquez. Je croyais que ce ne serait qu'une chicane passagère, qui n'avait pour objet que quelques mécontentements vis-à-vis de MM. du Chapitre, et qu'il serait aisé de terminer par une transaction à l'amiable. . .