Ibid., assemblée du 6 mars
gttilliers ont conduit ce grand ouvrage à sa fin. Accoutumés que vous aviez été à voir mes prédécesseurs évêques de Québec présider dans cette église aux divins offices et y faire leurs fonctions épiscopales, peut-être serez-vous surpris et malédifiés de ne pas m'y voir. Je suis décidé à continuer de faire dans cette église (du Séminaire) mon office avec mon clergé. Je puis protester à la face des saints autels qu'aucun motif humain n'est entré dans cette résolution, et que je ne porte pas dans mon cœur la plus légère indisposition ni pour vous, pour qui je donnerais jusqu'à la dernière goutte de mon sang, ni pour MM. vos marguilliers, que je crois pleins de droiture, de bonne foi et de zèle pour vos intérêts, ni même pour les premiers auteurs de cette division, auxquels j'ai fait tout le bien et rendu tout l'honneur qui a dépendu de moi.
" Nous vous conjurons donc, Nos Très Chers Enfants en Notre-Seigneur, par les entrailles de la miséricorde de Jésus- Christ notre Sauveur, de nous imiter, comme nous nous efforçons de l'imiter nous-même; et que cette séparation se fasse sans la plus petite division de cœur. Notre prière, quoique faite dans des lieux différents, n'en sera pas moins agréable au Seigneur, si les liens de la charité nous unissent, si nous n'avons tous qu'un cœur. Dieu qui a permis cette division dans les esprits et les sentiments, saura bien en tirer sa gloire.
" Je vous le répète, si je choisis pour y faire mes fonctions l'église que je trouve la plus propre à former nos jeunes ecclésiastiques à la piété et aux saintes cérémonies — ce que je regarde comme un des principaux devoirs de mon état — c'est sans aucune passion. Dieu m'est témoin que je n'ai jamais demandé la propriété de votre église, que je n'ai jamais eu la pensée de toucher à ses revenus, ni d'en ôter l'administration aux fabriciens. J'ai cru, il est vrai, et je crois encore, que cette église, qui est aussi la vôtre, dans
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laquelle votre curé a son titre, où vous avez droit de recevoir les sacrements, d'assister aux divins offices, et dont il n'est pas possible à personne de vous chasser avec justice, comme on vous le fait entendre, je crois que cette église est en même temps ma cathédrale et celle de mon Chapitre, non par choix, comme l'est actuellement l'église du Séminaire, mais par l'attribution que le Souverain Pontife en a faite, à la demande du Roi, et du consentement de vos pères. C'est sur ce pied que mes prédécesseurs et leurs Chapitres en ont pris possession, à la vue et du consentement du peuple, par des actes solennels et souvent réitérés ; c'est sur ce pied qu'ils y ont assisté depuis 1684, et c'est sur ce pied que j'y serais allé, que j'aurais concouru à son rétablissement et contribué même d'une somme de quinze à dix-huit mille francs, si l'on n'eût pas rejeté mes offres, en me disant que l'intention des citoyens était de rétablir l'église uniquement comme paroisse, et non pas comme cathédrale. C'est la réponse que me fit, en pleine compagnie, M. Récher, alors votre curé, et que MM. les marguilliers ont depuis constamment soutenue par toute leur conduite et même par leurs écrits. Je ne puis donc aujourd'hui entrer dans cette même église sans trahir les droits de mon siège et de mon clergé, sans manquer à ma dignité et sans m'exposer, moi et mes chanoines, à des troubles et des divisions, qui pourraient renaître dans des conjonctures plus fâcheuses encore que celles-ci, et qui se sont souvent renouvelées depuis l'établissement de l'Eglise du Canada. Quel est donc le parti que je puis prendre ? Porter mes plaintes et faire valoir mes droits au pied des tribunaux? Mais ne dois-je pas craindre d'allumer le flambeau de la division et du schisme parmi mes chères et très aimées ouailles? D'ailleurs j'aurais trop de violence à faire à mon caractère et à mon amour pour la paix. Il ne me reste donc qu'un seul parti convenable et conforme en même temps à l'esprit de Notre-Seigneur, qui vous dit dans son Evangile
que si l'on vous ôte votre manteau il faut aussi donner la tunique, qui est de renoncer au droit qu'on ne veut pas reconnaître, puisqu'on refuse de désavouer le langage, la conduite et les écrits précédents.
"'Je ne crois pas avoir, par ma conduite, à me taxer d'ambition, ni d'aucune vue d'intérêt personnel. Si l'amour et la tendre affection que j'ai pour vous, si le zèle de votre salut, si le bien de l'Eglise du Canada m'ont fait consentir à me charger du pesant fardeau qu'on m'a imposé, et que vous appesantissez encore au lieu de m'aider à le soutenir, Dieu m'est témoin de la violence que je me suis faite et des combats que j'ai eu à rendre contre moi-même. Je crois que c'est mon église et celle de mon clergé, et en même temps la vôtre, si essentiellement que l'un ne peut être sans l'autre, aux termes de la Bulle et de l'acte d'érection de l'Evêché et du Chapitre. Vos marguilliers pensent, parlent, écrivent et agissent différemment.
" Cela ne diminue rien des sentiments que j'ai pour eux et pour ceux qui peuvent être de leur opinion. Mais au moins qu'on ne trouve pas mauvais si je ne vais pas dans cette église ; qu'on ne s'exhale pas en plaintes, murmures, paroles de blâme, de médisance et de calomnie. Car je vous en avertis, moins pour moi que pour vous : vous vous rendriez certainement coupables envers Dieu. Si je n'ai point de cathédrale, laissez-moi la liberté de me choisir à ma commodité une autre église, et qu'il me soit permis d'y célébrer les saints offices avec mon clergé, du mieux que je pourrai, et en paix.
" Voilà, Nos Très Chers Enfants en Notre-Seigneur, ce que je me suis cru obligé de vous annoncer, pour vous exhorter à persévérer, malgré la différence des sentiments, dans l'union et la charité entre vous et avec un Pasteur qui vous porte tous dans son cœur, qui n'a d'autre intérêt, d'autre désir que votre salut, votre sanctification, et qui préférerait
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d'être lui-même anathème, plutôt que de se voir une pierre de scandale pour un seul d'entre vous.
" Comme tous les prétextes qu'on apportait pour se dispenser de l'assistance aux saints offices vont cesser, nous exhortons tout le monde à s'y rendre plus assidu, et nous confirmons les ordonnances de nos prédécesseurs sur l'obligation d'assister à la messe de paroisse, portées conformément aux saints Canons et décrets des Souverains Pontifes. Nous prendrons notre loisir pour donner à votre curé les règlements convenables dans ce nouvel arrangement, pour les heures des offices, pour les processions, saluts, confréries et autres articles qui regardent le service divin.
" Sera notre présente lettre lue et publiée par notre premier secrétaire 13 le dimanche de Quasimodo, 7 avril, immédiatement après le prône de M. le curé 14. "
Cette lettre pastorale exposait d'une manière si claire les droits d'un chacun, évêque, chapitre, paroissiens, par rapport à l'église de Notre-Dame de Québec, qui est à la fois église cathédrale et paroissiale, qu'elle aurait dû dissiper immédiatement tout malentendu et ramener tout le monde au même sentiment: celui de la justice, de la religion, de la charité, et d'un amour inaltérable pour la maison de Dieu, quel que nom qu'elle porte. Ce ne fut cependant qu'au bout de trois ans que l'Evêque put faire son entrée solennelle dans sa cathédrale : et encore fallut-il l'intervention du Gouverneur — un gouverneur protestant, M. Cramahé, qui remplaçait temporairement Carleton pendant l'absence de celui-ci en
13. Ce "premier secrétaire" était Jean-François Hubert, alors l'un des directeurs du Sém. de Québec, et plus tard le deuxième successeur de Mgr Briand. Le deuxième secrétaire, qui contresigna le mandement, était Augustin-David Hubert, qui fut curé de Québec et se noya en 1792 près de l'Ile d'Orléans.