CHAPITRE XIX
ME BRIAND SE DÉMET DE L'ÉVÈCHÉ LE QUÉBEC.— M£ DESGLIS LUI SUCCÈDE.—M. HUBERT EST NOMMÉ COADJUTEUR.
la date de sa démission, fin de novembre 1784, MF Briand était à la veille d'entrer dans sa soixante-
. dixième année. Il était doué d’une forte et solide consti-
tution, qui aurait pu triompher de bien des maladies, s’il avait eu une vie moins sédentaire. Ecrivant en 1776 à ses bonnes amies, les Dames de Pontbriand, de la Visitation de Rennes, il leur disait: « Ma santé est meilleure que jamais. » Mais presque en même temps il écrivait à son ami M. de LaCorne, à Paris, et lui parlait de «sa sciatique, qui lui rendait la montée et la descente des escaliers un peu laborieuse.» ‘Trois ans seulement avant sa démission, il écrivait à Paris à M. de Villars: « Aucun de nos messieurs du Séminaire (de Québec) n’a de la santé: je me porte le mieux d’entre eux.»
Mais voilà que l’année suivante (1782) — nous laissons parler ici l’annaliste des Ursulines, — «il est attaqué d’une maladie extraordinaire que personne ne connaît, et qui menace de nous l’enlever d’une heure à l’autre...» Et un peu plus loin : «Ilest malade d’une goutte, dit-on, remontée. Lorsque les accès reviennent, il en est saisi dans la poitrine et les bras, sans pouvoir agir, et éprouve une sueur excessive. Ces accidents nous donnent lieu de tout craindre...
L'ÉGLISE DU CANADA APRÈS LA CONQUÊTE 247 Nous ne nous permettons point de réfléchir sur les suites d’une telle perte, dans les circonstances présentes 1, »
Dans sa lettre À Carleton, en date du 30 juin 1784: « Voilà plus de huit mois, disait M£ Briand, que je n’ai pu écrire que mon nom, où il le fallait. ‘Trois lignes de suite m'occasionnent des douleurs que je ne puis presque soutenir...» Et dans sa lettre à M. Sarault, du 5 septembre 1783: «J'aurais bien voulu vous écrire moi-même, mais à peine puis-je écrire deux lignes. »
Il est en effet facile de voir que dans sa correspondance pour les deux dernières années de son administration, ce n'est pas lui qui tient la plume, c’est un jeune ecclésiastiques très bien doué, et d’un grand avenir, qu’il a pris pour son secrétaire; mais ce n’est plus le Père, ce n’est plus celui dont on pouvait dire avec tant de vérité: « Le
style, c’est l’homme.» Heureux ceux qui, comme les habitants de Saint-Thomas, ont pu recevoir ses dernières paroles — yovissima verba —, celles qui étaient bien de lui, puisqu’il leur disait: « Les forces me manquent, et je ne sais si je pourrai aller jusqu’au bout. »
Quoi qu’il en soit, il est évident que le mauvais état de de sa santé fut au moins pour M£' Briand une des raisons déterminantes qui, dans l’automne de 1784, le décidèrent à se décharger du fardeau de l’épiscopat. Mais ce n’était pas la seule, comme nous le verrons dans sa lettre à Hamilton; et nous n’hésitons pas à dire que s’il attendit si tard pour donner sa démission, c’est qu’il ne voulait pas en cette circonstance avoir affaire à Haldimand. On attendait son départ d’un moment à l’autre; on espérait que si Carleton ne venait lui-même le remplacer, il tâcherait de nous faire donner pour gouverneur un homme sympathique, un autre «lui-même,» comme on disait: Qu'il vienne donc