Les Ursulines de Q,., t. III, p
vite, écrivait M£ Briand à Carleton, afin qu’après lavoir embrassé je meure en paix.» On se contenta, pour le moment, de confier les rênes de la Province à un lieutenant-gouverneur, Henry Hamilton, et sitôt qu’il fut en fonctions le vénérable Prélat lui adressa du Séminaire la lettre suivante:
« Monsieur, Je me ferais un reproche si je ne vous donnais avis d’une détermination fixe que j'ai prise et que je ne puis plus tarder d'exécuter.
« Une maladie de deux ans, à laquelle les médecins ne voient aucun remède, m’oblige de me démettre sans délai de mon titre de l’Evêché de Québec entre les mains du digne Coadjuteur que Sa Très Gracieuse Majesté a bien voulu me donner, et que j'ai consacré moi-même il y a douze ans avec la permission de M. Cramahé, lors lieutenant-gouverneur.
« J'ai conservé depuis vingt-cinq ans les peuples de mon diocèse dans la fidélité au Roi, en des temps bien critiques; et de ce côté-là j'ose ne rien craindre des jugements de mon Dieu, entre les mains duquel je sais qu’il est terrible de tomber. J'ai insinué partout, et par écrit et de paroles, qu'on ne peut être chrétien, et à plus forte raison vrai catholique, saus être fidèle à ses serments, et sans être soumis aux Puissances que la Providence de Dieu détermine par ses décrets.
«Maïs il est un autre compte que je dois rendre à Dieu. Ce sont les fonctions épiscopales que je n’exerce pas depuis deux ans. C’est le torrent du vice dans mes diocésains
2. Le médecin ordinaire de Mgr Briand était celui du Séminaire, Jean-Baptiste Chrétien, qui le fut de 1773 à 1794. Dans les grandes circonstances, on appelait un médecin extraordinaire. C’est ainsi qu’en avril 1784 le Séminaire de Québec paya vingt-cinq guinées au célèbre Docteur Badelard “pour soins, avis, pansements et opérations dans la maladie de Mgr Briand”. (Archives du Séminaire de Québec).
auquel je ne m'oppose pas. C'est en un mot le bien que je ne fais pas.
« Jusqu'ici je me suis rassuré sur l'espérance de ma guérison. Mais enfin je sens que je n'ai plus droit de m’appuyer de ce prétexte. Il ne me reste donc pius qu’à me décharger de mon fardeau sur mon Coadjuteur.
« Autre motif non moins urgent qui doit intéresser la bonté attentive du gouvernement: c’est de tranquilliser l'esprit de près de cent mille catholiques de cette Province ; car ils voient d’un côté leur Evêque, dont ils savent qu'ils sont tendrement aimés, réduit à sa dernière maladie, et de l’autre un Coadjuteur qui doit lui succéder, et qu'ils estiment, parvenu à sa soixante-quinzième année. Ce double péril de la perte simultanée de l’un et de l’autre les effraie. Le seul moyen d’apaiser leur crainte, c’est que je me démette entre les mains de mon Coadjuteur, qui aura le droit, que je n'ai pas, de se pourvoir lui-même promptement d’un successeur.
« Jose vous recommander cette affaire comme la dernière et la plus importante dont le succès puisse m’intéresser #. »
Qui n’admirerait la dignité de cette lettre? Le Prélat annonce sa détermination fixe de se démettre de «son titre de l’Evêché de Québec.» Où est le temps qu’il était obligé de se faire consacrer évêque, à la dérobée, presque à l’insu du gouvernement? Où est le temps où on ne lui reconnaissait officiellement que le titre de « Surintendant de l’Eglise de Rome?» Si le Canada est resté fidèle à l'Angleterre, il ne craint pas de s'en attribuer le mérite; et avec quelle assuränce! «J'ai conservé depuis vingt-cinq ans les peuples de mon diocèse dans la fidélité au Roi...» Il ne craint pas, non plus, s'adressant à un gouverneur protestant, de faire la distinction entre «le vrai catholique »