Les Ursulines de Q., t. III, p
Mais on réussit d’une autre manière à faire retarder un peu la nomination de M. Hubert à la coadjutorerie de Québec. Lord Sydney, alors secrétaire d'Etat, proposa à la Cour de faire nommer M. Montgolfier lui-même au lieu de M. Hubert. Qui avait suggéré ce nouveau plan? On soupçonna Haldimand, qui aurait voulu par là essayer de réparer l’injure qu’il avait faite au vénérable supérieur du Séminaire de Montréal en renvoyant honteusement en France les deux prêtres qu’il avait fait venir au Canada pour son Séminaire, Quoi qu’il en soit, la coadjutorerie de Québec fut offerte à M. Montgolfñer par l'entremise du lieutenant-gouverneur Hamilton, qui lui écrivit à ce sujet le 30 juin 1785. Mais M. Montgolfier, presque aussi âgé que le nouvel évêque de Québec, et plus âgé que l’ancien, n'était pas homme à se prêter à une pareille intrigue. Tout en remerciant la Cour de l'offre flatteuse qu’on lui faisait, il refusa catégoriquement de l’accepter:
«Les sollicitations réitérées que j'ai déjà reçues pour accepter le fardeau de l’épiscopat, écrit-il à M. Gravé, me prouvent évidemment l'unique source de Ia politique; mais j'ai déjà répondu à l’un et à l’autre auteur, soit en Europe, soit en Canada °, par une négation absolue. »
La Cour, du reste, sur l’avis de la non-acceptation de M. Montgolfer, ne fit aucune difficulté d’agréer la nomination de M. Hubert, auquel Haldimand lui-même, qui lui avait toujours été sympathique, avait rendu d’avance un excellent témoignage. Il avait écrit en effet à Lord Sydney le 11 octobre 1784:
« La personne qui se présente à mon esprit comme la plus propre pour la coadjutorerie de Québec est M. Hubert, l’un des vicaires généraux. Il a été supérieur du Séminaire
8. Coll. Hald., lettre d'Haldimand à Sydney, 11 oct. 1784. 0. Lord Sydney et le lieutenant-gouverneur Hamilton.
en 1775 et 1776, et a donné en toute occasion des preuves indubitables de sa loyauté envers le Roi et de son attachement au gouvernement. Avec mon consentement il a résidé quelques années à Détroit, et s’est employé avec beaucoup de zèle à réparer le mal qu’un autre prêtre, un nommé Gibault, a fait dans les pays d’en-haut. Il a cet avantage particulier sur d’autres prêtres canadiens d’un égal mérite, qu’il n’a jamais été en France, et qu’il n’a de relation avec aucun ordre de moines ou de prêtres, excepté ceux du Séminaire de Québec, auquel il appartient. Je le recommande donc à Sa Majesté comme la personne la plus qualifiée pour être à la tête de la Religion catholique en ce pays, et je soumets humblement à sa sagesse qu’elle fasse les démarches nécessaires pour arriver à ce résultat. »
Dès le 22 décembre M£ Desglis avait écrit à M. Hubert pour lui annoncer son élection comme coadjuteur, et lui dire qu’il avait tout espoir que son choix serait agréé à Londres et confirmé à Rome: «Mais vous comprenez, ajoutait-il, que rien n’est définitif. Ne descendez donc pas maintenant. Attendez de nouveaux avis, surtout si M. Payet —il était alors à Michillimakinac— n'est pas de retour. Vous ferez bien, avant de quitter ce pays, de mettre tout en ordre, car quand pourra-t-on y retournet 1?»
Aussitôt qu’on fut sûr que la nomination de M. Hubert était agréée à Londres et à Rome, on se hâta de députer un messager à Détroit pour l’en informer. On le trouva, nouveau Cincinnatus, attelé à sa charrue, c’est-à-dire travaillant avec zèle et humilité à cultiver la vigne du Seigneur dans cet endroit lointain. Il se hâta de descendre à Québec. I1 y était à la fin de novembre, car nous voyons qu’à cette
10. Lettre de Mgr Desglis à M. Hubert, curé de l’Assomption au Détroit, 22 déc. 1784.
date M# Desglis écrivait de Saint-Pierre à son grand vicaire, M. Gravé, au Séminaire de Québec :
« Je vous prie de faire donner par Martineau — c'était le maître d'hôtel du Séminaire—tous les besoins de M. Hubert et vous suis fort obligé de vouloir bien continuer à m'aider dans les affaires de mon diocèse l. »
11. Lettre de Mgr Desglis à M. Gravé, V. G. à Québec, 20 nov. 1785.
APRÈS LA CONQOUËTE
MONSEIGNEUR DESGLIS DE 1784 À 1789