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CHAPITRE I

MANDEMENT D'ENTRÉE DE M# DESGLIS.—CONSÉCRATION DU COADJUTEUR.—ACTES ÉPISCOPAUX DE L'UN ET DE L'AUTRE

M® Desglis!, devenu évêque de Québec le 29 novembre

1784 par la démission de M# Briand, prit possession du Siège épiscopal dans la matinée du 2 décembre, à onze heures et demie; et le même jour il continua à son prédé-

1. Louis-Philippe Mariauchau Desglis, fils de François..., capitaine .des gardes du gouverneur, chevalier de Saint-Louis, lieutenant de Roi “aux Trois-Rivières, et de Louise-Philippe Chartier de Lotbinière, sœur de l’ancien archidiacre: né à Québec le 24 avril 1710, filleul du gouverneur du Canada, M. de Vaudreuil; ordonné prêtre le 18 septembre 1734, élu coadjuteur en septembre 1770, consacré, le 12 juillet 1772, “évêque de Dorylée, ville de la Phrygie, en Asie Mineure.

cesseur, pour tout le diocèse, tous les pouvoirs ordinaires et extraordinaires dont jouissait le vénérable Prélat, qu’on allait appeler désormais « ME l'Ancien, » comme on faisait autrefois pour M£ de Laval. Remarquons que depuis la consécration de M£ Desglis, en 1772, c'était la première fois qu’il y avait deux évêques à Québec depuis le temps de Laval: bientôt il y en aura trois, ce qui ne s'était pas encore vu au Canada.

Le jour de la prise de possession de son siège, également, Me Desglis renouvela leurs lettres de grand vicaire à MM. Gravé, Montgolfer et Saint-Onge, et aussi à M. de Villars, à Paris. Cest aussi ce jour-là qu’il nomma M. Hussey son grand vicaire à Londres.

Deux jours après, le 4 décembre, il donne son « Mande- : ment d'entrée.» Nous avons toujours admiré la modestie, l'humilité, la vertu incomparable de ce saint vieillard. Mais comme elle éclate, surtout, cette vertu, dans ce mandement! Il sait qu’il n’a rien de brillant, ni de remarquable dans sa personne ?, et qu'il est devenu évêque un peu par les circonstances ; mais'aussi il ne s’en fait pas accroire ; il a la science des sciences, celle qui consiste «à se bien connaître soi-même, » et qui manque à tant d’esprits brillants et prétentieux. Après avoir fait un maguifique éloge de son prédécesseur et exprimé le regret de le voir s’effacert

«Sa retraite, Nos Très Chers Frères, dit-il, est un vrai malheur pour le diocèse ; mais Dieu en le retirant ne vous. oublie pas, il lui prépare un successeur qui, élevé sous ses

2, Nous avons toujours douté de l'authenticité, ou si l'on veut de la “ vérité” du portrait que l’on montre de Mgr Desglis. N'est-ce pas plutôt une caricature qu’un portrait ? D'après tous les chroniqueurs, son. père avait fort « belle mine.» Sa sœur Marie-Louise, mariée à M. de Brouague, était “ d’une beauté peu commune ® (Les Ursulines de Québec, t. II, p. 224) ; et sa nièce Mlle de Brouague, présentée un jour au roi d'Angleterre, George III, attira tellement son attention qu'il ne put s'empêcher de dire: “ Si toutes les dames du Canada vous ressem— blent, la conquête en vaut la peine.” (7 bid.).

yeux et formé par ses préceptes, pourra remplir dignement une place que nous n’occupons qu’en passant. »

Quelle belle parole! N'est-elle pas digne d’un Sage? Elle n’a rien de vulgaire ni de banal dans la bouche de ce bon vieux curé, tout étonné de se voir élevé, malgré son insuffisance, sur le Siège des Laval, des Saint-Vallier et des Briand.

Le pieux Prélat renouvelle ensuite et maintient toutes les ordonnances et tous les règlements disciplinaires de ses prédécesseurs. Il confirme les pouvoirs ordinaires et extraordinaires dont jouissent les prêtres du diocèse; puis, bien décidé, tout évêque titulaire qu’il est, et qu’il entend bien rester, puisqu'on l’a nommé, à retourner le plus tôt possible dans sa chère petite paroisse de Saint-Pierre, pour y finir ses jours, il ajoute:

« C’est toujours à ME l’ancien Evêque, revêtu des pouvoirs les plus amples, que vous vous adresserez pour vos affaires. Si ses infirmités ne lui permettent pas de s’en occuper, notre grand vicaire à Québec les terminera ou nous les renverra.

« Jusqw’à la fin de l’an prochain 1785, on ajoutera aux oraisons de la messe... la collecte Deus refugium nostrum et virtus pour la santé de M® l'Ancien, et pour les autres besoins les plus pressants du diocèse, Vous prierez aussi Dieu qu’il répande sur nous cet esprit d'intelligence et de direction, à la faveur duquel nous puissions marcher nousmême et conduire notre troupeau dans les voies du salut {, »

D'après ces dernières paroles, il est clair que, tout en restant curé de Saint-Pierre, tout en se faisant aider pour l'administration du diocèse par M£' Briand et M. Gravé, le

3. Comme fera plus tard Mgr Denaut, qui, lui aussi, devenu évêque de Québec, après la mort de Mgr Hubert, continua de rester à Longueuil, dont il était curé, jusqu’à sa mort.

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