‹ L'eglise du CanadaChapitre 162 sur 197 · Rég. D. E., 26 fév · texte numérisé non relu

Rég. D. E., 26 fév

2. Mgr de Saint-Vallier et l'Hôpital-Général de Québec, p. 455.

années, et un hommage bien sincère, lorsque quelquesunes de nos Hospitalières, prenant une résolution vraiment héroïque, se décidèrent à aller à Dieppe porter secours à leur maison. mère qui en avait un pressant besoin #, Elles y furent admirées, et comme religieuses, et comme hospitalières. Il y a, en effet, deux choses à considérer séparément, si on le veut, dans notre Hôtel-Dieu: et ce que nous disons ici de l’Hôtel-Dieu s'applique également à l'Hôpital- Général et à l'Hôpital du Sacré-Cœur, qui n’en sont que des détachements ou des essaims: il y a la religieuse Augustine, qui conserve si religieusement l'esprit de la fondation ; il y a l’'Hospitalière, qui s’est toujours tenue au courant de tous les progrès de la science médicale, pour être à la hauteur de ses fonctions et rendre le plus de services possible à l'humanité souffrante. Celui qui a le bonheur de visiter notre Hôtel-Dieu de Québec peut constater par lui même que le personnel des médecins et des hospitalières qui s’y consacrent au service des malades, de même que l'installation matérielle de l'Hôpital feraient honneur à n’importe quel pays. ‘Tout cela a été l’œuvre successive du temps; les directeurs, les supérieurs de l’iustitution y ont eu une large part: et si M£ Hubert, qui n’en fut pas l’un des moins zélés et des moins intelligents, reparaissait au milieu de nous, il applaudirait sans doute aux succès de cette institution, toujours jeune par l'instinct et l'amour du progrès, toujours ancienne par l'attachement aux traditions et au culte du passé.

Le culte du passé! Nous lisions tout récemment dans

une de nos revues canadiennes quelques pages admirables, où l’auteur, un de nos écrivains les plus distingués, mon-

3. France et Canada: Dieppe-Québec (1639) ; Québec-Dieppe (1912), dans les Mémoires de la Société Royale de 1914, p. 231. “ Travail inté-

ressant pour nous, écrivait à l’auteur Son Em. le cardinal Bégin. Il est

bon que cela soit consigné dans notre histoire religieuse du Canada.”

trait jusqu’à l'évidence qu’il y a dans ce culte «une force sociale nécessaire. Tous les peuples conscients, d’euxmêmes, dit-il, ont recherché l'appui de cette force. , Ils-y ont reconnu le principe des plus pures et des plus réconfortantes énergies. La sève du présent. s’élabore dans les racines profondes du passé. , Du passé fécondé par la sueur et le sang, montent les végétations vigoureuses. Du passé surgissent des leçons et des exemples, des expériences. et des lumières. Le passé est une école de respect, de fierté, de constance, de magnanimité, de courage. Au souvenir de ceux qui nous ont faits ce que nous sommes, au spectacle des travaux qui ont marqué leur vie, et à la pensée des vertus qu’ils ont portées jusqu’à l'héroïsme et sur lesquelles a été édifiée la patrie, nous aimons davantage ce sol que nous foulons, et qui fut le théâtre, à la fois obscur et glorieux, de tant de luttes, de tant de labeurs et de tant de souffrances {».

Eh bien, ce culte du passé, si réconfortant, si glorieux, si nécessaire, nous ne croyons pas qu’il ait nulle part des adeptes plus fervents et plus fidèles que les religieuses de nos anciennes communautés, et tout spécialement celles de notre Hôtel-Dieu de Québec.

La visite des communautés religieuses de la ville épiscopale terminée, ME Hubert se prépara à commencer celle du diocèse. Ce n’était que la quatrième depuis la Conquête. M£ Briand en avait fait deux complètes; il n'avait fait que commencer la troisième, qu'il avait été obligé d'abandonner, comme nous l’avons vu, À cause des circonstances. Il y avait quatorze ans qu’il n’y avait pas eu de visite pastorale : et l’on sait le chagrin qu’en ressentait ME Briand.

Le Coadjuteur divisa le diocèse en quatre parties aussi égales que possible, de manière à en faire la visite complète

4. Mgr L.-A. Pâquet, Le culte du passé, dans le No de juin 1917 du Rosaire, revue dominicaine, p. 167.

en quatre aus. Mais comme il y avait, Jongtemps que les paroisses wavaient pas vu d'évêque,, il: devait rester trois jours au moins dans les principales; de sorte que la visite, qui commençait ordinairement avec le mois de. mai, ne

finissait que, dans les, premiers. jours d'août. Quelle

immense, corvée! . Quel travail. méritoire!. Mon recuso laborem, disait M# Hubert, avec le! grand saint. Martin.

La visite de 1787 devait commencer à la Longue-Pointe, près Montréal, le 7 mai, pour finir le 8 août au.Saut-Saint- Louis. Le Coadjuteur partit, pour, Montréal le 15 avril, ayant une ordination à y faire le 29, et voulant visiter les communautés religieuses dela ville, auxquelles il.portait le plus vif intérêt : les Sœurs de la Congrégation, les Sœurs de l'Hôtel-Dieu de La Flèche, les Sœurs Grises de Mme d'Youville.. Il avait hâte de revoir cette ville, déjà si importante, où il avait passé plusieurs fois en allant dans ses missions, où 1l était allé sans doute bien souvent quand il était procureur et supérieur du Séminaire de Québec, pour recueillir les rentes seigneuriales de l’Ile-Tésus. IT avait hâte, surtout, de revoir le Séminaire de Montréal, avec lequel il était très lié, Saint-Sulpice, qu’il aimait tant, les fils de M. Olier, ces admirables «préparateurs du clergé de France, y compris la jeune France du nouveau monde, » disait tout récemment le secrétaire d'Etat du grand Pape Benoit XV dans la belle lettre qu’il adressait à leur vénéré supérieur, M. Garriguet®. Il avait tout spécialement hâte

5. Voici cette lettre, dont nous sommes heureux d'enrichir notre ouvrage :

“ Vénéré M. le Supérieur,

“ Le Saint-Père a pris connaissance avec la plus vive satisfaction des informations si consolantes que vous avez voulu lui envoyer au sortir des réunions du Conseil supérieur de Saint-Sulpice. L

“Le Pape apprécie depuis longtemps l'excellent esprit sacerdotal de votre Compagnie et les immenses services que’lle a rendus depuis bientôt trois siècles à l'Eglise de France. Il est heureux de savoir, par votre témoignage et celui de vos éminents collaborateurs, que, malgré les

d'embrasser M. Montgolfer, qui aurait pu être Coadjuteur à sa place, s’il l’eût voulu: la chose lui avait été offerte. M. Montgolfer, d’ailleurs, se félicitait du choix de MF Hubert, et il en félicitait l'Eglise du Canada:

« Ma joie est parfaite, lui écrivait-il à lui-même. Je m'attendais depuis longtemps que les vœux du clergé et du peuple, au sujet de la succession à l'Eglise du Canada, seraient enfin exaucés: les voilà confirmés par l’une et l’autre Puissance: en sorte qu’il me paraît que nous ne devons plus désormais appréhender aucun trouble. Permettez que je vous en fasse mon compliment aujourd’hui, compliment de joie, en faveur des peuples fidèles dont les vœux sont exaucés, aux dépens de votre tranquillité. Maïs quelque grand que soit le fardeau, ce n’est pas moins pour vous donum opus, et uu droit à la récompense du Pasteur fidèle...»

ébranlements des persécutions récentes et la violente secousse de la guerre actuelle, on a tous les motifs d'espérer que le futur clergé de France ne sera inférieur en rien aux nombreuses générations de prêtres sortis des Séminaires de Saint-Sulpice. |

“Ces promesses d'avenir ont pour garant, comme vous le dites si bien, l'attachement traditionnel de Saint-Sulpice à l’enseignement de Rome, à ses doctrines et à ses méthodes. De cette tradition, vous êtes vous-même, Monsieur le Supérieur général, la vivante personnification. Bien que la Procure de Rome n'ait pas l'honneur de vous compter parmi ses anciens élèves, vous vous êtes toujours montré aussi pénétré que le vénéré M. Captier, votre prédécesseur d’inoubliable mémoire, de la grande utilité pour vos jeunes confrères de venir achever dans l’atmosphère de Rome leur préparation à leur vocation spéciale.

“Aussi est-ce du plus profond du cœur que le Saint-Père se plaît à vous considérer parmi les meilleurs de ses fils et à vous répéter qu'il compte toujours sur vous comme sur les plus efficaces et les plus puissants préparateurs du clergé de France — y compris la jeune France du nouveau monde — aux grandes missions qui l’attendent.

“Te suis heureux, Monsieur le Supérieur, d'être en cette circonstance l'interprète des sentiments du Souverain Pontife, et de vous transmettre en même temps pour vous et tous les membres de votre chère Compagnie la plus paternelle de ses bénédictions.

‘Veuillez agréer, vénéré Monsieur le Supérieur, cette nouvelle assurance de mon profond dévouement en Notre-Seigneur.

“Du Vatican, 22 août 1016.

P. Cardinal GASPARRI.”

M. Montgolfier écrivait cela le 5 juin 1786, alors que M. Hubert n'était encore que nommé Coadjuteur. Mais le voilà qui arrive au Séminaire revêtu de la dignité épisco- pale, et inaugurant déjà ses fonctions, ce bonum opus, qu’il devait mener avec tant de zèle et d'heureux résultats pour notre Eglise. Oh, avec quelle joie respectueuse fut-il accueilli dans ce vénérable Séminaire de Montréal! Mais de son côté comme il dut être péniblement impressionné en le voyant réduit à si peu de membres, quatre ou cinq vieux prêtres épuisés par l’âge et les infirmités:, MM. Montgolfer, Brassier, Poncin, Curatteau, directeur du collège, et trois ou quatre autres, employés à.la desserte des paroisses! L’affreuse et inintelligente politique anglaise avait toujours refusé à M. Montgolfier la permission de faire venir quelques prêtres du Séminaire de Paris pour soutenir sa maison. Le vénérable Supérieur avait voulu faire ce que les Anglais appellent un /es{ case, en faire venir deux à ses risques et périls; et l’on sait la manière brutale avec laquelle Haldimand les avait chassés du Canada. Depuis ce temps, MM. Adhémar et Delisle avaient été en Europe, chargés des vœux de tous les Canadiens, y compris les Anglais de Montréal: ils auraient obtenu de M. Emery le nombre de prêtres dont le Séminaire avait besoin, mais leur demande ne rencontra à Londres qu’un refus désobligeant: à

« J'ose dire, écrivait un jour ME Desglis, que huit ou dix de ces bons prêtres, qui ne coûteraient rien à l'Etat, vaudraient peut-être pour lui huit ou dix mille troupes, comme on l’a vu dans l'invasion des Américains au Canada. En effet, des troupes imprimeront de la crainte pour le gouvernement; et de bons prêtres le feront aimer, »

Pour entretenir la vie de son Séminaire, et procurer aux

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