CHAPITRE III
VISITE AU CANADA DU PRINCE GUILLAUME - HENRI. — MALAISE DANS L'ÉGLISE DE QUÉBEC. — ME BRIAND, L'ANGE DE LA PAIX.— LETTRE PASTORALE DE M˰ DESGLIS AUX CATHOLIQUES DE LA NOUVELLE-RCOSSH
M*° Hubert était à Montréal lorsque arriva devant Québec, le 14 août 1787, une frégate anglaise de 28 canons, Le Pégase, commandée par un prince de la famille royale, Guillaume-Henri, duc de Clarence, — plus tard roi d’Angleterte sous le nom de Guillaume IV— qui venait visiter le Canada. C'était, depuis la Conquête, la première de ces visites princières, qui devaient se succéder désormais à des périodes plus ou moins rapprochées, et qui sont bien caractéristiques du régime anglais, par comparaison avec le régime français. Vint-il jamais à l’idée d’un Louis XIII, d’un Louis XIV, d’un Louis XV, ou même de leurs miuistres, d'envoyer ici un prince de la famille royale pour resserrer les liens qui unissaient le Canada à la France? La monarchie française, surtout depuis Henri IV, affectait de se tenir, dirons-nous, comme au fond d’un sanctuaire, pour ne rien perdre de son prestige et de son autorité. La monarchie anglaise est beaucoup plus démonstrative, plus accessible, plus à la disposition du peuple. Au fond, ce west pas George III qui envoyait ici son fils, ce sont ses ministres qui se servaient de ce prince de la famille royale comme pour prendre de nouveau possession de ce que le
traité de 1783 avait laissé à l'Angleterre dans l'Amérique du Nord, et recueillir les hommages des Canadiens. Dans le système gouvernemental anglais, le Roi est tout, et il west rien: il est tout, parce que tout se fait en son nom ; il n’est rien, parce que ce n’est pas lui qui est censé agir. Prenez le premier volume des Documents Constitutionnels, et parcourez l'index : vous n’y trouverez pas une seule fois le nom de George III, qui régnait durant la longue période que couvre ce volume. Il régnait: deux de ses fils vinrent ici durant son règne, le duc de Clarence, d’abord, le duc de Kent, ! ensuite, et leurs visites ne contribuèrent pas peu à attacher les Canadiens au nouveau régime.
Il n'entre nullement dans le cadre de cet ouvrage de raconter les fêtes dont fut l’objet notre futur roi Guillaume IV dans sa visite à Québec au mois d'août 1787. L'Eglise du Canada devait lui rendre hommage, et elle le fit par ses chefs, l’ancien et le nouvel Evêque de Québec, avec cette dignité et cette sobriété qui convenaient après tant de refus désobligeants qu’elle avait éprouvés pour ce qu’elle avait de plus cher: la vie et l'entretien de ses séminaires par des prêtres de France.
Il y eut surtout deux jours de fêtes durant le séjour du Prince à Québec: le lendemain de son arrivée; puis le 21 août, jour anniversaire de sa naissance: le Prince entrait ce jour-là dans sa vingt-troisième année, et il donna au Château Saint-Louis, vers deux heures après-midi, un lever, où les citoyens de la ville et le clergé furent admis à lui présenter leurs hommages. Dans leur adresse, les citoyens remerciaient le Roi de leur avoir envoyé de nouveau Carleton pour présider aux destinées de la Province; et le Rrince, de leur répondre: «Sa Majesté apprendra avec satisfaction que les citoyens de la ville de Québec sont