‹ L'eglise du CanadaChapitre 35 sur 197 · Invasion du Canada, p · texte numérisé non relu

Invasion du Canada, p

10. 1bid., p. 317, lettre de Mme Veuve Benoist à l’'Hon. F. Baby, 3 oct. 1775.

«Notre armée va se mettre en mouvement demain ou après-demain, écrit de son côté M. Montgolfer, et il paraît que M. le Général veut personnellement être de la partie. Je ne doute pas que sa présence ne soit d’un grand secours ; mais s’il venait à lui arriver quelque accident, il y a lieu de craindre que nous ne tarderions pas à être tous Bostonnais. La prudence humaïne à fait son cours; c’est à la Providence à décider de notre sort !1, »

Carleton était trop prudent pour ne pas continuer à l’être. Il n’était pas homme à aller se risquer inutilement au milieu des Rebelles de la Pointe-Olivier, de Saint-Denis et de Saint-Charles. L'affaire du presbytère de Saint-Denis et la lâcheté des gens de Laprairie qui avaient reçu les Bostonnais à bras ouverts l'avaient indigné; et lorsqu'il apprit le 3 novembre la reddition aux Américains du Fort Saint-Jean, après un siège de quarante-cinq jours, lui qui, pourtant, affectionnait beaucoup nos populations en général, ne put s'empêcher d'écrire à Lord Darmouth:

« Tout a échoué par la corruption et la stupide bassesse des paysans Canadiens... Ni le clergé, ni la noblesse, ni la bourgeoisie n’ont pu leur persuader de faire leur devoir. Aucune force armée m'était là pour les y contraindre. Deux bataillons auraient sauvé le pays, au printemps; je doute que vingt puissent le reprendre ??.»

Dix jours après la reddition du FortiSaint-Jean, ce fut le tour de Montréal, avec ses «murs de Jéricho,» La ville capitula le dimanche 13 novembre, et resta Bostonnaise l’espace de sept mois, c’est-à-dire jusqu’au 15 juin de l’année suivante. Elle eut pendant ce temps pour gouverneur David Wooster, d’abord, puis Arnold. M. Montgolfier et

11. Archiv. de l’'Ev. de Q, lettre à Mgr Briand, 26 oct. 1775. 12. Archiv. du Canada, Papiers d'Etat, Q. 11, lettre du 5 nov. 1773.

son clergé n’eurent guère à se féliciter du nouveau régime 18,

Carleton avait quitté Montréal deux jours avant la capitulation pour descendre à Québec, où il arriva le 13 novembre, après avoir échappé à mille dangers. Les ennemis étaient répandus un peu partout sur les deux rives du fleuve. Sorel et Trois-Rivières étaient devenues comme Montréal des villes Bostonnaises. Trois-Rivières s'était rendue à Montgomery dès le 8 novembre, le jour même qu’Arnold débouchait à la Pointe-de-Lévi avec son régiment de soldats déguenillés, hâves et mourant de faim “. Les deux chefs américains ne tardèrent pas à faire leur jonction à la Pointe-aux-Trembles et dressèrent de suite leur plan de campagne pour le siège de Québec, qui ne commença cependant que le premier décembre.

De son côté, Carleton se prépara incontinent à défendre la ville, qu’il regardait avec raison comme la seule chance de garder le pays à l'Angleterre. Il était plein d'espérance.

Eut-il une entrevue avec l’Evêque, son ami, son confident, aussitôt après son arrivée? La chose est bien probable: et le Prélat l’encouragea sans doute à accomplir la noble tâche qui s’imposait à lui, de défendre Québec. Mais il était lui-même sous l’empire d’une grande tristesse, en voyant la mauvaise disposition d’un si grand nombre de ses diocésains : on le voit par la lettre plein de mélancolie qu’il écrivait à M. Montgolfier quelques joursauparavant :

«La position de la colonie, mon cher grand vicaire, disait-il, me paraît tout-à-fait triste, et son sort blen incertain. La mauvaise volonté des habitants ne fait que se

13. Invasion du Canada, p. 95. — Collection Haldimand, B. 27, lettre de Moses Allen à Antill, 3 avril 1776.

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