Jacques Viger, Ma Saberdache
«Je ne parle pas des inquiétudes du ministère, et des chagrins personnels que nous avons eu à supporter tout le long de l'hiver. Ce n’est que dans des entretiens particuliers que nous pourrons avoir l'honneur et la consolation de rendre compte à Votre Grandeur. Mais je dois vous informer ici que l’époque de votre délivrance, au commencement de mai, a été celle de nos plus grandes persécutions. Le clergé de la ville n’a pas été personnellement insulté, mais plusieurs prêtres de la campagne ont été ignominieusement conduits et confrontés dans les camps des Rebelles ÿ, les marchands de la ville pillés, les menaces et les alarmes d’un incendie général à tout propos renouvelés.
« Enfin, le 15 de ce mois, à huit heures du soir, dans le plus fort de nos alarmes, nous avons été subitement et totalement délivrés par une entière évacuation de l’armée ennemie. Nous sortions de notre prière du soir au Séminaire, lorsqu'on m’apporta subitemeni les clefs de la ville; que je renvoyai sur le champ à M. Dufy, colonel de la milice, qui se tenait actuellement caché, étant recherché depuis plusieurs jours pour être envoyé comme Iprisonnier au Congrès * C’est de sa prison qu’il a été élevé sur le trône. Il a commandé une garde bourgeoise,fqui a gardé la ville pendant trente-six heures. Mais dans ce moment il vient d’entrer quatre cents hommes de troupes royales, qui prennent possession de la ville, et relèvent la garde, aux acclanations de tout le public.
8. Comme on avait fait à Saint-Joachim, à l'égard de MM. Gravé et Corbin.
9. Que de bons Canadiens eurent la douleur de se voir prisonniers aux États-Unis, et empêchés de servir pour la défense de Québec : Juchereau Duchesnay, De la Valtrie, de Saint-Ours, de Rouville, d'Eschambault, de Lotbinière! “Qu'il est désagréable pour moi, écrivait Juschereau Duchesnay à son ami Baby, d’être le seul homme de Québec qui ait fait la sottise de se laisser prendre à Saint-Jean, pendant que j'avais l’occasion de défendre ma capitale et de me couvrir de gloire! (Ecrit à Albany le 31 janvier 1776, publié dans l'Invasion au Canad*.
"34 L’ÉGLISÉ DU CANADA
« Nous espérons voir entrer aujourd’hui ou demain M. le général Carleton avec une partie de son armée. Une autre partie est, je crois, à la poursuite des fuyards, pour les repousser d’où ils sont venus. La flotte royale est vers Repentigny: nous ne soupirons qu'après un coup de nordest pour la voir paraître devant la ville. »
M. Montgolfer ajoutait :
« Votre Grandeur nous enverra sans doute bientôt un mandement pour rendre grâces à Dieu de la délivrance du pays, et sur la conduite uniforme que les prêtres doivent observer à l’égard des habitants rebelles ou indociles. »
L'objet principal du message que l’Evêque avait envoyé à son grand vicaire par M. Panet, c'était les mauvaises nouvelles qu’il avait reçues des Jésuites de Montréal, nouvelles, d’ailleurs, dont on causait partout librement. Moses Allen, qui commandait à Montréal, écrivait à Québec à son ami Antill:
« Le Père Floquet est le seul prêtre qui veuille donner l’absolution aux Canadiens. On l'appelle maintenant mon chapelain !!. »
Arnold lui-même regardait le Père Floquet comme un des amis les plus sûrs du Congrès !1,
M. Montgolfier dans sa réponse à l'Evêque, ajoutait :
«Je viens au P. Floquet *. Ilest certainement bien coupable, et je n’entreprends pas sa défense. On en a beaucoup dit sur son compte qu’il ne méritait pas; mais
10. Archiv. du Canada, Collection Haldimand, B. 27, p. 325, lettre du 20 avril 1776.