Did, B. 147, p
12. Pierre Floquet était au Canada depuis 1740, et à Montréal depuis au moins 1768. Avant d'aller à Montréal, il avait été missionnaire à Lorette, et l’on y voit encore un moulin à farine, moulin seigneurial, qu’il fit bâtir en 1766. Il v a une inscription qui porte son nom et cetté date: M. D. CC. L. XVI. — Nous devons ce détail à M. le Chanoine. Lindsay. — Ce moulin en avait remplacé un autre qui avait été bâti par le P. Richer.
aussi je sais d’ailleurs qu’on a passé sous silence bien des
choses qui pourraient le charger. Je l’ai averti quelquefois en ami, et j'ai été longtemps incrédule sur beaucoup de choses dont on le chargeait, jusqu’à un dernier éclat arrivé le lundi d’après la semaine de Pâques. Trois habitants qui portaient publiquement les armes au service du Congrès et faisaient sentinelle aux portes de la ville, s'étant présentés ce jour-là à la communion, à la messe de M. Brassier #, qui les connaissait, il leur refusa la communion, qu’il présumait pascale, sous prétexte qu'ils étaient étrangers et n'avaient point de billet de leur curé. Ils répondirent publiquement qu’ils étaient de la paroisse du P. Floquet, qui les avait confessés ; et lui ayant porté leurs plaintes, il les fit entrer dans son église, et leur donna la communion.
« Instruit de ce scandale, dont chacun raïisonnaïit, je fus moi-même trouver le Père. Il devait prêcher dans notre église le dimanche d’après. Je le remerciai pour toujours de ses sermons, au moins jusqu’à nouvel ordre, et lui déclarai que si je ne lui retirais pas entièrement vos pouvoirs, c'était par prudence, et par ménagement de sa Compagnie, que j'estime toujours ; que le temps de la pâque étant passé, je pensais bien qu’il ne serait plus dans le cas de confesser des gens d’une étoffe semblable à ceux qu’il venait de passer, qui ordinairement ne se confessent pas plusieurs fois dans l’année, et que d’ailleurs j'étais bien persuadé qu’en tout autre article il exercerait utilement son ministère. L'affaire en est demeurée là Maïs au premier jour je lui intimerai vos ordres.
« Je ne suis pas tout-à-fait content du P. Huguet, missionnaire du Saut-Saint-Louis.
13. M. Montgolfier ayant donné sa démission comme supérieur du Séminaire de Montréal en 1788, “ on choisit, pour lui succéder, M. Brassier, en conservant cependant à M. Montgolfier le titre de supérieur honoraire.” (Faillon, Vie de Mme d'Youville, p. 376).
« Je ne connais pas assez les sentiments du P. Well, sur qui je n’ai point de soupçon.
« Le P. Gordan est toujours un excellent missionnaire, qui parle et qui agit avec droiture et prudence .»
On ne peut être surpris, après ce qu’on vient de lire, que ME Briand, informé de tout, se soit vu obligé d'interdire le P. Floquet, malgré la haute estime et l'affection qu’il avait pour la Compagnie de Jésus. C'était l’objet principal du message que M. Panet avait été chargé de remettre de sa part à M. Montgoifier.
Comme nous l'avons dit ailleurs, le P. Floquet ét à l'Evêque un bon nombre de lettres d’explications et d’excuses 15; mais il resta plusieurs mois sous le coup de l’interdit. |
Il y était encore le 29 novembre, puisqu'il écrivait ce jour-là à M£' Briand pour le supplier « de lever cet interdit qu’il s'était attiré par sa mauvaise conduite,» promettant; à l'avenir, «de faire rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.»
L'interdit fut levé.
Le P. Floquet mourut à Montréal, en 1782, dans la résidence des Jésuites, laquelle, d’après une de ses lettres, avait “se «toute dilapidée » par les Américains durant leur séjour
à Montréal.
Le P. Huguet mourut Dee suivante à la mission du Saut-Saint-Louis, qu’il desservait avec beaucoup de zèle. Mais il avait pensé mourir en 1780. Ecrivant en effet à ME Briand le jour de Noël de cette Es M. RÉRegt lui disait :
« Je viens de voir un billet de la main du Père Huguet, missionnaire au Saut-Saint-Louis, conçu en ces deux lignes
14. Archiv. de l’Ev. de Q,, lettre du 17 juin 1776. 15. L'Eglise. du Canada sous Mgr de Pontbriand, p: 220. .
seulement : « Je prie le,P. Well de venir entendre au Saut ma dernière confession.» Le Père est parti et a abandonné en ville le grand travailde ces fêtes commencées. Je ne sais pas ce qu’il nous apprendra à son retour. »
Le P, Huguet survécut plus de deux ans à cette première attaque, et ne mourut qu’en 1783.
Ainsi s’éteignaient peu à peu les Jésuites du Canada. Le P. Gordan était mort le 30 juin 1779:
« Ce saint et zélé missionnaire, écrivait M. Montgolfier à ME Briand, ce bon!missionnaire, qui était propre à tout, vient de mourir à Montréal à dix heures du soir. Il n’y a que deux jours qu’on l'avait transporté de sa mission de Saint-Régis dangereusement malade de certaines fièvres malignes qui courent parmi les Sauvages des différents villages, et dont M. de,Terlaie mourut il y a environ deux ans. (C’est dans l’amertume de mon cœur que j'apprends cette mort à Votre! Grandeur, et je ne doute pas que vous n’y soyez également sensible 1»
Quant à la mission du Saut-Saint-Louis, le P. Well la desservit quelque temps après la mort de son confrère, mais bientôt il fallut recourir aux- prêtres séculiers. La mission fut desservie quelque temps par les curés voisins; et M# Briand, en 1784, put enfin y mettre un prêtre résident, M. Laurent Ducharme. Ecrivant à M. Campbell ”:
« Je remplis enfin, lui dit l'Evêque, la promesse que j’eus l'honneur de vous donner la dernière fois que vous me fîtes le plaisir de me rendre visite. J’envoie un missionnaire au Saut-Saint-Louis. Il aura l'honneur de vous présenter cette lettre. Les bonnes dispositions que vous me fîtes apercevoir, pour aider à la subsistance de ce prêtre, et votre