Journal de Baby
aussi ont-ils été brûlés, soit par la ville, soit par les Bostonnais: ce qui a fait bien des misérables. Ils portent la peine de leur désobéissance 7, »
C'était surtout la grave question de la restitution et de la réparation des dommages, soit au gouvernement, soit aux particuliers, qui retardait la conversion d’un certain nombre d'habitants, et qui préoccupait le saizt Evêque. Le curé de Sainte-Anne, M. Porlier, lui ayant écrit un jour à ce sujet, il lui répondit le 19 novembre, c’est-à-dire près de cinq mois après son mandement : |
« Rien n’est décidé encore quant aux réparations du tort fait au gouvernement par l’inobéissance du peuple Canadien pour la milice. Mais j'ai parlé au Gouverneur: je l'ai informé de mes ordres, et que tous mes curés s'y conformaient ; que je croyais qu’il était maintenant bon de s’en rapporter à leur sagesse, leur attachement à la vérité et conséquemment à la Royauté, et que, réflexion faite, j'avais jugé que le meilleur moyen de rappeler les réfractaires, ce n’était plus de les éloigner des sacrements, mais au contraire de les en rapprocher, parce qu'alors mes curés, trouvant dans leurs paroissiens de meilleures dispositions, les ramèneraient doucement au devoir.
« Il en est convenu; et j'ai déjà fait parvenir mes intentions à plusieurs de mes curés, qui s’y conforment... »
Qui n’admirerait la sollicitude paternelle du saint Evêque pour ses ouailles, et les démarches qu’il avait faites, et qu’il était disposé à faire encore pour faciliter leur retour et leur conversion? Nous en avons sous les yeux un autre exemple, que nous ne pouvons nous empêcher de citer ici. Il s'agit des habitants de Chambly et de Saint-Olivier, qui, on s’en souvient, avaient pris une part très active à la révolution. De Saint-Olivier, surtout, M. Montgolfer
7. Lettre de Mer Briand aux Visitandines de Rennes, 27 sept. 1776.
disait que “ce n’était plus qu’un nid de rebelles.» Le curé de Chambly, qui les desservait, Médard Pétrimoux, n'avait plus aucune autorité sur eux; et comme ces paroïssiens paraissaient revenir à de meilleurs sentiments, l’'Evêque se décida à leur donner un autre missionnaire pour faciliter leur retour. Il nomme donc curé de Chambly et de Saint-Olivier un Français, de ses amis, un Breton, Jean- Pierre Ménard, homme distingué, en qui il a toute confiance ; et à cette occasion il adresse aux habitants de ces deux paroisses une magnifique Lettre pastorale ® :
« Aux habitants de Saint-Joseph de Chambly et de Saint- Olivier, dit-il, Salut et Bénédiction en Jésus-Christ, le seul Sauveur des hommes. »
Puis il commence par leur rappeler ses hésitations d’autrefois à accepter le fardeau de l’épiscopat :
«Je ne l’ai accepté, dit-il, que par les vifs sentiments d'affection, de tendresse et de zèle pour votre salut, qu'un séjour de vingt-cinq ans avec vos pères pieux et chrétiens y avait gravés, et que j'y retrouve encore tout entiers, malgré les fréquents déboires que j'ai éprouvés depuis plus de dix ans que je suis votre évêque... »
Nous ne pouvons, cela va sans dire, qu'analyser cette belle lettre pastorale et en citer quelques lignes. Après leur avoir annoncé qu’il croit leur faire plaisir en leur donnant un autre curé à la place de M. Pétrimoux, dont il fait cependant le plus bel éloge:
« J'ai supplié M. Ménard, dit-il, de se charger de votre conduite, parce que j'ai espéré que peut-être vous l’écouterez avec plus de docilité que M. Pétrimoux, ce digne pasteur, dont le zèle, l’activité, la prudence, la douceur doivent vous être connus. Ce bon prêtre a demandé de
8. Archiv. de l’'Ev. de Q,, Rég. IIT des lettres, lettre du 19 janvier
vous laisser, et je le retire. J'aurais pu vous abandonner sans curé, mais j'ai considéré que vous êtes un grand peuple, et que « les médecins sont pour les malades ©. »
«Un grand peuple, » mais un «peuple malade:» voilà bien le style de ME Briand; et «le style, c’est l'homme : » il aimait ces associations de mots, où l'éloge est suivi de près par le reproche, où la vanité trouve de suite son-antidote!
« Vous vous êtes laissé séduire, ajoute le Prélat, par les émissaires américains ; » et il leur rappelle les paroles du Prophète: « Ce peuple s’est laissé séduire par le mensonge, et il a continué de suivre la séduction sans vouloir reconnaître et suivre la verité. »
« Fesse le Ciel que vous compreniez le tort que vous ont fait ces sectaires, et que vous rentriez le plus tôt possible dans la voie de la vérité et de la loyauté d’où vous n’auriez dû jamais sortir! s
« Votre nouveau Curé me connaît. Il est bon patriote. Il a vu l’ancienne France. Il peut vous dire si je suis un évêque qui aime ses peuples, et si je suis un homme à vendre mon âme pour aucun intérêt temporel. »
M. Ménard resta curé de Chambly jusqu’à sa mort, arrivée en 1792.
La lettre pastorale dont nous venons de citer quelques lignes est du 19 janvier 1777. Elle avait été précédée par un mandement, en date du 29 décembre 1776, adressé aux seuls « Citoyens catholiques de Québec, » pour «faire célébrer l’anniversaire de l'évacuation de la ville par les Américains le 31 décembre 1775.» Ce mandement d'actions de grâces clôturait donc, pour ainsi dire, une des périodes les plus agitées de l’histoire de notre Eglise.
0. Matth. IX, 12: “ Non est opus valentibus medicus, sed malè habentibus. ”
Dans ce mandement, M£' Briand ne craignait pas d’appeler la délivrance de Québec «un vrai miracle.» Il rappelait toutes les « merveilles » que le Seigneur avait opérées en notre faveur à cette occasion; et parmi ces merveilles il mentionnait tout spécialement la protection visible qu’il avait accordée à notre excellent gouverneur Carleton dans son voyage de Montréal à Québec, où il avait échappé à tant de dangers:
« C’est Dieu, disait-il, qui nous a rendu Son Excellence M. Carleton, c’est lui qui l’a couvert de son ombre, qui a dirigé ses pas et l’a fait échapper à la vigilance plus qu’ordinaire des sentinelles apposées de toutes parts pour le saisir et nous l'enlever. C’est Dieu qui a inspiré à notre illustre gouverneur le moyen de ranimer les cœurs, de rassurer les esprits et de rétablir la paix et l’union dans la ville. C'est Dieu lui-même qui a mis et conservé l’unanimité et la concorde parmi une garnison composée de difiérents états, caractères, intérêts et religions. (C’est Dieu qui a inspiré à cette glorieuse et brave garnison cette constance, cette force, cette générosité, cet attachement à son Roi et à son devoir, dont elle avait besoin pour soutenir un long et pénible siège, pendant un hiver aussi rude et aussi dur que celui du Canada.»
Une grand’messe solennelle d'actions de grâces fut chantée dans la cathédrale le mardi 31 décembre 1776, après laquelle l’Evêque lui-même entonna le 7e Deum. Tout le clergé séculier et régulier de la ville y assistait ; et le Prélat avait fait un devoir à tous les citoyens catholiques de la ville d'y assister également :
« Nous ne regarderions pas exempts de péché, disait-il, ceux qui par mauvaise volonté, esprit de critique et de désobéissance, s’en absenteraient sans aucune autre raison 1, »