Recherches historiques, t. VII, p
« Mais, écrit M£' Briand, je tiens ferme, et il faut se rétracter publiquement avant d’être admis aux sacrements, même à la mort. J'espère que par la miséricorde de Dieu et la sagesse du Seigneur tout ceci tournera au bien de la religion; car mes chers enfants, qué je connais presque tous, depuis trente-six ans que je suis ici — il n’y a guère d'anciens qui me soient inconnus — ces pauvres peuples, dis-je, ont de la religion, ils sont bons, mais ils avaient été séduits. Ils le voient bien à présent. On s'était surtout attaché à les prévenir contre leurs curés, leur disant qu’il ne fallait pas les écouter, qu’ils n'avaient point à se mêler de la guerre, que ce n’était pas leur métier. Par ces discours, nos instructions sont devenues inutiles, d’où est venu le malheur des habitants. »
On voit comme le pieux Prélat connaissait bien nos populations, comme il les appréciait, comme il les aimait, et n’avait jamais désespéré d'elles ; et il ajoutait :
« Enfin, on peut dire que la conservation de la colonie au Roi d'Angleterre est le fruit de la fermeté du Clergé et de sa fidélité; car, quoique les peuples ne soient pas opposés aux Bostonnais, ils ne se sont pas joints à eux, et on n’en compte pas cinq cents qui aient suivi l’armée; encore, le plus grand nombre n'étaient que des malheureux, des gueux et des ivrognes; mais on peut dire que presque toute la colonie désirait que Québec fût pris...»
Pesons bien tous les termes de cette belle lettre, que M£ Briand écrivait à tête reposée plusieurs mois après la levée du siège de Québec, et qu’il adressait à ses vénérables amies, les dames de Pontbriand, religieuses de la Visitation de Rennes, pour leur faire connaître les dangers auxquels venait d'échapper le diocèse si longtemps gouverné par leur digne frère. Lisons surtout cette lettre à la lumière de cet autre document si important que nous avons cité: le Journal de Baby; et nous verrons que tout en déplorant
la facilité avec laquelle un si grand nombre de nos ancêtres s'étaient laissés entraîner dans le courant des idées américaines, il ne faut rien exagérer, mais savoir rester dans les limites du vrai. «Presque toute la colonie, dit le Prélat, désirait que Québec fût pris.» De qui veut-il parler? Non pas, évidemment, du clergé, des nobles, de la classe instruite, en général, dont il constate, à maintes reprises, la parfaite loyauté envers l'Angleterre, mais uniquement des habitants de nos campagnes, de ses «chers enfants» qu’il aime, « qui sont bons, dit-il, mais ils avaient été séduits. » C'est-à-dire qu’on avait fait miroiter si adroitement à leurs yeux les mots de liberté et d'indépendance, qu’un bon nombre avaient eu le vertige et s'étaient laissés prendre au désir «que Québec fût pris.» Désir évidemment bien superficiel et inefficace: « On n’en compte pas cinq cents qui aient suivi l’armée américaine, » ajoute le Prélat. Cinq cents meneurs, qui font de sale besogne, c’est déjà trop, mais enfin c’est peu de chose sur toute une population. Les idées annexionnistes ont laissé si peu de racines dans nos campagnes, que lorsque les Commissaires nommés par Carleton y font leur tournée après la levée du siège de Québec, ils sont accueillis presque partout, nous ne dirons pas, avec enthousiasme — nos Canadiens savent ordinairement mieux garder la mesure — mais d’une manière convenable: leur visite, dans chaque paroisse, se terminait généralement par une revue de cinquante, soixante, et jusqu’à cent cinquante miliciens, et par des acclamations prolongées de: Vive le Roi 5!
Voici comment M£ Briand terminait sa lettre aux Visitandines de Rennes:
«Marie a conservé cette ville, qui restait seule fidèle, puisque les faubourgs eux-mêmes étaient nos ennemis: