‹ L'eglise du CanadaChapitre 81 sur 197 · Documents Constitutionnels, p · texte numérisé non relu

Documents Constitutionnels, p

vo. Archiv. de l'Ev. de ©. lettre de Mgr Desglis à M. Hussey, V. G., à Londres, 2 déc. 1784.

11. Lettre de Mgr Briand à M. Cuthbert, 13 oct. 1776, Rég. III des lettres, p. 603.

12. Mgr de Saint-Vallier et l'Hôpital-Général de Québec, p. 427.

Dans ses Instructions à Carleton, le Roi parlait encore de sa «juste suprématie en matière ecclésiastique comme en matière civile;» il interdisait «sous des peines très graves toute correspondance avec une puissance étrangère, » et par conséquent avec Rome. Personne ne pouvait être « promu aux ordres sacrés ni prendre charge d’âmes, sans avoir obtenu au préalable la permission du Gouverneur. » L'Evêque n'avait droit de nommer aux cures que des « Canadiens de naissance.» Dans une paroisse où il y avait des protestants, ceux-ci étaient exemptés de la dîime; maïs le contraire n’avait pas lieu: dans un endroit où les protestants étaient en majorité, ou au moins assez nombreux pour avoir à leur tête un ministre, les catholiques devaient lui payer dîme. Tout bénéficiaire ecclésiastique devait prêter serment à l’autorité civile ; le Gouverneur, assisté de son Conseil, pouvait le destituer ou le suspendre de ses fonctions, s’il était convaincu d’attentat criminel, ou de quelque acte contraire à la paix et à la sécurité du gouvernement. Tout prêtre pouvait «embrasser le saint état du mariage ,» sans avoir à redouter aucune peine « émanée du siège de Rome», l'autorité civile s’engageant à l’en «relever ». Liberté entière « d’inhumer dans les églises et les cimetières les chrétiens de toute croyance sans distinction. »

Que d’exactions de tous genres, que d’exigences tyranniques auraient occasionnées ces Instructions, — dont nous ne donnons qu’une courte esquisse, — si l’on eût eu au Canada un Gouverneur pen bienveillant, mal intentionné, attaché à la lettre de ses Instructions plutôt qu’à leur esprit, n'ayant en vue que de faire son chemin et de servir ses propres intérêts, et croyant les servir plus sûrement par la

13. Nous ne connaissons que le récollet Veyssière qui ait apostasié et “embrassé le saint état du mariage”! Cela eut lieu avant Carleton. Nous en avons parlé au vol. précédent, p. 134, 138, 251.

persécution que par la conciliation ! Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Carleton pour avoir compris le rôle magnifique qu’il avait à remplir au Canada, et s'être persuadé qu’il servait mieux ses véritables intérêts, ceux de sa gloire, ceux de sa réputation dans l’histoire, en s’efforçant de s'attacher les Canadiens par de bons procédés, de leur faire aimer le nouveau régime auquel ils étaient soumis, en respectant surtout leurs sentiments par rapport à ce qu’ils avaient de plus cher: leur nationalité et leur religion !

Exigea-t-il, conformément à ses Instructions, qu'avant de conférer les Saints Ordres aux séminaristes on lui en demandât la permission? exigea-t-il que personne ne pût avoir charge d’âmes ou être nommé à une Cure avant d’avoir obtenu son consentement? De tout cela, nous n'avons trouvé trace nulle part: nous n’avons pu même trouver de preuve que le serment fût exigé de ceux qui étaient nommés à un bénéfice ecclésiastique ; et pourtant il y a des cas, — celui de La Valinière, par exemple, — où la chose eût été assez naturelle. Le Gouverneur avait en ME Briand une confiance parfaite, et cette confiance était réciproque. Sitôt que ces deux hommes se connurent, ils s’apprécièrent l’un l’autre, ils se lièrent l’un à l’autre, pour le plus grand bien de la colonie et de l'Eglise du Canada. L'Evêque, comprenant la position dificile et délicate du Gouverneur, évitait autant que possible tout ce qui aurait pu lui causer inutilement des ennuis. Que de fois, sans doute, il aurait aimé à correspondre directement avec le Saint-Siège, auquel il était si attaché! Il évitait ordinairement de le faire, pouvant correspondre facilement avec Rome par l'intermédiaire du Nonce du Pape, à Paris, ou de ses grands vicaires, M. de l’Ile-Dieu et M. de Villars *. On lit dans une de ses lettres à M. de Villars :

14. M. de Villars, à Paris, fut nommé grand vicaire le 17 oct. 1777 pour remplacer M. de l’fle-Dieu, qui ne mourut cependant qu'en 1780:

« Je n’écris point à Rome, par discrétion... Je vous prie de le faire pour moi, ou de rendre visite à M£ le Nonce, et de l’assurer que tout est à l'ordinaire, assez bien. La religion et le clergé sont protégés. Je suis considéré et écouté. M. le Gouverneur paraît m'estimer et même m'aimer. Il se fait toujours quelques conversions ...»

Remarquons qu’à la date de cette lettre, 1781, c'était Haldimand, et non plus Carleton, qui était gouverneur du Canada: entre M£' Briand et Carleton, les relations étaient beaucoup plus intimes : ils se rencontraient et se visitaient souvent, se communiquaient l’un à l’autre leurs vues, leurs projets pour le bien de la religion et du pays. Il est probable que le Prélat, à Québec, et M. Montgolfier, à Montréal, ne faisaient pas de nominations importantes sans en parler au Gouverneur; mais Carleton était trop délicat pour imposer ses volontés à ce sujet: « J'ai déchargé mon cœur à M. Carleton au sujet de La Valinière, écrit M. Montgolfier; Son Excellence me laisse la liberté d’en user à son égard comme je le jugerai à propos.» A plus forte raison Carleton était-il trop délicat pour obliger les curés à inhumer les protestants dans leurs cimetières catholiques, ou bien pour visiter les Séminaires et les Communautés religieuses dans le but de leur «imposer des directions et des règlements», comme le lui prescrivaient ses Instructions 16, S'il faisait visite au Séminaire, c'était pour encourager les élèves, surtout aux séances de fin d'année, et leur donner des prix. S'il visitait les Communautés religieuses, — et il le faisait souvent avec Lady Carleton —

“M. l'abbé de l’Ile-Dieu n’est plus en état de suivre cette correspondance à cause de ses infirmités et de son grand âge, qui est de près d= o1 ans. M. l'abbé de LaCorne, non plus, parce qu'il est, aussi, infirme, et qu'il fait sa résidence dans le Berry et la Touraine.” (Lettre de Li. de Villars au Card. Castelli, 9 nov. 1778).

15. Lettre de Mgr Briand à M. de Villars, 9 nov. 1781. 16. Documents Constitutionnels, p. 405.

c'était pour témoigner l'intérêt qu’il portait à leurs œuvres de charité et de bienfaisance. L’annaiiste des Ursulines ne cesse de faire son éloge. Voici ce qu’elle écrit, par exemple, à l’occasion de son départ:

« Il a montré bien de la conduite, de la prudence et de la grandeur d'âme daus les circonstances critiques où il s’est trouvé. Sa bonté pour le peuple à été constante; mais ce qui l’a rendu surtout cher à ce pays, ce sont les bons procédés dont il a usé à l'égard de Monseigneur et du Clergé, ne leur ayant fait aucune peine au sujet de la religion 1. »

L'historien distingué de l'Hôtel-Dieu, l’abbé Casgrain, parlant de Carleton, ne craint pas de l’appeler «le plus habile homme d'Etat que la Grande-Bretagne ait eu dans cette colonie. Par sa prudence et son esprit conciliant à l'égard des Canadiens, ajoute:t-il, il valut à l’Angleterre plus qu’une armée, et l’on peut dire que si Wolfe a conquis le Canada, c’est Carleton qui l’a conservé. Nommé gouverneur du pays à quatre époques différentes ", il y à laissé une réputation que le temps n’a pas fait oublier Ÿ. »

Nous avons vu que d’après les Instructions Royales données à Carleton, l'Evêque ne pouvait nommer aux Cures que des «Canadiens de naissance.» Sur ce point, le gouvernement anglais était d’une intransigeance absolue. Les prêtres français étaient impitoyablement exclus du pays; on ne tolérait que ceux qui y étaient déjà. Et cependant, dans un de ces entretiens familiers que le bon Gouverneur aimait à avoir avec les chefs de notre Eglise,

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