Archiv. de l'Ev. de Q,, Reg. C., p
« Nous regardons, Nos Très Chers Enfants, ces différentes demandes comme le fruit d’une foi vive, d’une religion pure et d’une singulière piété. Et elles nous sont trop agréables pour ne les pas entériner. C’est pourquoi nous confirmons par les présentes ces louables et religieuses coutumes; nous vous exhortons à les observer avec fidélité et ferveur, et nous prions Notre-Seigneur de toujoursexaucer vos vœux toutes les fois que vous recourerez à ces saints protecteurs, soit dans les besoins spirituels, soit dans les temporels. Mais ne vous contentez pas de les honorer aux seuls jours désignés, honorez-les tous les jours dans vos familles. C’est le plus sûr moyen d’en être secouru dans le besoin.
« Nous vous exhortons encore à continuer les assemblées de la Congrégation, depuis longtemps établie chez vous, et dont nous n’attribuons le relâchement qu'aux malheurs des temps et aux guerres dont cette pauvre colonie a été le théâtre depuis bien des années. (Croyez-moi, Nos Très Chers Enfants, et pensez que Dieu ne vous a tirés du néant ni pour posséder des biens périssables, ni pour rechercher de vains honneurs, ni pour jouir des fades plaisirs de ce monde. Il vous a destinés à une fin plus noble. Ce qu’il a prétendu faire de vous, c’est que vous fussiez ses enfants et ses serviteurs. C’est pour la même fin que son Fils s'est fait homme et qu’il est mort sur une Croix. Or le moyen le plus sûr de devenir les Enfants de Dieu, c'est de se faire enfant et serviteur de Marie. Aussi ne trouve-t-on personne un peu jaloux de son salut qui ne soit enrôlé dans quelqu’une des Confréries érigées en l'honneur de la Mère de Dieu. |
« Que je souhaite ardemment que tous les pères de famille, surtout, se consacrent au culte de Marie! J'en exigerais autant de toutes les jeunes personnes de l’un et de l’autre sexe. Si nos vœux s’accomplissent, je suis assuré
que bientôt je pourrais vous proposer à tout mon diocèse comme un exemple de régularité, de religion, de piété, de ferveur et de christianisme parfait On ne trouverait point chez vous d’ivrognes, d'impudiques; les haïnes, les divisions, les médisances et les calomuies, les danses et les assemblées, soit du jour, soit de la nuit, où l’on ne se rend que pour le pur motif du plaisir, et si contraires à l’esprit de l'Evangile et à celui dont doit être pénétré un adorateur d’un Dieu cruxifié, seraient entièrement bannies de votre paroisse. Fasse le Ciel que j'aie cette consolation avant de mourir !»
Ab, l’heureuse paroisse, celle que le saint Prélat fipeatt digne de recevoir et d'entendre une exhortation si pieuse, si paternelle et si touchante! Elle avait pu, comme bien d’autres, avoir ses moments d’erreur, de vertige, d’agitation et d’oubli: mais que de ressources pour le bien dans cette paroisse chrétienne, fondée par les prêtres du Séminaire de ME’ de Laval, les Germain Morin, les Basset, les Pinguet! Disons mieux: que de ressources pour le bien dans toutes nos paroisses canadiennes, au fond si religieuses, si pleines de foi et de charité, surtout lorsqu'elles ont à leur tête des hommes de désintéressement et de zèle éclairé, des hommes au cœur doux et humble!
« Soyons humbles, écrivait ME Briand à un deses curés, du côté de Montréal, qui avait eu quelques difficultés avec le seigneur de sa paroisse, et s'était réconcilié avec lui. Je suis très content que vous ayez suivi mes avis au sujet de M. Cuthbert. Dès qu’il ne s’agit que de s’humilier, un prêtre, un ministre de Jésus-Christ humilié devant Pilate et Hérode, n’y doit avoir de répugnance. C’est pour cela que le Souverain Pontife se qualifie de serviteur des serviteurs de Dieu, et que Notre-Seigneur instruisait ses Apôtres de
16. Archiv. de l'Ev. de Q. Reg. C., p. 306 vo, lettre du 28 juin 1778.
la nécessité qu’ils avaient de se rendre humbles, et doux, et timides, simples et innocents comme de petits enfants. Car, comme il le dit ailleurs: «Je ne vous envoie pas pour dominer sur les autres: c'est le fait des chefs de nations .» Ne perdons point de vue cette leçon; soyons humbles dans le ministère, lorsqu'il s’agit de la gloire de Dieu, soyons humbles et petits dans les autres occasions. Sans doute qu’il ne faut point de bassesse, mais elle se trouve plus dans la hauteur, l’orgueil et la suffisance, que dans l’humilité et la petitesse chrétienne !8...»
Au même curé, qu’il voulait changer de paroisse, il écrivait encore:
« J'espère que vous vous conduirez avec plus de circonspection que vous n'avez fait, et que vous vous souviendrez de la réponse de Notre-Seigneur à ses Apôtres: « Laissez croître l’ivraie jusqu’à la moisson, de crainte qu’en l’arrachant vous n’arrachiez aussi le bon grain. Les coups de force, mon cher fils, ne conviennent ni aux jeunes gens, ni aux plus anciens qui entrent nouvellement dans une paroisse. Il faut commencer par se faire estimer, aimer, afin de mériter la confiance !...»
Mais revenons à M. Bailly.
Après avoir mis tout sur un bon pied dans sa paroisse, il se hâta de faire ses derniers préparatifs de voyage en Angleterre. Combien de temps allait durer son absence ? Il pouvait conjecturer qu’elle serait longue. Mais il a le bonheur de laisser sa cure et sa maison entre les mains d’un ami, d’un confrère du Séminaire, qui quitte, lui aussi, l’institution dont il est un des directeurs, M. Demeulle, l’ancien curé de Belæil, dont nous avons parlé dans notre