L'Église et l'Empire romain au IVe siècle
Retour de Gratien en Occident. — Sa corr'îspunJanco avec Ambroise. — Influence que oet ôvjêque prend sur le jeiuie enapereur. — Caractère d'Ambroise. — Nature de son éloquence. — .Tracas île sa .promiàre éducation politique visibles dans son gouvernement ecclésiastique. — Ses vues sur le gouvernement de l'État. — Il veut unir intimement l'Empire et l'Église. — Heureu.K cffcts de son influorne sensibles dans les lois de cette période. — L'autel de la Victoire est enlevé de la salle du sénat de Rome, malgré les réclamations des sénateurs. — Visite d'Ambroise à Sirmium, où habite l'impératrice Justine avec son fils Valentiiiien. — Dangers qu'il y court et inimitié que Justine conçoit contre lui. — Ambroise dédie à Gratien son traité sur le Saint-Esprit. — Concile d'Aquilée, oh Ambroise exerce une action prépondérante. — 11 fait rendre justice an pape Damase, calomnié par son compétiteur arien. — Le concile veut intervenir auprès de Théodose pour apaiser les débats intérieurs de l'Église d'Orient. — Réponse évasive de Théodose. - Los évêques d'Orient ne veulent pas se rendre à Rome, oii le pape les appelle.
— Quelques-uns seulement s'y trouvent à l'époque indiquée. — Voyage d'Ambroise à Rome. — Accueil enthousiaste qui lui est fait. — Il revient i Milan au comble de la faveur auprès de Gratien. — Départ de Gratien pour la Gaule. — Sédition de Maxime en Espagne. — Gratien est abandonné par ses troupes, puis assassiné. — Mfiximc se fait proclamer empereur. — Douleur d'Ambroise. — Terreur de l'irapératiice Justine, qui accourt à Milan pour confier à Ambroise son jeune fils Valentinien.
— Elle demande à Ambroise d'.aller en auibassarie aupiès de Maxime, pour obtenir que l'usurpateur n'attaque pas son fils. — .Ambroise se charge de l'ambassade et part pour Trêves. — Dangers qu'il y court. — Il ne consent pas aux propositions faites par Maxime. — La paix n'en est pas moins conclue entre Maiirae et le jeune Valentinien. — Pendant l'absence d'.Vmbroise, les sénateurs de Rome demandent ;\ l'impératrice le rétablissement de l'autel de la Victoire. — Harangue de Symmaque au nom du sénat. — Ambroise, à son retour, exige que le discours de Symmaque lui soit communiqué. — Il en fait la réfutation. — Le jeurio Valentinien se décide de lui-même à refuser la demande da sénat. — Importance de ce débat et son effet sur les populations.
ciiAiMïni: Y.
LA POLITIOI^E I»K iiAINT AMI^ROTSE. (370—383)
:Si los décrets du ooncilo de Corslnnliiioplo, spécialement destinés à rOiienl, ne lurent ni envoyés ni mùme «unnus à Home dans leur teneur e,\ncte, le bruit des violents débals ({ui les avaient |irécédés avait puui taiil son écho en Occident, llioii n'était mieux lait pour ac- (Muitre la méliance iiu'inspiraient déjii In mobililé et l,i tiubuleuce asiatiques aux esprits plus Termes de ^li^l..^e laline. Le contraste entre les deux Ljilise> était même «lautanl ^ilus frappant qu'an même mom*^nl, par un hasard qui devait èlre de trop peu de durée, r(>ccid('nl jouissait d'un repos inaccoutumé. Ce bienfait était dû l)re-(iue exclusivement aux conseils . t à l'influence d'un seul homme, Ambroise, naguère préfet, aujourd'hui évêque de Milan.
Aussitôt ajirès l'élévation de Théodose, Gralieéi, tout hnereux d'être déchargé delà moitié de l'empire.
s'élail liâlé de retourner en Occident d'un pas précipité. Tandis qu'il faisait route, le spectacle dont il venait d'être témoin, cette grande paitie du monde chrétien châtiée, par les désastres de l'invasion, âa outrages qu'elle avait laissé faire à la foi, occupait ses méditations et le remplissait d'une douloureuse inquiétude. A tout prix, il se promettait d'éviter au peuple qu'il était chargé de gouverner un pareil malheur, et à sa conscience un remords si lourd. Pour s'affermir dans la saine doctrine (seul appui à ses yeux d'un hon gouvernement), il relisait l'écrit que l'évèque de Milan, Ambroise , lui avait remis, et oii étaient exposées en bons termes, dans un style dont son esprit cultivé goûtait l'élégance, les preuves les plus solides de la divinité du Christ. Ce traité pourtant, à son gré, ne répondait pas encore à toutes les dilTicultés. Pendant son court séjour en Orient, quoiqu'il eût évité de se mêler des querelles religieuses, et de prêter à l'erreur une oreille curieuse, il avait entrevu d'autres problèmes, qu'Ambroise, dans son écrit, n'avait pas touchés. L'hérésie de Macédonius sur la divinité du Saint-Esprit était confusément arrivée à sa connaissance, et sur ce point, comme sur d'autres encore, il voulait être prêt à se défendre et muni de bonnes réponses contre les objections. Il recourut donc tout naturellement à la même* autorité : il voulut voir Ambroise pour le consulter. Mais comme il était pressé de se rendre en Gaule, et n'avait pas le loisir de se détour-
LA rOLITIOIE DE SAINT AMBROiSE. 5
ner du côté de Milan, il écrivit au prélat de le venir trouver sans délai quoltiiie part sur la route. La lettre, tout entière de sa main, était conçue dans les termes d'une affection pieuse et pressante.
Gralien, Auguste, à Ambroise, religieux pontife du Dieu
toul-puissant.
«( Absont. vous vivez dan? mon souvenir, et je vis avec vous par l'esprit; mais je désire vivement vous voir présent et de mes yeux. liâtez-vous donc de venir vers moi, religieux pontife, pour m'enseigner la science de la vraie foi. Non que je recherche les questions contenlieuses et que j'aime à parler de Dieu plus (ju'à l'adorer; mais je vous demande au contraire de nienfoncer plus avant dans le cœur la révélation divine. J'écouterai les leçons de Celui que je me plais à reconnaître pour mon Dieu et mon Seigneur, n'objectant pas à sa divinité les apparences (ju'il a prises d'une nature créée comme la mienne '. Assurément je ne puis rien ajoutera la gloire du Christ; mais en rendant témoignage au Fils, je veux me rendre agréable au Père.... Faillie et fragile comme je suis, mon témoignage sera proportionné à mes forces, et non à sa grandeur. Jô vous prie de compléter le traité que vous m'avez donné,
1. « Non ei objiciens, quam in me video, creaturam : » ce que l'éditeur bénédictin explique par ce commentaire : « Non illud ad negandam Chnsti diviuitatem vcrtcns, quod naturam meam ab eo susceptam credo. ■
owy ajoutant uwediBCussion sincère aiu sujet du Saint- Espvil. Déniontrez-niioi qu'il est Dieu, par les Écritures et par le raisonnement. Que la Divinitt^ vous conserve pendant beaucoup d'années, 6 mom père, serviteur du Dieu éternel que nous adorons, à savoir Jésus- Christ *. »
Soit que la lettre n'eût- pas été remise à temps, soit plutôt que le nouvel évoque, fonctionnaire encore la veille, ne fût pas pressé de promener dans les cours sa récente dignité, Gratien ne vit point accourir Ambroise à sa rencontre avec tout rempresscmcnl qu'il espérait; mais à peine arrivé en Gaule, il reçut la lettre suivante, où le prélat s'excusait avec un mélange de paternité et de respect.
Ambroise, èvcqne, à Gratien, bienheureux A'urjuste et prince très-chrétien.
« Ce n'est pas l'atTection qjii m'a manqué, l'eli^^ieux prince; car il ni'est rien^ dont je puisse me vanter à meilleur droit que l'alTection que j'ai pour vous; c'est la discrétion seule q.ui m'a empêché de courir au-devant de Votre Clémence. Mais si mon. corps n'a pas été àvotre reneonti'evmoniâme, mes vœux et tout ce qu'il y a de plus précieux chez un prêtre, se sont précipités sur vos pas. Que dis-je? je n'avais pas besoin d'aller vous chercher; quand m'étais-je séparé de vous? quand