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lA POtlTIQlE DE SAINT AMDR01SE. 7
avais-je cessé dé vivre avec vous par rairecrioii et [)ar h' cœur? Ln presenoe dvs âmes est' plus réelle que celle (lus corps. .t<jur après- J'Mii'. jt» suivais^toiites^^ vofr marchés; présent jiMir el nuit' dans votre ramp, ma phère laisftit la veille avec vons : Iciidre^w- impuissante, sans doute, mais loujoin-s viiTilanle.... ^ue dirai-je de votre lettre? Elle était tout entière de votre main, et ce soin m«me altestf»- votre piété'. C/és» ainsi qu'Altrahani autrefois lua un seau de sa proiire maiii pour faire liiiuneui' à se* liôles.... Abraham n'était (|u'uu simple nnu'tel, el il servait' d^es auges : vous elfes empereur, et vous lionorex un simple prêliv. ^is c'est Dii'U (lui est honoré dans son moindre serviteur. Il l'a dit en effet lui-méu^e : « Ce que vous faitVis au moindre-de ceux-ci, <( c'est à moi que vous le faites. »
« Louerai -je seulement cette humilité, déjà .suhlime chez un empereur? Xe parlerai-je pas plutôt de celte t\)i que vous iir^pire, comme vous Te proclamez si justement', Celui que vous ne laites j)as dîlUcullé de confesser? Quel autre aurait pu vous enseigner à ne pas lui objecter, comme vous dites, ces apparnires de la luiturc créée, qu'il a voulu avoir en commun avec nous? Rien de plus juste que cette expression. Appeler le Christ une créature, c'est l'objection de l'insolence, ce n'est pas la confession du respect. Quoi de plus outrageant que de supposer Dieu pareit à nous? Vous voyez donc qu'au lieu de rien apprendre de moi, c'est vous qui m'enseignez : je n'ai rien lu ni rien en-
tondu de si vrai que ce que vous avez dit... Vous dites de plus qu'infirme et fragile comme vous êtes, votre témoignage n'ajoute rien à la gloire de sa divinité, mais que vous le proportionnez à vos forces, non à sa grandeur. Cette infirmité va se fortifier dans le Christ, puisque l'Apôtre dit : « Quand je suis faible, alors je « suis fort. Et l'humilité triomphe de la fragilité. »
En terminant, Ambroise promettait d'entreprendre la tâche qu'attendait de lui Gratien, mais demandait quelque délai pour s'en acquitter dignement '.
Ambroise ne venant pas, ce fut Gratien qui alla à lui. 11 ne passa en Gaule que le temps nécessaire pour y installer dans le consulat son précepteur Ausone, et lui entendre débiter des flatteries élégantes dans un langage moitié païen, moitié chrétien, qui a laissé la postérité dans le doute sur les véritables sentiments de ce poète licencieux et affecté. Tandis qu'Ausone comparait successivement son royal élève à Métellus le Pieux, à Sylla l'Heureux, à Marc-Aurèle; tandis qu'il appelait sa parole un lait savoureux,, et déclarait qu'il aimait mieux être nommé consul par un si pieux empereur que par les suffrages des comices; tandis qu'il épelait et baisait toutes les lettres dé son ordonnance de nomination, l'honnête jeune homme, écoutant à peine cette adulation nauséabonde, appelait du fond de son cœur le moment où il serait rendu à des en-
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frétions plus lil>res et plus salutaires*. Aussi, dès le 1" août 379, il était à Milan. Kl à peine l'eniporeur et l'évètiue furent-ils en présL'nce, que la plus énergique des deux âmes exerça sur l'autre un ascendant irrésistible. La conscience faible et timorée de Gratien avait trouvé l'appui, disons mieux, le maître qu'elle cherchait.
Dans la disposition où il était, en effet, d'appuyer en toute occasion sa politique sur la religion, la rencontre d'un évoque mêlé dès l'enfance aux plus grandes nll'aires de l'Ktat dut lui apparaître comme une faveur mar(iuée de la Providence. Non qu'Ambroise, arraché si inopinément à la carrière des dignités politiques, fût tenté de négliger les devoirs de sa vocation nouvelle pour reprendre les prétentions de sa première profession; du jour, au contraire, où il avait franchi le seuil de l'Eglise, il sendjlait n'avoir plus gardé une pensée pour le siècle, pour ses soucis et pour ses pompes. Jamais transformation ne fut [dus complète. Sa vie n'était pas seulement celle d'un prêtre, mais celle d'un anachorète. Il avait versé dans le sein des pauvres oOul l'or et l'argent monnayé qu'il possédait, et fait don à l'Église du fonds de ses biens, n'en réservant que l'usufruit à son frère Satyre et à sa sœur Marcelline. La merveilleuse facilité d'un esprit rompu au travail comme au commerce des hommes, et qui pou-
i. Auson., Grat. actio pro consulatu
vaii à volonté se répandre ou se concentrer, lui permettait fie mener de front les soins du ministère sacré et de' fortes études destinées à combler les lacunes de son éducation théologiqiie. Dès l'aube du jour, ses dévolions faites et le saint sacrifice célébré, il s'asseyait à sai table, dévorant des yeux um volume de- l'Écriture sainte, auquel il joignait quelque conmventaire d'Origène, de: saint Tîippolyle, ou q:uelqne sermon de Basile de Césarée recueilli par les sténogiapbes d'Orient. Sa porte restait ouverte: entrait qui vouiart, sans même avoir besoin; d« se faire annoncer. Âvaiit-on- affaire a lui pour quelque aumône do corp^oo de rame, il interrompait sa lecture, répondait au solliciteur avec une attention toujours prête et toujours bienveillante. Puis, la Gonsullation finie, il reprenait sou livre, ne s'inquiétant môme pas si des visiteurs importuns demeuraient pour le suivre du regard avec une indiscrète' curiosiN'. Ainsi se passait le jour entier presque sans interruption, môme pour les repas, car, sauf deux jours par semaine', il jeûnait jusqu'au soir. La nuit venue, c'était l'beare; de la composition : il préparait alors ses sermons pour le dimanche suivant, ou rédigeait quelque ouvrage dogmatique r mais, notes ou livres, il écrivait tout de sa' propre main, ne voulant pas qu'aucun serviteur partageât ses veilles *.
1. s. Amh., Vtia a Puulino scripta. p. x, et Ep. xlvii, 1. — S. Aug., Co»/". vi,3. Saint Augustin raconte qu'il lui arriva plus d'une fois d'entrer chez saint Anibroise et de le contempler lisant à son bureau, sans rintenonipre.
Le' jour du Seigneur, il prêchait rôf^iilirroment après roldce. C'est alors seulerriLMil (jue, Mcii (JiH' tout ilians son'lnngage fftt sévèrement évaiigéliqm', mv observnhnir atlciilif aurait pu surprendre en lui quelque souvenir d'une (nhu-allDii différente de celle de l'école ou do rivalise. Son éloquence était mâle, serrée, comme le langage dUs affiiires. Dnns le choix des sujets et des arguments, limitatinir de IVasile était sensihie : c'élaienl souvent les mêmes textes, développés par le même oïdic d'arguments. Six sermons, par exemple, enchninés l'un à l'autre, formant un* seul tout et commentant pas à pas les premiers chapitres de la Genèse, portent chez Ambroise comme chez lUisile le nom d'Hexaméron : c'est, chez l'un comme chez l'autre, la création entière passée en' icvue pour en- tirer une sx'rie d'applications morales. Mais In di\ersité des ileux osi>rits apparaît au travers et souvent même à la faveur de la ressemhlance des idées. L'imaginn1iond'.\mhroi^(» est moins riche que celle de Basile, mais sou jugcmenl est plus sévère. Il recline, sur certains points, avec une critique scrupuleuse, les assertions de science douteuse et les conclusions hâtives trop fréquentes chez Basile*. Moins (te grâce littéraire, et aussi moins de familiarité avec l'assistance; moins de souvenirs des poêles, moins d'allusions aux événements du jour : quelque chose de plus soutenu qui lient l'auditoire à dislance
i. s. Ami)., He.vam., m, 4; iv, 7; v, 18. 0pp.. t. I. Basile n'est pas^ comme, mais bien clairement désigné et contredit dans ces textes.
comme devant le Iribunnl d'un juge; un commandement plus bref et tombant de plus haut. Toutes ces nuances, sensibles dans l'égalité du rang, de la naissance , de l'éducation et du génie , et sous le voile commun de l'humilité chrétienne , distinguent l'ancien magistrat de l'ancien rhéteur, et celui qui a fait obéir les hommes de celui qui n'a pu agir sur eux que par la persuasion des discours et l'ascendant du caractère.
Je doute, par exemple, que, sur le thème si rebattu do la servitude imposée à l'homme par ses passions, JJasile se fût contenu dans un développement aussi simple à la fois et marchant aussi droit au but que celuici : (( Un homme du monde, dit Ambroise dans l'homélie sur le psaume cxvui, ne peut jamais dire à Dieu : je suis à vous; car il obéit à trop de maîtres. L'impurelé est là qui lui dit : vous êtes à moi.... vous vous êtes vendu à moi pour l'amour de cette jeune fille, et je vous ai payé le jour où vous avez possédé cette courlisane. L'avarice arrive et lui dit : cet or et cet argent qui sont en vos mains, c'esl le prix de votre servitude, et, en échange de cette terre que vous appelez vôtre, vous m'avez vendu votre liberté. La débauche accourt: vous êtes à moi, dit-elle ; par un festin d'un jour, j(j vous ai payé toute votre vie ; pour acquitter la dépense de votre table, vous m'avez engagé tout ce qui est à vous; et, ce qui est pis encore, vous avez été payé plus que vous ne valez, car un seul de vos repas est
plus préciolix que voire vie enlièie... L'ambition vient aussi, et elle dit : assurément vous êtes à moi.... Ignorez-vous (jue si je vous ai fait commander aux autres, c'est pour que vous ni'obéissiez?... Ne savez-vous pas que le prince de ce monde a dit au Sauveur lui-même, en lui montrant tous les royaumes de la terre : Je vous les donnerai si, en vous prosternant, vous m'adorez? Celui qui veut se soumettre les autres commence par s'asservir lui-même. Enfin tous les vices arrivent à la r.lc, f[ (Ii>.Mil tnii> cnsombic : vous êtes à moi. Oiici \-! e,-;cla\e que celui ([ue peuvent revendiquer tant do maîtres ' ! »
C'est le ton de la tribune : c*e>t la simplicité [tressante de l'orateur politiciue.
La même dilTérence se laisse apercevoir dans les actes du gouvernement ecclésiastique d'Ambroise, comparé à celui de na>ile : c'est cliez tous deux la même ardeui\ on dirait volontiers la même audace de charité, la même résolution à tout sacrifier et à tout entreprendre pour le bien d'aulrui. Pour l'un comme pour l'autre, rien n'est nécessaire de ce qui ne touche qu'à leur propre bienêtre; rien n'est impossible dès qu'il s'agit de soulager les pauvres. Mais cet élan est tempéré chez Ambroise p.r un esprit de prudence, presque de méfiance administrative, qui iuilique l'habitude des affaires. Est-ce un évêque, par exemple, ou un édile ciiargé de distri-