‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 47 sur 135 · Sulp. Sev., VU. beat. Mart., xxiii; Dial. ii · texte numérisé non relu

Sulp. Sev., VU. beat. Mart., xxiii; Dial. ii

l'erreur dans son germe. Condamné à Saragosse, dans un concile provincial, rejeté à Rome où il avait fait ap^wl, banni de S0;n siège par un rescrit impérial, Priscillicn ne devait qu'au trouble des derniers jours de G-ratàei» queU|ue sursis dans rexéculion de sa sentie^nce. Maxime avait donc là une occasion toulo tipouvée et peu péifiHeuse de faire piîeu*ve de son zèle, en se moal/ranl a-ussi et plus eailiolique que Gi'atien lui-même ^

Il n'eut garde, de la laisser échapper. Trouvant même apparemment que le preniiei' jiigemeal était insuffisant, ou voulant garder pour lui-môme l'honneur de sauver la foi, il évoqua l'afiaire de nouveau devant lui, et la confia à l'instruction du préiet du prétoire Évodius. Celui-ci la conduisit énergiquement, à la façon mililaire, mettant tout en œuvre pour se procurer la preuve des désordres de naœurs imputés à Priscillien et à ses ajiiis, et faisant même au besoin donner la question aux témoins et aux accusés. Il n'avait à la l)ouche que des menaces de mort. Cet excès de zèle passa la mesure et trompa les vues intéressées de Maxime. Il avait voulu plaire aux catholiques : il les inquiéta, au contraire, en faisant naitre des scrupules

1. Suîp. Sev., Hist. sacr., ii, 72, 73. Cet historien affirmi qu* Gratien, après avoir baimi une première fois Priscillien et ses amis,, se laissa arracher par le préfet Alacédonius, gagné à prix d"argeut, un décret qui les rappelait. Ce fait paraît étrange dans les dispositiciâ connues de Gratien. Toujours est-il que la senience n'était pas exécr.t<î3 à l'avènement de Maxime.

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sur la légiliinité de rigueurs si peu en proportion avec le danger politique du délit. Cet appareil, à la fois sanglant et profane, déployé au nom d'un Dieu de charité, dans une cause qui n'intéressait que la conscience, cette main de violence plus que de justice mise sur une personne, coupable peut-être, mais revêtue d'un caractère sacré, causèrent assez généralement une sinistre surprise. Mais ce qui mit le comble à l'étonnemont et presque au scandale, ce fut de voir d'autres évoques, compatriotes et la veille collègues des accusés, ejUrainés maintenant par un zèle farouche, se porter devant un juge séculier dénonciateurs et témoins à charge, assister à toutes les séances, applaudir à toutes les rigueurs, et trouver une joie cruelle dans les souffrances de leurs fières égarés. Deux en particulier, Idace de Saragosse et Ifhace de Merida, venus tout exprès de l'autre versant des Pyrénées pour animer l'ardeur de Maxime, se firent remarquer par un acharnement odieux. C'étaient des gens d'une foi pure sans doute, mais n'ayant que cela de pur dans leur personne : d'ailleurs grands mangeurs, grands parleurs, arrogants, impérieux, et plus empressés qu'aucun autre à jouir des délices de la cour. « En vérité, dit l'historien Sulpice Sévère, dans cette affaire les accusateurs ne valaient pas mieux que les accusés *. »

1. Sulp. Sev., ibid.: Fuit (Ithacius) audax, loquens... ventri et giilœ piurimum impartiens... At mea quidem sententia est tam reos quana accusatores displicere.

Martin, témoin d'un si répugnant spectacle, n'y put tenir. Ces prélats convertis en délateurs, faisant leur cour les mains teintes de sang et rimprécation à la bouche, l'empereur usurpant l'autorité sacrée sous prétexte de la défendre, cet échange de complaisances et de flatteries réciproques dont l'honneur de l'Église et le sang des misérables faisaient tous les frais, lui soulevaient le cœur. Il ne pouvait surtout supporter la pensée qu'une peine capitale fût prononcée dans une atlaire ('e foi. Ces deux idées, le supplice d'un homme et la gloire de Jésus-Christ, lui paraissaient inconciliables. Ame originale, pleine de contrastes comme tous les grands caractères, à la fois ardente et douce, hier frappant avec une jouissance mêlée d'emportement sur les autels de pierre et de bois, aujourd'hui s'arrêtant respectueusement devant la plus humble vie humaine, qui lui représentait un des temples animés du Saint-Esprit! 11 dit vertement sa pensée aux deux prélats espagnols, qui lui répondirent avec arrogance de se mêler de ses propres affaires. Sans se laisser intimider, Martin alla droit à Maxime et le supplia, les larmes aux yeux, de ne pas déshonorer son règne et l'Église. « Point de sang, surtout, disait-il ; au nom de Jésus-Christ, point de sang*. »

Maxime, qui ne songeait dans toute cette atTaire qu'à se bien mettre auprès des catholiques, fut assez

1. Sulp. Sev., ibid.,... Sanguine iufidelium abstiaeiet... nihil cruentum in reos constitueudum.

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embarrassé de se voir ainsi poussé en deux sens opposés, entre le faux aèile^t la leJiarité,. Il .crut pouvoir se lire-r de peine en donnant des paroles (d'un cèté et des effets de l'autre. Il jura à Martin que tout finirait sans violence, et que pas une goutte de sang ne serait répandue» ^lais, à peine le saint lioiiiiniie, congédié avec ces bonnes paroles, eut-il repris le chemin de sgh diocèse, que la sentence fut rendue dans des termes à la fois puérils et violents. Priscillien fut déclaré convaincu de s'éli'e adonné à des doctrines et à des pratiques contraires aux bonnes mœuj's, de s'être livré à tous les excès dans des réunions de femmes de mauvaise vie, et d'avoir affecté, dans la prière même, une tenue et des postures indécentes. Lui et six de ses complices furent condamnés à la peine capitale, plusieurs autres à la dépoitation et à la confiscation de leurs biens. Dans le nombre élaient compris un poète gaulois avisez populaire, Latronien, et une matrone estimée de iiorulciuix, Euckrocie, veuve de l'orateur DelpUidius. L'e-xéculioa eut lieu sans délai. D^ plus, deux tribuns eurent ordre de partir pour l'Espagne, avec charge de sé\ir contre tous les sectateurs de l'hérésie qui leur seraient dénoncés. Par un reste de pudeur, les évêques accusateurs n'assistèrent ni au prononcé du jugement, ni au supplice; mais chacun savait qu'ils ne quiltaient pas le palais, et que Maxime n'agissait que par leurs inspirations. Maxime se hâla de faire part au pape, par une lettre écrite tout exprès, de la preuve sanglante de

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(lévouemeiit qu'il venait de donner à la vraie foi*.

« Un cri d'indignation s'éleva dans les rangs d(i peuple contre ces évêques, prélats de nom, bourreaux de fait, dit un écrivain païen de ce temps, qui, après avoir manié les armes des licteurs et la chaîne des victimes, venaient offrir le sacrifice de leurs mains encore sanglantes 2. » Parmi les évêques de la province, réunis à Trêves à ce moment-là même pour une élection, le trouble fut aussi assez grand. Un meurtre accompli a» nom de Jésus-Christ et par ses ministres! Pareille énormité ne s'était jamais vue. Un seul cependant osa murmuier et refuser la communion aux délateurs que couvrait la faveur impériale ^

L'émotion durait encore, quand tout à coup on api^rit que Martin, rappelé par le bruit de l'événement, revenait sur ses pas. Ce fut une consternation générale. Maxime fut fort embarrassé d'avoir à expliquer son manque de foi. Les prélats qui avaient connivé à l'attenlat, sans y prendre part, ne le furent guère moins à la pensée des rqi roches qu'allait leur attirer leur faiblesse. Seuls, Idace et son affidé, soutenus par la rudesse cynique qui faisait le fond de leur caractère, ne

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