‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 46 sur 135 · s. Amb., Ep. XXIV. — S. Aug., Conf., i · texte numérisé non relu

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pnr des motifs (livers, s'enleudaienl pour combler d'honmjurs et de caresses les évêfues orthodoxes dé Gaule. Ainsi le palais de Trêves ne désemplissait pas de dignitaires ecclésiastiques qui y arrivaient à toute heure pour soJlJiciter quelque grâce en faveur de leurs diocèses, des subsides pour leurs aumônes, ou la mise er: liberté de queUfu'un de leurs protégés pris en faute. Beaucoup même, disail-on, venus à la cour pour ces p*eux desseins,, y restaient tout simplement parce que la vie y était facile, et que le rôle de courtisans bien traités leu-r pitatsait mieux que le& tiroTaox apos'oliques. Us rendaient à Maxime en complaisances ce qu'ils en recevaien^t en honneurs. Le peuple, il est vrai, riait de leur assiduité auprès du prince, et s'indignait qu'um mourtriei' couronné eut reçu à si bon compte l'absolution. Mais Ambroise n'en devait pas moins s'attendre qu'arrivant dans ce rendez-vous de prélats orthodoxes, pour y représenter un souverain protecteur du schisme, il serait assailli de leur part de tentatives de séduction, et que, s'il y résistait, on l'accuserait d'un intraitable orgueil et peut-être de trahir les intérêts de son Dieu pour ceux de son maître temporel. Traité la veille de rebelle à Milan, à Trêves peut-être allait-on l'appeler apostat '.

Heureusement, pour rester dans la ligne de fidélité iolépendanle que lui commandaient sa fierté comme

i, Sulp. Sev., Vit. beat. Mail., \xiii.

son devoir, i! Iroiivait, en Gaule même, un modèle et im auxiliaii'e. Un seul des évêques catholiques de lu Gaule, mais le plus illustre et le plus populaire, résis- 'ait aux attraits de la cour, et s'était même placé (Ml face de Maxime et de ses complaisants dans une altitude d'hostilité ouverte. C'était Martin, le soldat vétéran devemi moine, puis porté par des sulï'rages unanimes à la tête de l'Église de Tours. Sorti des ra-ngs du peuple, M'artin en avait gardé la langue et les habitudes; mais il avait su aussi en conserver l'affection. Dans les villages, au fond des moindres hameaux, dans les champs les pKjs reculés, bien au delà des limites mêmes de son propre diocèse, son nom était sur toutes les lèvres, et son ascendant sans bornes. Ce que Théodose faisait à grand'peine par ses magistrats et par ^e3 licteurs dans les campagnes d'Orierrt, Martin l'accomplissait dans celles de Gaule par le seul entraînement de son exemple et par l'élan que sa parole agreste et enflammée savait communiquer à la foi des simples : il déracinait à' lui seul le paganisme. Il cotvduisait à ■\ Tassant des temples de véritables croisades rustiques; lilles guidait lui-même dans son costume de solitaire, [qu'il n'avait pas quitté, les cheveux en désordre, la , tunique sale et déchirée, la torche ou la hache à la main, mais le regard brillant d'un feu plein de douceur. C'était chaque jour un sanctuaiTe on une chapelle livrée aux flammes, un bois sacré rasé, un arbre fatidique jeté à terre, mais au milieu même de ces rudes

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exécutions, il trouvait pourtant l'art de séduire, de subjuguer, souvent de convertir sur place les populations idolâtres dont il froissait les superstitions. Un acte de charité inattendu, une guérison subite accordée par Dieu à ses prières, un trait d'éloquence qui allait au cœur : il n'en fallait pas davantage pour gagner au Christ des villages entiers, et la foule qui était accourue tout émue à la défense des idoles s'en retournait souvent chantant les louanges du maître nouveau qu'annonçait Martin. Dans cet apôtre qui parlait leur langage, et dont le cœur se fondait de pitié à la vue de leurs souffrances, les pauvres colons de Gaule, accablés sous le poids d'une tyrannie séculaire, saluaient avec amour l'envoyé du Dieu né dans une crèche, qui entend les soupirs des opprimés *.

Merveilleusement à sa place au village, Martin était moins fait pour vivre à la cour. Aussi ses relations avec Maxime étaient-elles pleines d'orages, et ce fut la première chose dont tout le monde entretint Ambroise à son arrivée en Gaule. Attentif à tout ce qui pouvait guider ses pas sur ce terrain nouveau, Ambroise dut entendre ce piquant récit avec un intérêt tout personnel.

Au premier moment, la grande popularité de Martin lui avait valu les avances les plus empressées de la part du parvenu couronné. Il n'était sorte de politesses qui

1. Sulp. Sev., Vit. beat. Mart., viactsuiv.; Dial. De mrlulibus beat. Mart.

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ne lui eussent été prodiguées au lendemain de l'usurpation. Comme il était obligé, à ce moment-là même, de venir à Trêves pour y suivre une affaire, à peine fut-il entré dans la ville qu'il reçut une invitation de se rendre au palais. Tant d'honneur n'était pas son fait, et il répondit d'abord, avec une franchise rustique, qu'il ne pouvait s'asseoir à la table de celui qui avait privé son propre maître de la vie et du trône. Maxime alors, sans se rebuter, s'était abaissé jusqu'à venir lui-même expliquer sa conduite au saint personnage. S'il avait pris la couronne, disait -il, c'était contre sa volonté , pour prévenir les désordres auxquels les soldats voulaient se porter; et après tout la promptitude de sa victoire prouvait assez que le secours divin lui était venu en aide., Martin, qui n'entendait rien à la politique et s'en souciait au fond assez peu, avait fini par se laisser toucher et par accepter l'invitation. Toute la pompe impériale fut mise sur-le-champ à contribution pour recevoir dignement le favori des populations gauloises. La place d'honneur lui fut assignée, à la droite de l'empereur et au-dessus du préfet du prétoire. Peu de jours après, ce fut la femme de Maxime qui voulut lui servir à souper de ses propres mains; et, bien que le saint eût juré de ne souffrir l'approche d'aucune femme, il fallut bien que, tout en grondant, il se laissât faire. L'impératrice se tint derrière lui, debout, dans l'attitude d'une servante, lui offrant les mets et recueillant sur son assiette, pour s'en

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nourrir elle-même, les miettes qu'il avait laissées*. Au fond, toiiles ces caresses dont il suspectait la sincérité allaient mal à la franchise de sa nature, et il se sentait mal à l'aise dans cette atmosphère de flatterie. Un incident d'une nature très-grave vint faire éclater ces sentiments, en donnant à sa répugnance le plus légitime et le plus noble des motifs. Parmi les affaires d'importance dont la mort de Gratien avait interi-ompu le cours et dont Maxime devait prendre la suite, était la condamnation d'une petite secte d'hérétiques qui ïanguissart ignorée en Espagne depuis de longues années, mais à laquelle le concours d'un prêtre actif et intelligent, l'évèque d'Avila, Priscillien, menaçait de rendre un peu de vie. L'erreur de Priscillien n'avait aucun rapport avec le grand schisme qui désolait le monde chrétien. C'était un ramassis confus de traditions gnostiques et manichéennes; des interprétatioiis rationnelles de la Trinité et de l'Incarnation s'y heurtaient avec les rêveries du dualisme oriental; une morale d'une rigueur outrée et des dehors d'une austérité affectée couvraient mal chez l'hérétique luimême et cTiez ses amis de secrets mais honteux désordres. Le mal, du reste, était peu étendu, Priscillien n'avait entraîné que deux des membres de l'épiscopat d'Espagne. Tous les autres, d'une orthodoxie trèssusceptible, s'étaient ligués au contraire pour étouffer

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