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avec ses deux enfants et suivie du prélel Piobns s'ombarqua, puis, doublant la péninsule de Grèce, vinl aborder à Tliessalonique, dans renii)ire de Tliéddose. De là elle envoya des messagers suppliants au grand souverain de l'Orient, pour le conjurer de prendre en pitié le sort du fils de son ancien maître. L'Italie enlière resta abandonnée à ses envaliisseurs ^
L'événement, on l'a vu, quoique soudain, ne prenait pas Tbéodose au dépourvu. 11 s'était toujours méfié des intentions de Maxime et de l'babileté de Justine. Ses troupes étaient toutes disposées à l'avance pour le cas d'une intervention nécessaire, et lui-même, porté au comble de la popularité et de la puissance par lapaisement de la dernière sédition d'Anlioche, avait la pleine disposition de ses mouvements. Mais on pouvait se demander si, en prévoyant de si loin les événements, il n'av-ait pas eu queb[ue intention d'en profiter pour lui-même. L'incertitude ne fut pas longue. Aussitôt qu'il eut appris l'arrivée des augustes fugitifs, il donna ordre que des honneurs royaux leur fussent rendus. Puis il pe mit en mesure d'aller lui-même à leur rencontre, et les principaux du sénat durent l'accompagner *.
L'entrevue fut touchante. Théodose prit le jeune empereur dans ses bras et le serra contre son cœur. « Mon enfant, lui dit-il paternelleutent, prenez leçon de ce qui vous arrive. Vous avez offensé Dieu : il vous
1. Zas., ibid. — Théod., v, 14. — Soz-, vu, 14. — Uiifin, ii, IG. — Soc, V, 11. — Coà. Theod., Cliron., 12G. — Pliilobt., x, 8.
punii. F,a puissance ne se fonde pas sur les armes, mais sur la jusliee. Croyez-en mon expérience. Ce sont les plus pieux empereurs qui ont pu maintenir leur armée dans la discipline, assurer la victoire à leurs armes, con''Miir ie?ir« ennemis, el sortir sains et saufs de tous leurs périls. Ainsi ont fait Constantin et votre père Yalent'?iicn. Voyez au contraire quelle a été la fin de votre oncle Valens, et si Maxinje triomphe de \ous aujourd'hui, n'est-ce pas qu'il professe sur la religion de meilleurs sentiments que les vôtres? Si nous n'adorons pas leC-lirist, en elïet, qui invoquerons-nous au inilieu des batailles? » Le jeune homme, dont la foi n'avait été qu'un instant égarée, n'eut pas de peine à promettre qu'il adorerait toujours le Dieu de ïhéodose. « Prenez donc coui âge, lui répondit celui-ci, nous viendrons à bout de votre agresseur ^ »
Théodose ne tarda pas à donner un gage de son désintéressement plus certain encore, et surtout qui diit plus coûter à son cœur. L'impératrice était arrivée accomp-agnée de ses filles, dont l'ainée, Galla, était en âge d'èlre mariée. Théodose, qui jusque-là avait témoiciic la résolution de laisser vacante la place de sa bien-aimée Flaccille, offrit lui-même de l'épouser et d'eniror par cette alliance dans la famille déchue. Cette
i. Tliéod., V, 15. — Suidas, Valent inianus, cité par Godefroy. — Coll. TheocL, xvi, t. 5, 1. 15, in nota. Le texte des paroles de Valent linien, tire de Suidas, n'est p<>iii-ètTp iki'^ authentique, mais le fortd du discours est cou firme par le récit de Tiiéodoret et n'a rien que de couforme aux -sentiments de Tliéodose.
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démarche était d'une générosité si inusitée que les païens, qui en furent témoins, ne purent même en comprendre le but, et Zosime, pour l'expliquer, n'a de ressource que de l'imputer à une fantaisie sensuelle contre laquelle protestent la vie entière de l'empereur chrétien et le témoignage unanime des historiens ^ Les tristes noces furent célébrées avec la pompe mélancolique que la situation comportait. Puis, pour l'acquit de sa conscience et pour faire jusqu'au bout preuve de modération. Théodose envoya sommer Maxime d'avoir à évacuer les états de Yalenlinien, promettant, s'il y consentait, de le laisser rentrer en Gaule sans le poursuivre. Il n'attendit pas la réponse à cette sommation, dont l'accueil n'était pas douteux. Mais, s'étant mis ainsi en règle avec tout le monde, avec Dieu comme avec les hommes, quitte envers ses adversaires et sûr de faire marcher à son gré ses alliés, il fil ses préparatifs de campagne avec cette simplicité tranquille et mélhoiiique qui faisait l'originalité de son caractère.
1. Zos., IV, 4'k Cet écrivain rapporte ici tout un petit drame sans vrai-L'inblance suivant lequel ce serait Justine qui, ne pouvant venir à bout de vaincre les incertitudes de Théodose, aurait employé pour le séduire les charmes de sa fille. Nous avons supprimé tous ces détails qui n'ont aucun caractère de vérité historique. Tillemont, sur la seule autorité de la chronique de Marcellin, place le mariage de Galla à l'année précédente. Sur ce point, le témoignage de Zosime nous parait préférable. Aucune indice d'une alliance entre les deux fumilles impériales ne se fait voir dans les années antérieures à l'invasion de Maxime, et si Valentinien avait été déjà le beau-frère de Théodose, il est |)eu probable que Maxime eût été assez hardi pour le provoquer. De plus, avant que Théodose eût eu la certitude d'arracher la famille de Valentinien à l'hérésie, il n'aurait siiremeat pas songé à y entrer.