Zos., IV
laissant croire qu'à Milan on était en fone et en volonté de se bien défendre. Les difficultés d'une e^ipédition à entreprendre contre des adversaires résolus le troublaient beaucoup. 11 calculait, dit l'bistorien Zozime, que le chemin de Gaule en Italie était rude, semé de montagnes inaccessibles, de lacs et de marais, commode seulement pour les voyageurs de loisir qui faisaient route à leur aise, mais nullement pour de grandes armées. Dans cette inquiétude, il hésitait et ne savait que faire. Mais dès qu'on lui eut annoncé qu'un second envoyé arrivait pour courir après les paroles du premier, il comprit qu'il n'éfaft pas le seul effrayé, et qu'à Milan on se sentait faible encore plus qu'à Trêves. Cette découverte termina ses incertitudes. 11 se décida à agir tout de suite, par adresse d'abord en attendant la force. Au bout de quelques jours, en effet, quand il eut dissipé à force de caresses tous les soupçons de l'esprit du nouvel envoyé, il le prit à part et lui fit en grande confidence une communication d'importance. « La grande affaire, dit-il, pour Yalentinien comme pour moi, c'est de bien nous entendre pour réprimer les incursions des barbares. Les querelles entre empereurs ne font les affaires que de l'ennemi. » Dans cette pensée patriotique, il était prêt, ajouta-t-il, lui, Maxime, à prêter ses propres troupes pour coopérer à une grande expédition qui devait être dirigée sur la Pannonie, point particulièrement menacé parles derniers troubles. En gage de sa bonne foi, il ne demanderait pas même
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à prendre ou à déléguer le commandement. Que Yalentinien désignât le commandant en chef, ses soldats seraient heureux de servir sous celui qu'on leur indiquerait. Mais pourquoi ne serait-ce pas Domnin luimême, général aussi habile que bon ambassadeur, qui se chargerait de conduire les légions de Gaule au rendez-vous? Peu importait d'ailleurs: l'essentiel était de frapper un grand coup qui sauvât la paix romaine, n'importe par quelle main et sous quel étendard.
Si l'on ne connaissait les illusions de l'amour-propre, on aurait peine à croire qu'un homme rompu aux affaires n'ait soupçonné aucun piège sous une proposition si singulière. On comprend moins encore que les conseillers restés à Milan autour de Justine, et qui devaient mieux garder leur sang-froid, n'aient pas pris l'éveil quand ces paroles suspectes leur furent transmises. Probablement, de même que c'était entre les deux cours à qui aurait peur l'une de l'autre, c'était aussi entre elles assaut de flnesses et de mensonges. Justine, suivant toute apparence, se llatta qu'une fois les troupes de Maxime entre les mains d'un général de son choix, elle pourrait les débaucher facilement. Quoi qu'il en soit, Domnin fut autorisé formellement à guider lui-même les légions que Maxime lui confierait, et à les amener en Pannonie par la route d'Italie. L'ordre fut exécuté, et dès le milieu de l'été un corps d'excellentes troupes gauloises commandées par les officiers que Maxime avait nommés, marchant sous ses éten-
dards et soldées par lui, eurent franchi, à la grande surprise des garnisons qui les voyaient défder, les passages soigneusement forfifiés des Alpes, et se trouvèrent, en bon ordre et prêtes à faire campagne, à moins de vingt lieues de Milan ^
Maxime n'eut pas plutôt appris que le passage était effectué qu'il se mit en route lui-même et sans bruit,* avec une escorte nombreuse, composée de ce qui lui restait de cohortes disponibles. Bien que son arrivée n'eût point été annoncée, personne ne s'y opposa. Qui aurait osé arrêter la marche d'un empereur reconnu allant à un ren(îez-vous marqué d'avance, où ses propres troupes l'attendaient déjà? 11 rejoignit ainsi à l'improviste le pauvre Domnin tout surpris, et reprit en sa présence le commandement qui lui appartenait et que celui-ci n'osa pas même lui disputer. 11 annonça t3ut haut l'intention de marcher sans délai sur Mdan*.
Ainsi, en un clin d'œil, Valintinien, qui légiférait encore paisiblement le 2 septembre à Milan, appiit que son rival était à ses portes, tout en armes, séparé de lui seulement par quelques lieues de plat pays où rien ne pouvait ni arrêter ni retarder sa marche. Ce fut une panique générale. Impératrice, empereur, conseillers, préfet du prétoire, tout le monde, sauf l'évêque, prii immédiatement la fuite. La cour s'arrêta quelques jours h Aquilée, mais, ne s'y trouvant pas en sûreté, Justine