CHAPITRE VU
La mauvaise saison ne permettant pas un départ imuiédiat, Théodose employa l'hiver à prendre plusieurs dispositions nécessaires pour assurer le bon oi'dre en son absence. Son fils Arcadius, bien qu'élevé depuis quatre ans déjà à la dignité d'Âugtiste, n'en avait encore que onze. En le laissant nominalement à la tête de l'Orient, il fallait lui composer un conseil qui pût gouverner en son nom, et dont le préfet du prétoire devait naturellement être le chef. Mais le titulaire de celte importante dignité, Cynégius, le même qui avait été chargé d'aller appliquer dans les provinces les dernières lois portées contre l-e culte païen, venait de mourir en achevant sa tournée. La tête du gouvernement était donc tout entière à reconstituer. Le nouveau préfet choisi fut un homme d'Occident,
1. A. D. 388. — Indictîo, i. — U. C. 1141. — Theodosius. Aug. et
Cync-ius, Coss.
Tatien, qu'on envoya chercher à Aquilée, où il résidait en disponihilité, après s'être acquitté déjà avec éclat de plusieurs magistratures importantes. Il avait un fils en âge d'homme, nommé Proculus, auquel fut dévolue la préfecture urbaine de Constanlinople, et la garde de l'enfant royal resta ainsi tout entière aux mains d'une seule famille. D'après les éloges que le païen Zosime accorde à ces deux choix, et la disgrâce qui les suivit plus tard, il y a lieu de penser que ni le père ni le fils n'appartenaient à l'opinion en faveur, et, qu'en leur donnant celte marque de confiance. Théodose, par une exception assez rare à sa règle de conduite ordinaire, fit acie d'impartialité plus que de prudence *.
Mais un point qui lui importait presque autant que la sécurité de son fils, c'était le maintien de la paix religieuse obtenue à si grand'peine, et que son absence pouvait compromettre. Déjà, à la seule nouvelle qu'une impératrice, élevée dans des sentiments favorables au schisme, venait partager la couche impériale, tous les mécontents levaient la tète, des conciliabules se tenaient; des prêtres, des évêques môme, étaient ordonnés assez publiquement par les diverses sectes, et quelques églises, livrées par les pasteurs eux-mêmes, leur étaient rendues. L'honnête primat de Constanlinople, le bon Nectaire, ami de la paix et peu jaloux de ses pi'érogalives, fermait les yeux sur ces infractions à la