Zos., IV
ici. Théodose, informé à temps, ne perdit pas un instan( pour dissiper ces nuages qui pouvaient grossir derrière lui. Trois lois successives, toutes datées de Macédoine, ne laissèrent aucun doute sur sa résolutiop d'être obéi de loin comme de près. Les prohibitions contre les assemblées des hérétiques furent renouvelées dans ces termes vitupératifs qu'affectionnait le style des législateurs de ce temps; il leur était interdit d'élever des autels de prévarication, de célébrer des sacrifices de leurs inaiiis impies, de déshonorer les mystères de la vraie religion par leurs profanes imitations. Théodose ne craignit même pas, par une disposition nouvelle, d'atteindre dans ses habitudes les plus chères la population de Constanlinople. 11 fut spécialement défendu, à tout venant, sans distinction de fidèle oud'héréfique, de disputer en public des matières religieuses, et le nouveau préfet du prétoire eut charge de châtier ceux qui persévéraient dans cdte habitude pestilentielle, par le moyen de quelque peine appropriée dont le choix fut laissé à sa discrétion. La signature de Yalentinien fut soigneusement apposée à toutes ces mesures, à côté de celle de Théodose, et Tune des lois tout particulièrement adressée par ce jeune prince au préfet d'Illyrie, seul fonctionnaire d'Occident qui fût resté dans son allégeance. C'était une réparation tardive, mais éclatante, du funeste édit de l'année précédente ^
1. Cod. Theod., xvi, t. 5, 1. 14 et 15; t. 4, 1. 2. — S. Grég. Naz., Lp. ccii. — Soc, V, 12. — Soz., vu, 14.
23 { LA l'ÉNITEiNCE DE TIIÉODOSE.
Plusieurs autres lois, conçues dans un esprit, soit ■d'aii^férité morale, soit de charité chrétienne, furent desliuées à attirer la bénédiction divine sur la nouvelle union royale. Les mariages entre juifs et chrétiens furent spécialement interdits, les peines contre l'inceste renouvelées et accrues, des châtiments sévères furent édictés contre les grands de la cour, ou les riches qui se permettaient d'incarcérer eux-mêmes leuis débiteurs sans attendre l'ordre des magistrats. Entin, le moment du départ approchant, Théodose éprouva le besoin de frapper vivement les imaginations ébranlées, peut-être d'alîermir sa propre confiance par quelques averti?sements solennels qui répondissent à l'effet que produisait, dans les anciennes armées de Rome, la consultation des augures. Une ambassade partit donc avec éclat de Constantinople pour aller trouver au fond de la Thébaïde le fameux abbé Jean de Lycople, célèbre par ses austérités et par un don de prophétie qui faisait de i lui l'oracle de tout l'Orient. En lui demandant ses prières, les députés avaient commission de l'interroger discrètement sur le sort de l'expédition qui allait commencer. Ils trouvèrent le saint dans la cellulï murée, où il habitait depuis cinquante ans déjà, ne communiquant avec le dehors que par une petite fenêtre, qu'il ouvrait deux jours par semaine pour donner audience à ceux qui voulaient le consulter. « Allez sans ^ crainte, répondit-il aux envoyés de l'empereur : la victoire vous est assurée, et même sans beaucoup
de sang versé. L'Orient reverra Théodose vainqueur * . » Vers le milieu de juin, tout étant prêt, les deux souverains se mirent eu campagne. Justine, déjà affaiblie par tant d'émolions successives, demeura avec ses filles à Thessalonique, où elle ne devait pas tarder à succomber. Yalentinien resta ainsi sans partage sous la tutelle de Théodose. Le: plus rigoureux secret fut observé jusqu'au dernier jour sur la route que devait suivre l'armée impériale, et surtout sur le point où se porterait le général en chef lui-même. Une flotte nombreuse était rassemblée en vue des côtes de Macédoine, et divers indices semés à dessein accréditèrent la pensée que le but de Théodose était de confier ses troupes de terre à un de ses lieutenants et de s'embarquer lui-même avec son pupille pour s'emparer de l'Italie et tourner l'armée de l'usurpateur*.
Cette incertitude habilement entretenue eut l'effet que Théodose se proposait : elle jeta la perturbation dans les desseins déjà fort troublés de Maxime. Il arrivait, en effet, à ce médiocre officier de fortune ce qui était le sort de tous ces soldats parvenus. Sa prospérité
1. Cod. Theod., ht, t. 7, 1. 2; ix, t. 11. — Rufin, ii , 19, 3-2, — Thood., Vi 'i4.
2. Zos., IV, 45. Cet écrivain, de plus en plus inexact dans cette partie de son histoire, prétend que Théodose fit embarquer Justine et Valentinien pour les envoyer à Rome, où Maxime n'avait pas été reconnu. Mais il est certain par le témoignage des autres historiens que Valentinien accompagna Théodose dans son expédition, puisqu'il était présent à la soumission de Maxime. — Rufin, ii, 17, dit positivement que Justine mourut à Thessalonique, ce qui est fort vraisemblable puisqu'elle ne reparaît plus dans la suite de l'histoire.
élevée au comble lui causait une sorte d'éblouissement, et il ne trouvait plus, pour en faire usage, le faible degré de résolution qui lui avait servi à l'obtenir. Le désordre se glissait dans ses conseils. La sommation de Théodose l'avait d'abord pris au dépourvu, car il s'était flatté que, voisin pour voisin et collègue pour collègue. Théodose le préférerait au fils de son ancien maître, à un enfant élevé dans une croyance religieuse hostile à la sienne. Au point où il était compromis , il ne pouvait songer à reculer; mais la différence était grande d'avoir affaire à un enfant en hostilité avec les sentiments de la plus grande partie de ses sujets, ou à un héros vainqueur, objet de l'admiration de tous les chrétiens. Un tel changement, joint à l'accueil plus que froid qu'il rencontra à Milan chez Ambroise, le déconcerta fort et calma singulièrement l'ardeur orthodoxe dont il s'était piqué jusque-là. Comme au même mo- | ment il recevait une députation de Rome conduite par l'orateur Symmaque, qui venait lui offrir, eu pompeux langage de rhétorique, les hommages du ?énat, il crut politique de tempérer un zèle que la politique seul avait , fait naître. Symmaque repartit donc avec les meilleu- ^ res paroles, accompagné d'un nouveau préfet du prétoire, à qui l'instruction fut donnée de vivre en bonne intelligence avec tous les cultes, et de maintenir entre eux la plus rigoureuse impartialité. Pour commencer, Maxime donna à ce nouvel agent l'ordre de rétablir une synagogue que des chrétiens avaient brûlée. Ce revi-
rement, assez impiulenl chez le meurtrier des Priscillianisles, ne manqua pas d'être rendu public, peut-être par Ambroise lui-même, et, sans rallier bien fidèlement au nouveau souverain les païens, d'ailleurs peu puissants, suffit pour refroidir beaucoup les catholiques*. La môme incertitude fut bientôt visible dans les plans de campagne de l'usurpateur. Tantôt il aflfectait de douter encore des hostilités de Théodose et envoyait à Thessalonique des ambassades, sûres d'avance de n'être pas reçues, et dont il n'attendait pas la réponse. Tantôt il faisait, avec non moins d'éclat, de formidables armements de défense : il levait à prix d'argent chez les Germains des tribus entières, qu'il incorporait dans son armée. Il chargea son meilleur général, Andragalhe, de fortifier tous les cols de montagnes et toutes les têtes de ponts qui joignaient la Macédoine à l'illyrie. Andragathe s'acquitta de sa mission en ingénieur consommé; mais à peine fut-il parvenu à rendre les passages à peu près impraticables que l'ordre lui fut envoyé d'évacuer les ouvrages élevés avec tant de soin. Maxime venait d'être averti par ses espions des préparatifs ostensibles d'embarquement qui se faisaient à Thessalonique, et la peur d'être pris à revers s'emparait de lui. Il enjoignit donc à Andragathe de se mettre en mer avec ses meilleures troupes pour couper le passage à la flotte ennemie, ou l'accabler quand elle prendrait terre. An-