‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 77 sur 135 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Régénéré par la pénitence ei sorti comme Jes oncles d'un nouveau baptême, Théodose sentit sa foi se rallu^ mer dans son cœur avec une sorte d'exaltation qui était nouvelle chez lui. Toutes ses paroles, tous ses actes, n'étaient plus qu'un épanchement des émotions dont débordait son âme. Un changement s'opérait dans le fond de son être, et sa politique allait s'en ressentir. Ce n'est plus désormais celte docilité tranquille qui marchait à pas comptés dans la voie tracée par la loi divine : c'est une ferveur inquiète qui a soif d'expiation et cherche partout des occasions de réparation et d'épreuve. On aperçoit déjà la trace de cette aitleur inaccoutumée dans les lois assez nombreuses qui, rendues à Milan même, servirent de première communication entre lui et son peuple à la suite de ces grandes scènes. Il n'en est aucune où ne se manifeste un zèle ardent qui dédaigne les calculs de la prudence. A cette inspiration d'un christianisme vivitîé doivent être rapportées sans hésitation et la loi généreuse du 12 mars 391, qui

rend la liberté par un acte souverain à tous les eiilaiils que leurs pères, pressés par la misère, ont laissé arrachei^-de leurs bras et réduire en servitude, et celle du 10 juillet de la même année, qui autorise le plus humble particulier, victime d'un attentat de la part des grandf^ et des soldats, à se faire justice lui-même par la voie des armes, même sans attendre l'intervention du juge : deux dispositions dont l'une, contraire au régime légal de la propriété romaine, et l'autre, pouvant menacer la paix publique, devaient rencontrer parmi les conseillers de l'empereur plus d'une résistance motivée aux yeux de Ja politique humaine. Il est difficile de ne pas faire remonter à la même source deux lois pénétrées d'une émotion éloquente, très-rare chez Théodose (législateur calme d'ordinaire), et qui flétrissent d'un opprobre mérité et coridamnentà de terribles supplices d'infâmes désordres, dont depuis longtemps le nom romain était déshonoré ^

Mais où ce changement d'attitude et, si l'on ogo ainsi parler, d'inflexion dans la voix, est surtout visi-

1. Cod. Tlieod.,ni, t. 3, 1. 1 ; ix, t. 14, 1. 2; t. 2, 1. 4; t. 1, 1. 6 et 7. La dernière de ces lois, qui dut être affichée à Rome au temple do Minerve, est dans un langage singulièrement poétique : Non patiamur, est-il dit, urbem Romam, virtutum omnium matrem diutius, efifeminati in viros pudoris contaminatione fœdari, et agreste illud a priscis conditoribus robur, fracta niolliter plèbe, teuuatum convicium sseculis vel conditoruni irrogare vel principum.

2. A. D. 391. — Indictio. iv. — U. C. 1!4'k — Tatianus et Symmachus, Coss. — A. D. 392. — Indictio. v. — U. C. 1145. — Arcadius. Aug. Il, et Rufinus, Coss.

I)i:p.nière lutte du paganisme. 327

Lie, c'est dans trois lois qui se suocèdont presque sans interruption sous Fempire évident d'une pensée commune, et qui frappent avec une rigueur systématique les païens, les apostats et les hérétiques. Jusque-là, nous l'avons vu, Tliéodose, portant dans l'emploi de la force une mesure de prudence soigneusement calculée, avait eu soin de lai'sser toujours à ses lois répressives, en matière religieuse, une .*orte d'élasticité vague qui permettait d'en proportionner l'application aux circonstances. C'est ainsi que les édits portés contre le culte païen, très-modérés dans la forme, avaient pu devenir très-rigoureux dans l'exécution, tandis que ceux qui avaient frappé les héréli(iues, plus menaçants en apparence, avaient été applifjués sans violence. Ici, la face change : nul ambage, nul doute; un dispositif à la fois précis et général, qui embrasse tous les cas et n'ouvre point d'échappatoire ; une profession de principes nette et catégorique. C'est un code d'unité religieuse, cette fois régulièrement tracé et s'avouant sens déguisement; c'e:>t la volonté désormais proclamée de faire de l'Évangile l'unique loi, non-seulement spirituelle, mais politique, civile et, au besoin, pénale de l'empire.

Ainsi les lois précédentes n'avaient retiré aux vieilles divinités que l'hommage sanglant des sacrifices; les temples restaient ouverts à la prière, aux vœux et aux olfrandes pacifiques. Maintenant, c'est l'entrée même des temples que la loi du 27 février 391 prohibe sans distinction ; u Que personne, dit cette

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loi, n'aborde le temple; que personne n'élève ses regards vers des simulacres formés par des mains humaines. » Et ceux que l'édit menace particulièrement, ce sont les fonctionnaires de l'empire, toujours suspects de regret pour le passé, et sur qui la volonté impériale veut pouvoir compter désormais pour transmettre aux peuples son irrévocable décision ^

Même ostentation de sévérité dans la loi qui touche les apostats. A l'incapacité de léguer ou de recevoir par testament, dont ces relaps étaient déjà frappés par des dispositions antérieures, la loi du 9 mai ajoute celle de paraître en justice comme témoin, et la privation de toute dignité, soit acquise, soit héréditaire : elle les ensevelit en un mot dans le sépulcre de la mort civile, et la rigueur de la sentence est accrue encore par l'étrange amertume des paroles. Le législateur regrette de ne pouvoir faire davantage, et s'applaudit des souffrances qu'il a su ménager à ses victimes : « Nous eussions condamné ces malheureux au bannissement dans un lieu désert, dit-il, s'il n'était plus dur de vivre au milieu des hommes en n'étant plus compté dans leur nombre. » Pour ce genre de crime, point de réhabilitation ni de prières possibles, a On peut venir en aide, dit encore la loi, à ceux qui tombent ou

i. Cod. Theod., xvi, t. 10, 1. 10, 11 : Nemo delubra adeat, nemo templa perlustret, mortali opère formata simulacra nemo suspiciat. — La seconde loi du mf'me titre n'est autre chose que l'envoi de la première spécialement fait au préfet d'Egypte.

à ceux qui errent, mais ceux qui se sont penlus euxmêmes par la profanation de leur baptême, aucun recours de pénitence ne leur est ouvert. » Paroles dures dans la bouche d'un meurtrier baptisé qui, la veille encore, implorait avec ardeur la miséricorde ; et manière plus zélée que touchante de témoigner sa reconnaissance au Dieu qui pardonne '.

La loi sur les hérétiques, qui porte la date du 15 mai, n'est ni moins catégorique ni moins passionnée : « Qu'en aucun lieu, dit-elle, cette cohorte sacrilège ne puisse se rassembler; que leur perversité ne puisse se procurer ni réunion publique ni entretien secrets »

La suscription qui ligure en tête de ces lois est aussi digne de remarque que leur contenu. Le nom du jeune Valenlinien y est partout associé à celui de son beau-frère, et nulle distinction n'est faite dans la généralité des termes entre les deux parties de l'empire. Mais, chose singulière et au premier moment à peine croyable, elles sont adressées toutes soit au préfet du prétoire Albin, soit au préfet d'Italie, Flavien, et d'autres témoignages du temps nous font con-

1. Cod. Theod., xvi, t. VIT, 1. 4, 5 : Quos etiam praecepissenuis procul abjici ac longiiis amandari, nisi pœiiœ visiim fuisset esse majoris, versari inter homines et hominum carere suffragiis... Lapsis et errantibus subvenitur : perditis veio (hoc est saiictum baptisma profanantibu?) nuUo remedio pœiiitentiœ succurritur.

2. Cod. Theod., xvi, t. 5, 1. 20: Ne in quoquam loco sacrilega cohois talium hominum collii;utur ; nulla eorum peiversitati vel publica conventicula vel latiora eri'oribus sécréta tribuantur.

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naître que ces deux magistrats étaient eux-mêmes des païens de distinction, élèves, amis, correspondants liabituelsde Symmaque.On ne pouvait donc attendre d'eux un grand zèle dans l'application de peines qui les mena<;aient eux-mêmes. Il faut conclure de cette singularité que Tliéodose, en donnant à sa pensée une forme tranchante ei décisive, obéissait plutôt à un entraînement qu'à un dessein calculé. Il avait en vue de faire une profession de principes éclatante plutôt qu'un acte suivi de conséquences pratiques. Effectivement, revenu à peine de Rome, où il avait vu et supporté le culte païen encore dans tout l'éclat ses pompes, prêt à abdiquer la tutelle de l'Occident, à laquelle la vingtième année de son pupille mettait naturellement un terme, il ne pouvait songer à imposer à un souverain sans expérience raccomplissement immédiat d'une tâche uevant laquelle lui-même, dans sa toute-puissance, avait reculé. Seulement il n'était pas fâché de compromettre le jeune hoaime sans retour aux yeux de ses peuples, et de l'engager pour toute s^ Tie dans une voie où Ambroise n'aurait plus qu'à le faire avancer, et où un pas rétrograde lui serait impossible. Quant à luimême, il ne songeait qu'à retourner en Orient, où l'œuvre qui lui était chère, mieux préparée par les événements, pouvait être activement poussée et menée à (in^

1. C'est par la correspondance de Symmaque que nous connaissons la qualité païenne de Flavien et d'Albin. Presque tout le second

DERNIÈilE LUTTE DU PAGANISME. 33î

Il partit en effet dans les derniers jours do juin 391, laissant Valentinien maître de son domaine héréditaire, sous la garde de deux conseillers : Ambroise pour les affaires civiles et religieuses; pour le commandement des armées le comte Arbogast, le seul des généraux de distinction qui, bien que d'origine étr<ingère, fut lesté fidèle à ses maîtres pendant l'usurpation, et celui-là même qui avait en leur nom achevé la soumission des Gaules. Tranquille de ce côté, ou du moins croyant avoir sujet de l'être, ïhéodose quitta l'Occident avec la ferme intention de n'y plus revenir.

Sur la route et à l'arrivée, des soins assez graves l'attendaient qui, sans le distraire de son but principal, réclamèrent pourtant d'abord toute son attention. Un empire entier n'avait pu être abandonné quatre années de suite aux mains d'un souverain mineur, sans que le désordre y eût pénétré de bien des côtés. Théodose trouva la Macédoine infestée par des partis barbares, débris de l'armée de Maxime, qui s'étaient réfugiés dans des bois et dans des marais, d'où ils sortaient à l'improviste pour piller la campagne et rançonner les paysans. Avant de faire un pas de plus vers Constantinople, il entreprit de déloger ces bandes de leurs retraites; et, pour pousser la recherche plus vivement, il battit de

livre de cette carrespondance est adressé à Flavien, que SjTumaque appelle assez fréquemment : pectoris mei dominus. Albin et Flavien figurent avec Prétextât parmi les personnages entre lesquels le païen Elacrobe établit un dialogue supposé dans ses Saturnales.

sa personne la campagne plusieurs mois durant, sans autre compagnie qu'une faible escouade de cavalerie et deux aides de camp, Timase et Promotus. Il couchait dans des chaumières ou sur la dure, et dégainait luimême toutes les fois qu'il rencontrait des bandes de brigands sur son chemin. Dans le cours de celte expédition, qui dura plusieurs mois, il faillit plus d'une fois trouver la mort. Un soir en particulier qu'il avait cherché un abri chez une vieille paysanne, il fut reconnu par un espion des barbares qui s'était glissé sous le même toit, et c'était fait de lui s'il ne s'était à temps méfié de la figure suspecte du personnage. Grâce à ce déploiement d'énergie, la Macédoine fut bientôt sortie de péril, et Théodose put laisser à Promotus le soin d'en achever la pacification. Mais on ne comprendrait pas l'ardeur irréfléchie qui portait un empereur à risquer ses jours pour le bien d'une seule province, si l'on ne songeait que cette province était celle-là même qui avait soulîert de son crime et dont les blessures ouvertes par sa main saignaient encore. Dans ces bois obscurs, dans ces embuscades où il engageait sa tête, Théodose cherchait l'achèvement de sa péiu'tence et le prix de son absolution ^

A Constantinople, où il arriva le 9 novembre, ce furent les intrigues de palais qui troublèrent les premières joies de sa bienvenue. Le préfet du prétoire, Tatien, véritable empereur sous le nom d'Arcadius,

i. Zos., IV, 48.

(levait rendre compte de sa gestion, et le compte de quatre années de pouvoir absolu était, en tout temps, difficile à régler. Il y avait eu, pour la régularité des afTaires courantes, un certain nombre de proscriptions et de confiscations à prononcer, qu'il fallait justifier et faire ratifier par Théodose. Talien et son fds Proculus étaient païens, nous l'avons vu. Ce n'est pas une raison pour penser avec Zosime qu'ils fussent irréprochables ; mais c'en était bien assez pour que leurs ennemis (et qui n'en a pas dans les cours?) se crussent en mesure de faire admeltre par Théodose toutes sortes d'accusations contre eux. Dès le premier jour, des réclamations furent présentées contre le père et le fils au nom de parents ou d'épouses qui demaiidaient le rappel de leurs enfants ou de leurs maris, et au nom de propriétaires dépouillés de leurs biens. Ces sévérités avaient-elles été iniques ou méritées? l^iait-ce péculat, concussion, ou simple exercice des droits rigoureux du fisc? Qui pourrait le dire? Il est probable que personne ne s'en enquit très-soigneusement. Toujours est-il que Théodose ajouta foi à ces dénonciations. Tatien fut envoyé en exil, Proculus au cachot, et toutes les mesures de leur administration furent cassées par plusieurs édits conçus en termes très-sévères.

Ces diverses sentences ne furent pas confirmées par l'opinion publique. Pour la première fois on accusa Théodose, jusque-là pleinement maître chez lui, même dans ses jours de colère, de s'êlre laissé tromper et con-

334 DEnMiÈriis lutte du paganisme.

(luire par un favori. On désigna comme rinstigateur de ces mesures de réaction le Gaulois Rufin, le même qui avait dicté le massacre de Thessalonique, et que la verve satirique de Claudien devait plus tard livrer à l'exécration de la postérité. Rufin, en effet, succéda à Tatien dans la charge de préfet du prétoire. A peine installé dans ce poste, comme s'il eût voulu faire maison nette de toute inlluence rivale, il se prit de querelle avecPromotus, le lieutenant même qui venait d'accompagner Théodose dans son expédition à travers les bois, et le seul général dont l'empereur eût paru apprécier le mérite. Promotus, provoqué par des paroles injurieuses, se laissa emporter jusqu'à donner un soufflet à son agresseur. Rufin alors entra précipitamment dans la chambre de Théodose, et, lui montrant sa joue encore chaude , lui demanda justice. Théodose prit vivement le parti de son agent, et voyant que les regards des assistants n'exprimaient rien de bienveillant pour ce favori : « Je saurai bien vous le faire respecter, leur dit -il; si vous n'en voulez pas pour ministre, je vous le donnerai pour empereur. » Promotus fut renvoyé à l'armée, où peu de jours après il périssait dans une embuscade. Presque ea même temps, Proculus finissait ses jours en prisor. en verlu d'un ordre impérial, que Théodose, prétendit-on, s'était laissé arracher, et avait voulu au dernier moment, mais trop tard, révoquer. Dans ces scènes douloureuses, chacun crut voir que Théodose avait

plutôt laissé faire que commandé lui-même, et cetfe faiblesse inaccontumée surprit péniblement. Otif'qne lassitude commençait-elle à courber cette tête puissante, ou bien, tout entier à la ferveur pieuse qui remplissait son âme, détournait-il ses regards avec découragement et dégoût du speclacle de la politique humaine *?

Après les intrigues et les révoltes, d'autres objets appelèrent aussi son intervention , et on y retrouva mieux sa prudence et sa fermeté ordinaires. Des abus graves s'étaient glissés dans l'administration des provinces : il mit la main courageusement à l'œuvre pour les réparer. Les magistrats donnaient presque par tout l'Orient le spectacle d'une trop grande facilité à se laisser aborder par des solliciteurs de tous genres, et l'autorité de la justice en souffrait. L'empereur leur défendit de donner aucune audience particulière. Dans les campagnes, les paysans, pressurés à la fois par les agents du fisc qui venaient recevoir les impôts en argent, et par les gens de guerre qui exigeaient des prestations en nature sous forme de nourriture ou de logement, avaient imaginé de neuti'nliser ces deux tyrannies l'une par l'autre. Ils gagnaient à prix d'argent les soldats, qui se chargeaient de les

i. Zos., IV, .'iO-52. — Cod. TheocL, xii, t. i, 1, 131 : Constat eniin' nierito submovendum quidquid a Tatiano probatur adjectura. Ibid, ix,' l. 38,1. 9. — Glaud., In Ruf., I, i, 2i5, 250. — Chron. Alex., an. 3P3. Ces derniers textes confirment le récit de Zosime au sujet de la disgrâce peu méritée de Tatieu, et prêtent à cet écrivain une autorité à laquelle [1 u'a pas droit ordinaireaient quand il parle mal de Tliéodose.

défendre contre les exigences des agents des contribu-r tions. Des officiers assez élevés en grade consentaient à ce genre de trafic, et chaque village acquérait ainsi un prolecteur attitré, qui défiait l'administration centrale et formait dans les campagnes à peu près la contrepartie des défenseurs nouvellement donnés aux cités. C'était effectivement le même besoin de protection qui se faisait jour, mais, cette fois, par une expression irrégulière et violente. A la vérité, l'administration retrouvait son avantage lorsque le paysan venait apporter ses denrées à la ville pour les vendre, et elle prenait sa revanche par des corvées qu'elle imposait suivant ses caprices, et pas toujours exclusivement dans l'intérêt public. Le marchand rustique était obligé de prêter ses mulets, ses chameaux ou ses charrettes au transport des matériaux ou des décombres que le magistrat urbain trouvait bon de faire convoyer par ce procédé économique. Les défenseurs des cités eux-mêmes, ces magistrats créés dans un intérêt d'humanité, étaient accusés de ne pas toujours s'abstenir de ces sortes de violences.

Tous ces désordres furent vivement représentés à Théodose par l'orateur Libanius, qui en fit le sujet «le plus de cinq discours, ornés de toutes les fleurs de &a rhétorique accoutumée, et qu'il vint prononcer luimême à Constantinople. L'empereur l'écouta de bonne grâce et mit ordre aux maux signalés par quelques lois favorables aux propriétaires malheureux, et d'au-

très mesures d'humanité dont les vostiges se trouvent 5 celle date dans les codes K

Mais ces soins une fois pris et ces diverses questions d'ordre public une fois réglées, il avait pourtant hàle d'en venir à la grande affaire, à celle qui lui tenait véritablement au cœur : la destruction définitive du paganisme et la consommation de l'unité religieuse. Asseoir l'Église à côté du trône, surmonter le diadème de la croix, c'était désormais l'unique vœu de sa conscience repentante, et, pour l'aider à l'accomplir, il ne trouvait personne en Orient assez zélé, pas même les évêquesdesacour. Leur obéissance empressée, trop souvent complimenteuse, à la mode orientale, mais purement passive, ne lui suffisait pas. 11 regrettait le langage franc et les conseils impérieux d'Ambroise. Ainsi, à sa première entrée dans l'église de Constanlinople, l'évêque Nectaire l'ayant invité à reprendre la place d'honneur qui lui était réservée dans le chœur : « Non, dit-il brusquement, et avec un soupir mal étoulTé que lui arrachait une pénible association dà

1. Liban., Discours publiés par Godefroi daus l'édition de Reiske, Or. XLVii-Li. — Cad. Theod., i, t. 11,1. 2 et 3. Renioveantur patrocinia quae favoretn reis impertiendo matarari scelera fecerunt; xi, t. 24, 1. 3. Cette loi contre les protecteurs des villages est d'Arcadius, mais elle fait allu'îion à des peines antérieurement portées contre eux (voir la noté de Godefroi). — Cod. Just., xi, t. 47, 1. 10; t. 58, 1. 8; t. 67, 1. 5. La seconde de ces lois est assez curieuse : elle accorde aux colons le droit de cultiver pour leur compte les champs abandonnés par leurs propriétaires, sauf à ceux-ci, s'ils se présentent dans un espace de deux années, à l'entrer en possession en tenant compte des dispenses faites,

souvenirs; j'ai appris à Milan à comprendre le peu qu'est un empereur dans une église, et la différence qu'il y a de lui à un évêque. Mais personne ici ne me dit la vérité. D'évêque je n'en connais qu'un, c'est Ambroise *. » Aussi, sous l'empire de cette impulsion venue de haut, le zèle se ranima et les liabilants de toute l'Asie s'aperçurent du retour de l'empereur en voyant reprendre de toutes parts, avec une activité nouvelle, l'œuvre momentanément interrompue de la démolition des temples. Ce qui venait de se passer en Egypte, après la chute du Sérapéion, fut donné et accepté partout pour modèle. Au moindre prétexte, et il n'en manqua nulle part, jes sanctuaires encore debout furent condamnés à périr; le préfet d'Orient, accompagné de deux tribuns et de soldats, fit une nouvelle tournée dans toute la province pour veiller lui-même à l'exécution de ses décisions. En général, la résistance du parti vaincu et découragé fut cette fois à peine sensible. En quelques lieux cependant des scènes do désordre éclatèrent. A Apamée, par exemple, la seconde ville de la Syrie après x\ntioche, la destruction du grand temple fut un véritable drame, qui tint plusieurs jours toute la ville en suspens et finit par un dénomment tragique. L'édifice était construit du pierres de taille si solides, si fortement cimentées à l'aide du fer et du plomb, que les ouvriers ordinaires el les

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