Théod., V, i8. — Soz., vu
soldais appelés à leur aide déclarèrent qu'ils ne pouvaient venir à bout de le démolir. Un ouvrier de la vdle se présenta alors et proposa d'essayer uii système particulier de combustion pour triompher de la résistance des matériaux. L'offre fut accueillie avec une incrédulilé générale, sauf par l'évêque Marcel, saint el zélé personnage, qui, se croyant engagé dans une lutte contre le démon, ne pouvait consentir que le €hrist eût le dessous. Stir sa demande, on laissa l'artisan essayer de son procédé. Il environna d'un bùclier de bois d'olivier trois des colomies qui soutenaient le corps principal du bâtiment, et s'efforça d'y mettre le feu. Pendant qu'il faisait ses préparatifs, l'évêque, en prières, conjurait le Tout-Puissant de ne pas tarder à faire voir sa force et la faiblesse de ses adversaires. Le feu fut très-long à s'allumer, et à travers les tourbillons d'une fumée noire qui s'élevait, les assistants crurent plusieurs fois voir s'agiter des démous qui éteignaient j la flamme toutes les fois qu'elle commençait à preni dre. Enlin pourtant l'incendie se déclara; bientôt la colonne s'ébranla, et le faîte qu'elle soutenait, privé" d'un de ses appuis, s'abîma avec un fracas épouvantable au milieu des cris de surprise, de terreur et de joie de toute l'assistance. Mais l'irritation des païens fut au comble, et, pour empêcher qu'ils ne se portassent à des représailles, il fallut faire garder plusieurs jours de suite les églises chi'éliennes, tant par des postes de soldats que par des navsans choisis dans les montagnes
voisines, qui se placèrent volontairement en sentinelle. Ces inquiétudes n'étaient pas exagérées. En effet, peu (le jours après, l'évêque se rendant dans une autre partie de son diocèse pour assister à une exécution du même genre, un parti de païens se mit en embuscade pour l'attendre. 11 fut arrêté, dépouillé, et laissé mort sur la placée
Cet attentat répandit dans la contrée une sorte de stupeur. Le saint, élevé tard à l'épiscopat, laissait des fils qui voulaient venger son injure. Les évêques de la province, réunis en concile pour désigner le successeur, craignirent sans doute d'irriter trop vivement les passions, et engagèrent les jeunes gens à s'abstenir de toute poursuite. « La couronne du martyre, dirent-ils, assurée à votre vénérable père, suffît à votre consolation et à son honneur. Il faut rendre grâces à Dieu, et non nourrir des pensées de ressentiment. » Peut-être fut-ce par crainte de susciter ailleurs de pareilles scènes de violence, que l'exécution ordonnée par Théodose fut en certains lieux laissée imparfaite. Sozomène cite en particulier, comme ayant survécu à la destruction générale, les temples de Pétra et d'Aréople, en Arabie, et celui de Gaza, en Palestine».
Quoi qu'il en soit, le succès fut assez grand et assez général pour que Théodose pût le célébrer dans la loi
A. Théod., V, 21. — Soz., vu, 15, 2. Soz., VII, 15.
suivante, dont les termes exaltés ressemblent plus à un chant de triomphe qu'à une loi pénale.
« Que nul homme, dit cette loi du 8 novembre 392, à quelque ordre ou classe qu'il appartienne, de quelque dignité qu'il soit revêtu, qu'il soit ou ne soit pas en puissance et en honneur, que le sort l'ait fait naîlre dans une condition et une fortune élevées ou humbles, en quelque lieu ou ville que ce soit, n'olFre aux simulacres inanimés même un simple sacritice [vel insontem victimam). Que personne non plus, même dans un oratoire sacré, n'offre à aucun lare ni pénale aucun genre d'hommage : ni luminaire, ni encens, ni guirlandes. Que si quelqu'un ose immoler une victime en sacrifice, et consulter ses entrailles vivantes, qu'il soit tenu pour coupable de crime de lèse-majesté, qu'il soit loisible à chacun de le dénoncer, et qu'il soit frappé de la peine qu'un tel crime encourt, quand même il n'aurait cherché dans son enquête rien qui fût contraire ou même relatif au salut du prince*. Car il suffît pour le poids de l'accusation * qu'on ait tenté de violer les lois de la nature elle-même, de pénétrer ce qu'il est défendu de savoir, de révéler ce qui doit rester caché, de tenter ce qui est interdit, de s'enquérir de la destinée d'un autre et de faire concevoir l'espérance de sa morl^.
1. Etiam si niliil contra salutem principis aut de salute quaesierit,