‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 101 sur 297 · S. Greg. Naz., Or. xmi, 20, il · texte numérisé non relu

S. Greg. Naz., Or. xmi, 20, il

%. Ibid., 16, 17.

LA JEUNESSE DE JULIEN. 2'Jl

nolle intimité, pouvait donc régner dans ces entretiens. Dans les vastes plaines de l'art et de la science, sous la poétique lumière de la Grèce, ces deux source?, l'une déjà chargée d'an limon fangeux , l'autre gardant sa pureté native, pouvaient se rapprocher un instant sans mêler leurs ondes1.

Quelques mois s'étaient écoulés dans ces occupations diverses, lorsque soudain un ordre impérial vint mander de nouveau Julien à Milan. Quel était le motif de cet appel? Était-ce la mort, était-ce la couronne qu'on lui destinait? Avec les incertitudes et les caprices subits, habituels à Constance, on pouvait faire sans invraisemblance Tune èt l'autre supposition. Au bout de peu de jours cependant, Julien apprit, à n'en pouvoir douter, qu'il marchait au trône et non au supplice*.

Constance, en effet, maître du pouvoir suprême, se trouvait de nouveau incapable de le porter. Sa faiblesse cédait sous le poids dont s'était chargée son ambition. Les embarras naissaient sous ses pas, de l'étendue même de son empire, sans compter ceux qu'il s'était imposés lui-même par ses violences. Pendant que tout l'Orient commençait à s'agiter convulsivement sous l'étreinte d'une persécution cruelle dont nous devrons

i bientôt décrire toutes les horreurs, la barrière de l'Oc-

t. S. Greg. Naz., loc. cit. — S. Bas., Epitt. 40 et 41. C'est la correspondance de Julien et de saint Basile. 11 y rappelle à Julien le temps où ils étudiaient les lettres sacrées ensemble.

t. Amm. Marc., xv, 8. — Jul., ad Athen.% p. 50».

cident fléchissait sous la masse des tribus barbares. Déjà, dans Tannée qui avait précédé le concile de Milan, il avait dû lui-même passer le Rhin, au-dessus de Bâle, pour réprimer les incursions de deux chefs allemands, Vadomaire et Gondomade. A son approche, ils avaient aussitôt demandé la paix, et l'avaient obtenue, grâce à la protection de leurs compatriotes, qui servaient en qualité d'officiers dans l'armée romaine, et grâce sans doute aussi au peu de goût que le souverain avait pour les rencontres un peu vives1. De nouvelles attaques, faites sur un autre point dans Tannée suivante, avaient amené de nouveaux engagements, où Constance, représenté par ses généraux , avait remporté de médiocres avantages àont il avait fait beaucoup de bruit3. Mais il savait à quoi s'en tenir sur ces prétendues victoires, et il n'apercevait pas sans effroi la perspective d'avoir à peu près chaque année de pareils lauriers à cueillir.

Puisil s'embarrassait 1 ui-même dans la complication de ses précautions et de ses méfiances. Il avait encouragé tous ceux qui l'approchaient à la délation. C'était, parmi les généraux et les courtisans, à qui dénoncerait le premier ses collègues. C'est ainsi que le général qui commandait en Gaule, Sylvain (fils d'un Franc, Bonilus, qui avait

1. Amm. Marc, xnr, 10. Il prêta à Constance un discours tenu à ses troupes, où ce sentiment est très-évident. Nous ne rappelions pas en général les discours d'Ammien, qui ne présentent pas de caractère d'authenticité. Ce sont évidemment des études oratoires d'après Tacite et Titc-Live; mais il peut y avoir parfois quelque ' . de vérité.

«. Amm. Marc., xv, 4.

été ami et allié fidèle de Constantin), homme de mœurs pures, qui jouissait de l'estime universelle, et dont la défection avant la bataille de Murse avait puissamment contribué à faire pencher la balance du côté de j Constance, se vit accusé de révolte par un de ses employés qui avait produit contre lui des pièces fausses. Mandé à la cour pour répondre à ces dénonciations, * Sylvain, qui était innocent, mais qui connaissait le caractère ombrageux de Constance, se crut perdu, et eut même un instant l'idée d'aller chercher un refuge chez les barbares, ses parents et les compatriotes de son père. Le désespoir lui fit prendre enfin précisément le parti qu'on lui avait faussement imputé; il réunit ses troupes, et se fit proclamer Auguste. Cette nouvelle arriva à Milan, au moment même où, par la maladresse de l'accusateur, la fausseté de l'imputation venait d'être démontrée. Sylvain, que Ton avait cru coupable pendant qu'il était innocent, se trouvait donc criminel au moment même où il était justifié. On envoya contre lui en grande hâte le maître de la cavalerie, Ursicin, qui, s'inspirant des habitudes perfides de Constance, demanda une entrevue au révolté sous prétexte de lui faire luimême sa soumission, le fit ainsi tomber dans un piège, puis le mit à mort sans jugement 1 .

L'échauffourée n'avait duré que vingt-huit jours; mais elle avait suffi pour frapper de terreur l'imagi-

i. Amm. Marc., xr, 5. — Aurèl. Vict., De Cœ*.$ 4t; Epit.f 4*. — Jul., ad Athcn., p. — Zon., xnt, 9. — Eutr., x, 18.

nation de Constance. Le trouble avait été grand aussi dans l'armée des Gaules, et les barbares en profitaient, Zosime compte jusqu'à quarante villes pillées cette année par les Francs, les Allemands et les Saxons. De ce nombre était la grande cité de Cologne. En outre, des désordres graves agitaient la ville de Rome, où le départ de Libère avait laissé une grande fermentation \ II fallait prendre le parti d'agir partout énergiquement, et Constance ne se sentait pas ce courage. De guerre lasse, et passant d'une faiblesse à l'autre, de la jalousie à la paresse, il revint à l'idée de partager encore une fois l'empire. Seulement, pour ne pas se donner le ridicule de recommençer exactement ce qu'il avait détruit la veille, il voulut faire le partage sur des bases diiférentes. Il avait donné l'Orient et gardé l'Occident : cette fois le péril était en Gaule; c'était la qu'il enverrait son collègue, et il se chargerait lui-même de faire cesser en Asie les dissensions religieuses qu'il y avait allumées.

Le parti une fois pris, le choix était indiqué; car il n'y avait plus qu'un seul membre de la famille impériale, et quant à l'idée de choisir en dehors d'elle, dans les rangs des simples citoyens, la fierté monarchique de Constance ne s'y serait pas prêtée. 11 hésita cependant quelque temps encore , ébranlé surtout par l'opposition de tous ses conseillers, qui voyaient avec désespoir s'élever une fortune nouvelle et une influence rivale. L'impératrice

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