Jul., ad Athen., p, I7&. — Liban., Or. yiu, p
s'enfuyaient quand lu les appelles : et toi, qui veux être on homme, et non un homme du commun, mais un homme fidèle à ses devoirs, lu priverais (es Dieux de ta personne, et tu ne voudrais pas qu'ils fissent de toi l'usage qui leur convient! Est-ce là servir les Dieux? Est-ce là être sage? Est-ce là être courageux?» Soit que ce conseil lui vint, comme il le dit, de l'inspiration divine, ou de sa propre ambition, Julien se décida à le suivre, et sa lettre ne partit pas •.
Peu de jours après, sa nomination au rang de César était décidée et publique ; et on vint le chercher pour le conduire au palais. Avant de l'admettre, il fallut modifier sa toilette : on lui rasa la grande barbe qu'il avait de nouveau lassée pousser, et on lui jeta sur les épaules le manteau militaire. Il élait fort gauche dans cet appareil inaccoutumé pour lui. La violence qu'il se faisait pour contenir son émotion en entrant de nouveau dans ce palais où il avait été captif, où siégeaient les meurtriers de son père et d'où il allait sortir empereur, achevait d'embarrasser son attitude. Il s'avançait les yeux baissés, avec la tournure d'un étudiant, et très-gêné par
son costume. Les courtisans, sur son passage, avaient peine à s'empêcher de rire a.
Constance, qui aimait l'apparat et les occasions de faire briller son talent oratoire, réunit toutes les troupes présentes à Milan, et, se plaçant sur un tribunal élevé
I. Jul., ad Athen. — Éd. Paris, Or. m, p. 125 et 226. 1. M., ibid., p. t7ft.
298 LA JEUNESSE D£ JDLIEN.
qu'entouraient des aigles et des drapeaux, il fit venir auprès de lui le nouveau César, et le présenta aux troupes. Il prononça alors une harangue très-étudiée qui depuis a servi de matière à l'éloquence académique d'Ammien Marcellin. Il représenta les dangers de l'empire, ses désordres intérieurs, l'audace croissante des barbares, la convenance, pour y mettre un terme, de faire choix d'un associé à l'empire. Il nomma julien, et parut s'arrêter un instant pour attendre l'approbation de l'armée. Un murmure favorable s'étant élevé, il prit la pourpre et en revêtit de sa main le jeune prince, dont le visage toujours contracté ne se déridait pas : « Frère très-aimé, lui dit-il, votre jeune âge a reçu celte dignité, comme la fleur due à votre naissance. Ma gloire à moi-même s'en accroîtra, et je paraîtrai plus grand en partageant avec vous un pouvoir qui est dû à votre noblesse, que par l'éclat du pouvoir même. Venez vous associer h mes travaux et à mes périls, et recevez la charge de protéger les Gaules... De grandes nécessités nous pressent : brave, mettez-vous à la tête des braves. Mon affection vous accompagnera : nous servirons ensemble, êt ensuite, s'il platt à ce Dieu que nous invoquons, nous gouvernerons le monde pacifié, dans les mêmes sentiments de piété et de modération *• »
La conclusion de ce discours fut accueillie par les soldats avec une grande faveur : tous frappaient leurs
i. Amm. Marc, xv, 8.
boucliers contre leurs genoux , ce qui était le grand signe de joie et d'approbation dans les camps. A ce Ibruit, le nouveau César tressaillit, releva la tète et jpromena sur rassemblée ses grands yeux pleins d'é- [ clat; un sourire éclaira son visage. L'enthousiasme alors fut général : toute la foule se pressa autour du char où montaient ensemble les deux souverains, et leur retour fut un triomphe. Cependant, au moment de passer le seuil du palais, on entendit le prince, repris de terreur, murmurer tout bas ce vers d'Homère :
a La mort Ta couvert de pourpre , et la puissance du destin a mis la main sur lui. »
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Les jours suivants se passèrent en fêtes : il n'y avait jamais, dans la famille impériale, d'alliance politique sans mariage ; et, quoique l'expérience eût bien prouvé la fragilité de tels liens, on tenait toujours à paraître les resserrer. Ce fut Hélène, dernière sœur de Constance, qu'on destina à Julien. Eusébie se mêla encore très-activement de cette union, et, en l'honneur d'un si beau jour, elle combla les époux de riches présents, parmi lesquels le plus précieux aux yeux de Julien était sans doute une riche bibliothèque, composée des meilleurs auteurs $. À son tour, il rendit politesse pour politesse. Il composa avec tout le soin dont il était capable, et dans