I. Amm. Marc, /oc cit. — Iliade
«. À mm. Marc, /oc. ci/. — Jul., Or. m, p. 230.
les formes traditionnelles des écoles, le panégyrique de Constance. C'était rénumération de toutes les vertus du demi-dieu qui siégeait sur le trône impérial , le récit emphatique de ses exploits devant Nisibe ou contre Magnence1. En y regardant de près, on eût aisément reconnu l'imitation d'un morceau d'apparat, déjà composé sur le même sujet par Libanius. C'était le même ton de pensée et la même école de style, avec je ne sais quoi de plus net et de plus dégagé, qui trahissait déjà l'homme d'Étal caché sous le rhéteur. Les récits de batailles, bien qu'encore pleins des lieux communs ordinaires, ont pourtant une précision qui indique des études et une aptitude naissante. Mais rien ne révélait dans ce morceau de flatterie ni les ressentiments légitimes de la piété filiale , ni les sympathies d'un secret adorateur des Dieux. Pas un mot qui ne pût convenir à un chrétien, et Constance y était loué de ses vertus de famille, par l'orphelin qu'il avait privé de son père *•
1. Il y a trois discours de Julien à l'éloge, soit de Constance, soit de sa femme Eusébie. Tous les trois sont évidemment placés entre cette année 355 et l 'époque de la rupture des deux princes. Nous en mettons un ici, avec tous les chronologistes ( celui qui porte le numéro I dans toutes les éditions de Julien), et qui doit avoir été prononcé à Milan, en présence de Constance , puisqu'il ne contient aucune allusion aux doctrines favorites de Julien. Les suivants, au contraire, déjà fort empreints d'un caractère païen, ou du moins philosophique, se rapportent à une époque où Julien, encore obligé aux ménagements envers son collègue, prenait pourtant déjà plus de liberté. Un souvenir d'Athènes, qui ne se trouve que dans l'édition de Spanheim (p. 8) , atteste aussi la disposition d'esprit d'un étudiant qui Tient de quitter son école.
t. Jul., Or. i, p. 60. M. Desjardins, dans la savante thèse citée
Un tel langage dut flatter l'empereur, qui avait entendu naguère des vérités plus dures de la part de vieillards plus bibles et moins offensés. Toute erreur est sœur du mensonge, et il y a dans les causes perdues une fan blesse qui énerve leurs plus courageux soldats.
Malgré ces flatteries réciproques, la méfiance durait toujours entre les deux parents. Sous prétexte de composer la maison royale et militaire du César, on changea tous les domestiques de Julien ; on ne lui laissa que quatre de ses serviteurs, à savoir, deux esclaves encore enfants, son médecin et son bibliothécaire. Ces choix n'étaient pas tous heureux , car le médecin , qui se nommait Oribase, était déjà entré fort avant dans la confidence de son maître, dont il partageait les croyances païennes. Ainsi escorté, ou plutôt surveillé, Julien partit de Milan le 1° décembre, et Constance l'accompagna jusqu'à quelque distance de la ville1.
Un demi -siècle s'était écoulé depuis le jour où, s'écbappant de Nicomédie, le chef de la race impériale avait mis le pied en fugitif sur le territoire des Gaules. H y entrait alors, ignorant de sa destinée, et ne sachant pas qu'il lui était réservé d'élever la croix, encore proscrite, sur les ruines des temples. Au même Age, nourri dans les mêmes périls, mais l'âme pleine d'un dessein
p. 77, voit déjà dans cette pièce une nuance d'ironie cachée sons la flatterie. Noos ne pouvons la découvrir.
i. Amm. Marc, /oc. cil. — JuL, ad Athen., p. 177; Or. m, p. aie. — Euuap., Vil. Soph., p. 476.
mieux arrêté, Julien s'avançait par la môme route, maudissant l'œuvre de Constantin. Il trouvait partout les églises ouvertes, les autels de Dieu chargés de présents et d'hommages. Tout semblait changé, et pourtant, du sein de celte Église triomphante, des gémissements s'échappaient encore, plus profonds peut-être et plus douloureux. La persécution sévissait presque aussi rude que cinquante années auparavant, et avec cet accroissement inouï de douleur, que les proscripteurs et les victimes invoquaient tous deux le nom de Jésus-Christ. Déshonorée, par ceux qui usurpaient son autorité, la foi semblait ainsi imposer les mêmes souffrances à ses serviteurs, tout en inspirant moins d'estime à ses ennemis. Triste fruit des prospérités humaines, et grande leçon pour ceux qui les désirent, les regrettent ou s'y confient !