CHAPITRE IV
LA PERSÉCUTION ARIENN fe.
Pendant que la fin de Tannée 355 était occupée par A. n. ces événements de cour et de palais, que devenaient350 3°' la sentence rendue contre Athanase et la suite des desseins de l'empereur en Orient? Chose étrange et inouïe dans les fastes de l'empire, la volonté souveraine, bien que proclamée avec éclat, souffrait encore quelques délais dans son exécution. L'empereur avait un ennemi déclaré, et ce mortel audacieux n'était pas encore retranché du nombre des vivants. Le début de Tannée 356 trouvait encore Athanase sur son trône ponlifical à Alexandrie \
Ce fait sans exemple s'expliquait par l'extrême prudence qui tempérait le courage de Tévêque, et par l'extrême timidité qui contenait les violences de l'empereur. Depuis trois années que le glaive était suspendu sur sa tète, Athanase ne s'était pas départi un seul jour
t. A. D. 356. — Indictio. xiv. — U. C. 1108. — Constantius Aug. vin, et Julianus. Coss. -r- A. D. 357. — Indictio. xv. — U. C. 110!).- Constantius Aug. ix, et Julianus Caes. u. Coss.
Je la ligne de conduite qu'il s'était tracée. Comme si le trouble qui agitait l'Église ne l'eût intéressé en aucune façon» comme si son nom n'eût pas éveillé tous les échos du palais impérial, il se livrait tout entier à ses devoirs d'évêque avec une sérénité que rien n'altérait. Attentif à ne pas mettre le pied hors de son diocèse, respectueux pour la puissance civile, même dans ses prétentions exagérées, quand elle ne lui demandait rien de contraire à la foi, ne trahissant sur son visage ni préoccupation, ni terreur, prêchant l'Évangile, soignant les malades, il ne paraissait pas se douter qu'il
y eût un empereur, ni que cet empereur songeât à lui. Nulle provocation; nulle faiblesse; rien qui permit de l'accuser; rien qui fit espérer de le fléchir.
Et en même temps il préparait tout pour cette lutte qu'il n'avait pas même l'air de prévoir. Par des exhortations animées, par des lettres confidentielles, il ne cessait de ranimer le courage chancelant des fidèles et même des évèques de sa province. Dans ces entretiens paternels, celte âme, de fer pour la résistance, qui opposait une impassibilité glacée à toutes les puissances de la terre, se montrait toute brûlante d'un feu intérieur de piété et de tendresse : « 0 mon cher Draconce, écrivait-il à un jeune prêtre qui fuyait au désert pour se soustraire aux devoirs de Fépiscopat, je ne sais ce que je dois vous écrire. Dois-je penser que vous nous quittez parce que les temps qui s'approchent vous inquiètent, et que vous allez vous cacher par crainte des Juifs?
Quel que soit le motif qui vous pousse, votre conduite est digne de blâme. Vous ne devez point aller enfouir la grâce que vous avez reçue : il n'est point digne de voire prudence de fournir à d'autres le prétexte de la faiblesse. Votre fuite va répandre le scandale. On ne croira pas que vous vous soyez éloigné sans dessein : on pensera que vous avez songé aux mauvais jours qui nous menacent et aux calamités qui pèsent sur l'Église. Vous fuyez, dites-vous, pour sauver votre âme : craignez que le péril que vous allez faire courir à d'autres âmes ne vous accuse devant le Seigneur. Que si, en effet, le Seigneur a dit que si quelqu'un scandalise un de ces petits, il vaudrait mieux pour lui être plongé dans l'eau avec une meule à son cou, que pensera-l-il de vous, quand vous serez devenu pour tant de frères un objet de scandale ? Alexandrie vous avait désigné comme l'un des évêques de notre contrée, avec une rare unanimité de sentiments ; votre départ a rompu cette concorde, et l'épiscopat auquel vous étiez appelé va devenir la proie des intrigues.Des païens avaient promis qu'ils recevraient la foi le jour de voire ordination : ils demeureront dans la gentilité, quand ils verront que votre piété se joue de la dignité que vous avez reçue. Comment vous justifierez-vous d'avoir causé tant de maux?.... Comment rétablirez- vous la paix rompue? — 0 mon Dis chérit vous étiez ma joie, vous êtes devenu ma douleur : vous
étiez ma consolation, et je gémis en pensant à vous
Mais il faut que vous le sachiez et que vous n'en con-
serviez aucun doute : avant d'être évêque, vous viviez pour vous-même; évêque, vous vivez pour ceux-là seuls ù qui vous avez été consacré... Si ce sont les jours où nous vivons qui vous effrayent, cela n'est point d'un homme courageux, cap c'est le cas au contraire de montrer le zèle de la foi du Christ, et de répéter hardiment les paroles du bienheureux Paul : C'est ici notre victoire de ne point céder aux temps, mais d'obéir à Dieu*. »
Cette attitude, de tous points irréprochable, mais inflexible, mettait les agents de l'empereur dans un cruel embarras. Pour complaire aux désirs de leur maîlre, ils auraient voulu prendre le prélat en faute sur quelque point étranger à la religion, sur quelque acle de rébellion et de provocation politique, qui permît de le frapper seul , sans engager de question de foi, et sans compromettre l'indépendance de l'Église. Dans celte vue, ils resserraient chaque jour la surveillance, encourageaient les délations, et se créaient à plaisir des griefs imaginaires. Ainsi, on fit un crime 5 Alhanase d'avoir célébré, le jour de Pâques, le service divin dans une grande église que Constance avait fait construire à ses frais, sans attendre que l'empereur lui-même fût venu honorer la dédicace de sa présence. Alhanase n'eut pas de peine à démontrer que c'était la foule des chrétiens, chaque jour plus grande, et trop à l'étroit dans les anciennes chapelles, qui avait exigé impérieusement