‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 129 sur 297 · Jul., Or. m, p · texte numérisé non relu

Jul., Or. m, p

i. Voir première partie de cette histoire, t. h, p. 807, 308.

(par le rhéteur du pays le plus en vogue. La ville de Constantinople, bien qu'elle ne pût voir, sans quelque jalousie, cette visite rendue à sa sœur afnée, mit pourtant un grand empressement à désigner son député. Ce fut un sénateur, du nom de Thémistius, grand philosophe, grand orateur, et surtout grand flatteur, qui, malgré ses opinions païennes, avait déjà fait deux fois l'éloge de l'humanité et de la philosophie de Constance, et avait mérité ainsi les honneurs de la curie. Thémistius se hâta de composer son morceau d'éloquence, destiné à rappeler, en style pathétique, à l'empereur les mérites et le dévouement de la seconde Rome. Tombé malade, au moment de se mettre en route, il ne voulut pas laisser perdre son chef-d'œuvre : il eut soin de l'envoyer à l'empereur, d'en faire publiquement lecture à ses concitoyens, et la postérité peut encore l'admirer aujourd'hui dans ses œuvres1.

A Rome les préparatifs ne furent pas moins empressés. C'était toujours cetle même population, avide de plaisirs et de fêtes, incapable autant qu'insouciante de la vraie liberté, mais conservant avec ses maîtres la franchise de son langage, comme un souverain déchu qui garde encore dans ses manières la dignité du rang qu'il a perdu. Cette fois, le plaisir de revoir un empereur après trente ans de privation et de pénitence, le divertissement des fêtes qu'on se promettait,

1. Tliém., ' Or. 3, p. 40 et suiv. — Voir aussi la rie de ce rhéteur par le père Uardouin,cn tète de ses centres, Paris. 1784.

l'emportaient chez elle sur toute autre pensée. Puis un grand changement s'était opéré, sinon dans les mœurs et les vrais sentiments, au moins dans la foi extérieure des habitants. La désertion de l'autorité impériale avait laissé agir sans contre-poids l'ascendant de l'autorité spirituelle. La grandeur de l'évêque de Rome avait profité de Téloignement de l'empereur; et, par suite de cet accroissement , aussi bien que par la distribution habile et bienfaisante des richesses attribuées à l'Église romaine, et par l'influence des vertus de ses pontifes, le christianisme avait fait dans les rangs du peuplede trèsrapides progrès. Le sénat, les corps constitués , restaient encore, il est vrai, presque exclusivement voués au culte des faux dieux et ne voyaient peut-être pas sans inquiétude un voyage dont ils pouvaient suspecter les motifs. Hais le peuple était désormais au moins partagé, et Constance n'avait point à craindre de lui la malveillance séditieuse qui avait jadis irrité l'orgueil et égaré l'esprit de son père.

Ce fut dans les derniers jours d'avril que le cortège impérial, suivant la voie FJaminienne arriva à proximité de Rome. A plus de quinze lieues encore de la ville, au petit village d'Ocriculum, dans le voisinage de

l. La date du voyage de Constance à Rome est déterminée dans les Fastes dldace et la Chronique Alexandrine. S. Jérôme s'est trompé d'une aimée. Ammien Marcellin dit qu'il n'y resta qu'un mois, et qu'il en partit le nr kal. de jnin ou le 29 mai. Son arrivée eut donc lieu dans los derniers jours d'avril. Conf. Clinton, Fasti RomanL—Cod. Tfteod., Chron», p. 57»

Narni, Constance fit ranger en bataille ses compagnies de protecteurs , toutes composées de beaux jeunes hommes , fils des premières familles de l'empire , et qui s'avançaient plutôt parés qu'armés de leurs boucliers et de leurs casques d'or. Leurs baunières, chargées de lourdes broderies se dressaient au-dessus de leurs têtes, Irop roides pour flotter au vent1, « Ce n'était plus le temps, dit tristement le stoîque Àmmien , où les plus vieux généraux se contentaient, dans la paix, de marcher précédés de deux licteurs, d Puis venait Constance lui-même, assis sur un chariot doré, et littéralement couvert de pierreries. Les rayons du soleil, réfléchis par ces métaux et ces joyaux divers, formaient, en se jouant, mille feux étincelants. Il était seul, car, par une étiquette sévère dont il était Tinventeur,il s'était imposé la régie de n'admettre jamais personne dans sa voiture. Au-dessus de sa tète flottaient les étendards de pourpre consacrés, sortes de ballons tissus en forme de serpents, où le vent s'engouffrait par la gueule avec un sifflement étrange, et simulait ensuite de redoutables mouvements de queue1. Derrière s'avançaient les cohortes de cavalerie, nommées cataphraetes, toutes bardées de fer, de pied en cap, mais dont l'armure était faite de

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