‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 128 sur 297 · Ainm. Marc., xviu, 3; xix · texte numérisé non relu

Ainm. Marc., xviu, 3; xix

Majesté , nous décidons que si quelque magicien , ou quelque homme mêlé aux pratiques magiques ( que le vulgaire appelle faiseur de maléfices) , ou quelque aruspice , ou quelque diseur de bonne aventure, augure ou mathématicien , ou divinateur de songes, en un mot, quelque homme de cette espèce, est saisi dans notre cour ou dans celle de César, aucune dignité ne le préservera des tourments et de la mort. El s'il refuse d'avouer le crime dont il est convaincu , il sera mis sur un chevalet, des ongles de fer déchireront ses flancs, et il expiera ainsi justement son crime »

Ces excitations à la violence, propagées de la cour dans les provinces, y avaient nécessairement pour consé- * quence de cruelles exécutions. La loi sans doute n'était pas rigoureusement appliquée partout, et plus d'une population , profitant de la connivence des gouverneurs païens , défendait encore ses vieux oracles. Mais il n'en fallait pourtant pas davantage pour qu'un ministre qui voulait plaire, pût arbitrairement , sur le soupçon toujours facile à justifier de pratiques augurales, fermer les temples , les détruire, les piller, et en offrir les dépouilles à l'église voisine, si elle avait à sa tête un prêtre hérétique bien vu du maître, ou à quelque eunuque soi-disant chrétien de la communauté2. Par

1. Cod. Theod., ix, t. 16, 1. 6. — Cette loi est de l'aimée 358, postérieure par conséquent d'un an à l'époque où nous sommes parvenus; mais nul doute qu'elle n'ait été motivée par use longue suite de faits antérieurs.

1. Amm. Marc., un, 4, dit des courtisans de Constance : Pasti

ces faveurs compromettantes, l'Église devenait complice, aux yeux des peuples, d'un zèle amer qu'elle n'avait pas provoqué, dont elle éprouvait elle-même les plus rudes atteintes, et contre lequel protestaient en vain ses véritables représentants. Des lois sévères contre les Juifs, des exemptions imprudentes et excessives aceordées au clergé *, achevaient de jeter indistinctement sur tout ce qui portait le nom de chrétien une sombre couleur de cupidilé et de violence; et la postérité même, trop aisément trompée par cette confusion, a fait tomber plus d'une fois sur l'Évangile la solidarité des méfaits du persécuteur d' Athanase 5.

Ravi cependant d'être obéi, même au prix du sang des innocents et de l'honneur de l'Église -, contemplant d'uu œil sec toutes les ruines qui l'environnaient, les temples dépouillés, aussi bien que les églises détruites; nageant dans l'orgueil de la toute-puissance, Constance n'avait plus qu'une pensée: c'était d'aller se faire voir, dan< oj comble de la grandeur humaine, à la capitale de l'empire, qu'aucun empereur n'avait visitée depuis 30 ans. et qui était restée en suspicion par suite des mauvaises

templorum spoliis; et S. Hilaire dit à Constance : Auro reipir :<>:& sanctom Dei oneras, et vel detracta templis, vel publicata edictis, v. 1 exacta pœnis Deo ingeiis. Contra Const., p. 1245.

1. Cod. Thead., xvi, t. 8, 1. 6 et 7, t. 2, 1. il et 12. J'ai an Jysé plus haut, p. 128, ces deux dernières lois.

2. La plupart des historiens ecclésiastiques s'accordent a blaser, comme intempestive et violente, la conduite de Constance à l'égard du culte païen pendant ces dernières années. Le professeur DOllin.er, dans sea Origines du christianisme, qualifie proprement d'absurth- et sotte la protection donnée par Constance au christianisme, t. u, ch. i«.

dispositions qu'elle avait témoignées à Constantin. Un voyage à Rome était le rêve de son ambition enivrée, et, dès le milieu de 357, il se crut en mesure de le réaliser. Une légère victoire remportée dans une bataille livrée à coup sûr contre les Barbares, en Rhélie, lui permettait de donner à son entrée toute la solennité d'un triomphe. Il s'était assuré, d'ailleurs, des dispositions paisibles de la population, en envoyant, dès Tannée précédente, sa femme Eusébie sonder le terrain. La grâce de l'impératrice, sa beauté, sa douceur, ses abondantes aumônes, lui avaient gagné tous les cœurs, et elle avait rapporté de ce premier voyage des impressions qui permirent à son époux de satisfaire en sécurité le désir qu'il nourrissait depuis longtemps

Rien ne fut négligé pour la splendeur de la cérémonie. L'empereur se fit accompagner de sa femme et de sa sœur Hélène, femme de Julien, et deslinée à représenter ce jeune César, qui n'avait pas de temps à perdre en fêtes, ou qu'on ne se souciait pas de produire. Le jeune prince persan Hormisdas, frère de Sapor, banni de sa patrie dès son enfance et élevé, comme on l'a vu, à la cour impériale*, devait se joindre au cortège pour en augmenter l'éclat. Toutes les grandes villes furent invitées h envoyer des couronnes d'or qui durent être présentées au souverain le jour de son entrée, avec l'accompagnement obligé d'un panégyrique fait

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