S. llil., Contra Coi y/., p. IfciS. — Sulp. Sév.,nf
communications écrites , soit par la rencontre naturelle de deux hommes de bien et de génie, Àlhanase, toujours instruit de tout, du fond de sa retraite, était arrivé à la même pensée, et déclarait très-haut dans ses lettres qu'il fallait distinguer avec soin les Ariens purs de ceux qui n'étaient arrêtés que par le mot consubslantiel : a Ceux-là t disait-il , il ne fallait pas les traiter en ennemis, mais en frères, puisqu'on ne discutait point avec eux sur les idées, mais sur les mois » Cette lactique, aussi habile que charitable, rencontrait une opposition directe dans les vues d'Acace de Césarée , qui, comme les autres évèques politiques de son espèce, n'avait, lui, pour unique pensée , que de prévenir tout rapprochement. Hilaire et Acace, bien qu'ils fussent presque aussi étrangers l'un que l'autre aux deux opinions qui se disputaient l'assemblée, étaient donc, au fond, les vrais adversaires en présence.
Aussi,on peut supposerons exagération, que ce furent les conseils d'Hilaire qui inspirèrent l'énergie inaccoutumée avec laquelle les semi-Ariens conduisirent le débat pendant les trois seules séances qu'il fut donné au concile
1. S. Athan., de Syn. Ar. et Sel., p. 915. — Une phrase de co même traité Des synodes, p. 869, où Athanase dit qu'il va rendre compte de ce qu'il a su et vu lui-même, a fait croire à quelques écrivains qu'il avait assisté secrètement au concile de Séleucie. Rien no nous parait confirmer cette assertion. Un fait si grave aurait laissé plus de traces. Nous pensons, comme les Bollaudistes (dans la vie d'Aihanase), que le mot écàpoxa , j'ai vu, doit s'entendre des actes du concile dont Athanase cite en effet une grande partie. Mais s'il ne fut pas présent en personne, il est tiès-pr obaMe qu'il se fit soigneusement tenir au couvant de tout, et que la conduite d'Hilaire au concile fut concertée avec lui. m.
de tenir. Dans la première, on décida l'ordre des ma* tières qne le concile aurait à traiter. Acace, pour pro longer le débat et l'envenimer par des querelles d'amour propre, aurait voulu que Ton commençât par examiner des griefs personnels, des plaintes faites, soit par des évoques déposés, soit contre des évéques en place ; et le nombre de ce genre de réclamations était grand, chacun ayant dans cette Église en désordre quelque violence à se reprocher ou quelque plainte à faire. Les semi-Ariens virent le piège, l'évitèrent, et passèrent outre, séance tenante, à la discussion de la foi. Acace, se levant alors, exactement comme avait fait Valens à Rimini (ce qui prouve avec quelle entente les deux rôles avaient été concertés), proposa à l'adoption de l'assemblée, en invoquant l'autorité de l'empereur, la dernière formule de Sirmium. Peut-être, s'il eût été seul, cùl-il fait accepter sans trop de difficulté sa proposition, car on se rappelle que si le mot substance avait été retranché de celte formule , le mol semblable s'y trouvait encore. Mais Acace avait derrière lui des soutiens dangereux, qui, en commentant sa pensée et en l'appuyant, compromirent et perdirent tout. On vil reparaître clans leur langage l'Arianisnie entier et les inspirations évidentes d'Aétius. Une violente agitation se manifes ta alors dans toute rassemblée : tout ce qui était semi-arien s'eflïaya et se mit à chercher à tout prix quelque formule qui se distinguai bien ouvertement d'Acaceetdesesdangereux amis. Beaucoup, sansdoute, réfléchirent, àce momeulsupréme,aveeainer-
tume, qu'en cessant de se tenir attachés au roc de Nicée, ils s'étaient lancés sur une mer d'erreur, où l'ancre était impossible à jeter1. Beaucoup» si une fausse honte ne les eût retenus, en seraient revenus purement et simplement, pour sortir de ce dédale, au premier et au plus grand de tous les symboles. N'osant aller jusqu'à braver ainsi tout respect humain et se donner à eux-mêmes un tel démenti , ils voulurent au moins se rapprocher le plus possible du point de départ. La formule qu'ils choisirent était la plus voisine de celle de Nicée, et pour la date et pour les termes. C'était celle qu'avait proposée, près de vingt ans auparavant, Eusèbe de Nicomédie à Antioche, lorsque , pour la première fois après la mort du grand Constantin, il avait osé s'écarter timidement, et par des expressions encore couvertes et ambiguës, de la voie tracée par le concile. On ne pouvait raser de plus près le port où on n'osait encore aborder. Ce fut donc le formulaire d'Antioche qu'on imposa à Acace et à ses partisans, deux jours durant, malgré . leurs cris, leurs réclamations, leurs tergiversations, leurs récriminations de toute sorle, et bien qu'Acace, fortement pressé , offrît de joindre à sa proposition première un anathème explicite contre Aotius et les
1. Cette indécision et ce regret percent dans les phrases que Socrate met dans la bouche de S^liron-.* de Paphl ag •■•nie et d'Kkuze de Cyzique : Revenons à la foi de nos pères: l'eions nous chaque jour de nouvelles piofe.-sious de foi '( On voit aussi l'avantage qu'Acai e tirait de cet arpuniiait? pu'.vme la foi de Nicée avait été chaulée, on pouvait . bien faire encore do nouveaux changements.
doctrines anomœennes. Après deux orageuses journées, où il ne put rien gagner, Acace eut recours à la dernière raison de son parti. Le premier octobre, à l'ouverture de la quatrième séance, le questeur Léonas déclara qu'il avait eu ordre de l'empereur de se trouver à une assemblée régulière, mais que, puisqu'on ne pouvait s'entendre sur rien, il ne compromettrait pas davantage l'autorité impériale dans ce démêlé : « Allez dans votre église, leur dit-il à tous avec un sentiment de mépris qui commençait à être fort général, et criez-là tout à votre aise 4 . »
C'était, en réalité, la dissolution du concile qu'il prononçait. Avec les habitudes prises par les Orientaux, et auxquelles les semi- Ariens avaient tant de peine à renoncer, du moment où l'agent de l'empereur se retirait, l'assemblée ecclésiastique était par là même invalidée. Peu importaient, par conséquent, h Acace et à ses amis, les résolutions que put prendre dans les jours suivanlsla majorité du concile, les sentences qu'elle porta , les dépositions qu'elle prononça. Leur parti était pris de n'en plus tenir compte et de transporter, sans perdre un instant, le débat auprès de l'empereur lui-même, à Constantinople. Acace s'y rendit tout le premier, accompagné d'Eudoxe, évêque déposé d'Antioche, qui avait - à cœur de se justifier auprès de Constance. Us y devan-
i. Soc, H, 39, 40. — Soz.,iv,îi. — Théod., n, 26. — S. Athan., de Syn. Ar. et Sel., p. 881. — S. Êpiph., Hœr.p ixxm, «5. — S. HU., Contra Const., p. 1247 et suiv. — Sulp. Sév., il, 4î,
cèrent de plusieurs jours les députés que les semi- Ariens ne lardèrent pas à y envoyer, et auxquels Hilaire, attentif à suivre l'issue de ce grand débat , se joignit avec empressement. EnOn , pour que personne ne manquât au rendez-vous, Aétius, à qui sa qualité de diacre n'avait pas permis de siéger au concile, mais qui pouvait sans difficulté discuter de théologie dans un palais, arriva lui-même dans la ville impériale avec son disciple chéri, Eunome, plus habile et plus mesuré que lui dans la discussion, mais d'opinion tout aussi extrême *.
Tous les acteurs de Séleucie se trouvaient ainsi sur ce nouveau théâtre, et malgré l'extrême prévention de Constance, que les dénonciations d'Acace avaient fortement irrité, la discussion, reprise sous ses yeux, se poursuivit pendant plusieurs jours avec un avantage marqué pour les semi-Ariens, lesquels, de leur coté, faisaient . tous les jours aussi un pas de plus pour se rapprocher de l'orthodoxie. Une longue discussion entre Eustathe de Sébaste, l'un d'eux, et Eudoxe> puis entre Basile d'Ancyre et Aétius , avait déjà grandement avancé ces deux résultats. Aétiuss'élait montré, à son ordinaire, très-hautain, très-hardi, dédaigneux de l'autorité des Pères, peu respectueux pour celle de l'Écriture. Il avait pénétré Constance de terreur par la témérité de ses raisonnements. Il se raillait même assez hautement de ceux qui, pensant comme lui, n'osaient parler tout haut, ni tout
i. Soc. — Soz. — S. Athan. — Théod. — S. Hil., loc. cit. — Philost., IY, 4, iï. — Sulp. Sév., il, 45.
dire 4. De leur côté, dans l'ardeur de le réfuter, les semi-Ariens empruntaient de plus en plus , sans s'en apercevoir, le langage d'Hilaire et d'Alhanase. Il leur arrivait de défendre l'identité de la substance, et, en se familiarisant avec l'idée, ils se réconciliaient avec le mot. Tout marchait donc à souhait vers le butqu'Hilaire s'était proposé, quand ses espérances furent tout à coup renversées, et la face des choses toute changée par un orage qui éclatait du coin de l'horizon où on l'aurait le moins attendu. C'étaient les évèques de Rimini qui venaient annoncer la faiblesse des Occidentaux 2. Ce fut un coup de théâtre qui bouleversa tout. L'Occi-
. dent passait, avec raison, pour l'asile et le rempart de la foi de Nicée. Là se trouvaient les défenseurs jurés, ceux qu'on nommait même, par dérision, les adorateurs du consubstantiel. Quand ceux-là même consentaient à signer une formule de foi, très-vague, où la similitude du Père et du Fils était à peine affirmée d'une façon
. évasive et générale, qui pouvait se montrer plus difficile et plus obstiné qu'eux? Le triomphe d'Acace fut donc extrême, et le découragement gagna aussitôt ses adversaires. Constance, d'ailleurs, que tous ces débats commençaient à étourdir et à fatiguer , vit avec joie
) 1. S. Épiph., tictr.y un ?i, S.
2. Soc., h, 41. — Théod., u, 27. — Philost., iv, H. — On peut voir dans Théodoret combien les arguments du semi-arien Sylvain, évêque de Tongres, se rapprochent de la consubstantialité pure. Phi lostorge donne l'avantage à Aétius dans le débat; mais il est évident, par le traitement que lui réservait Constance, qu'U l'avait grandement scandalisé.
apparaître un moyen de tout terminer et de mettre d'accord les passions opposées des deux parties de son empire. La formule que l'Occident avait acceptée, il fallait la faire' contresigner par l'Orient. Ordre fut donc envoyé aussitôt à tous les évôques de souscrire, sans plus de débat, le même formulaire qui avait reçu la signature des évôques de Rimini, et avertissement donné aux divers partis, que celui qui ferait difficulté de se conformer à cet ordre, éprouverait les effets du courroux impérial \
De vains efforts furent tentés pendant lesderniers jours de l'année 359 pour arrêter le cours de cette résolution. Les députés de Séleucie s'adressèrent, avec supplications et avec larmes, à l'équité de l'empereur et essayèrent de réveiller son ancienne bienveillance. Hilaire, voyant avec désespoir détruire tout l'échafaudage de ses généreuses combinaisons, demanda en vain par trois fois à être entendu, dans des lettres pleines de noblesse, dont une est encore, entre nos mains. Constance ne voulut rien écouter, et, dès le premier mois de l'année suivante, sa volonté était exécutée. La formule de Rimini avait été signée par la presque totalité des prélats présents à Constanlinople, et ceux qui résistaient étaient châtiés. C'étaient, du côté des semi-Ariens, Basile d'Ancyre, Éleuze de Cyzique, Eustathe de Sébaste, et l'évêque même de Constantinople, Macédonius. Ils furent tous